Afrique

Petit safari entre amis

par Bakchich (France) , le 6 octobre 2006, publié sur ufctogo.com

Chez les Eyadéma, on a deux dadas, les animaux et les barbouzes.

 

Les présidents africains sont de grands enfants et adorent les animaux sauvages. Mais en tant que chef d’Etat, faire collection de peluches entamerait leur crédibilité. Aussi optent-ils pour les modèles vivants et grandeur nature. De splendides réserves animalières étiquetées présidentielles fleurissent ainsi au Burkina, au Bénin et surtout au Togo.

« Le papa de la nation », feu le président Gnassingbé Eyadéma, a initié la mode. La réserve qu’il a créée à Kpalimé, proche de sa ville natale de Kara, a vu défiler du monde. Dans les années 70, le grand chasseur Valéry Giscard d’Estaing qui n’était pas encore l’Ex, aimait à l’occasion y manier la gâchette.

Et avant sa mort, « le baobab » Gnass’ œuvrait à créér un autre parc animalier encore plus grand, encore plus au Nord. En bon fifils, Faure Eyadéma a repris et les rênes du pays, via un double putsch, constitutionnel et électoral, et la lubbie paternelle, devenue tradition familiale. Son demi-frère de ministre de la Défense, Kpatcha, l’aide à ce grand œuvre. Et toujours en l’honneur de la mémoire du « vieux », ses anciens associés sont encore en poste.

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Ancien de la garde présidentielle gabonaise, l’ex-colonel de légion Jean-Pierre Bévin s’est brillamment reconverti en gérant de parc animalier, d’abord de la ferme de Kpalimé, à présent de celle plus au Nord, encore en chantier. Dans sa tâche l’assiste un ressortissant italien, proche du maître chasseur et grand pourvoyeur d’animaux, Ricardo Ghiazza.

Habitué de la table de Blaise Compaoré, président du Burkina, Ghiazza se révèle un homme d’affaires prospère qui possède quelques menues actions dans les sociétés minières sud-africaines société ROKAMCO et la société GARDINER, particulièrement actives au Sénégal et en Guinée Conakry. Mais c’est dans la transport de gros pachydermes qu’il s’est fait un nom.

Où l’on retrouve l’ami Montoya

La seule société qu’il gère officiellement, African Game Service, basée en Afrique du Sud, a d’ailleurs pour raisons sociales : réserve et parc animalier / importation et exportation sous licence d’animaux sauvages. Et lui a valu une peu glorieuse publicité. Au tournant des années 2000, des associations de défense des animaux locales l’auraient bien vu condamné par la justice pour mauvais traitement contre les bébés éléphants. Sans suite.

Fournisseur officiel de feu Eyadéma en grosses bestioles, cheville ouvrière de la réserve du Nord, un temps conseiller spécial du président et très officiellement consul honoraire du Togo en Afrique du Sud, l’ami Ricardo n’a pas été plus inquiété que cela par le justice sud-africaine. Un peu à l’instar de son associé, Robert Montoya [1]
, que la justice française laisse vivre paisiblement à Lomé. Ancien gendarme de l’Elysée, « Toto » a pourtant fourni armes, hélico et mercenaires clé en main au régime de Gbagbo, un attirail qui se fit connaître en bombardant la base française de Bouaké et tuant neuf militaires...

Dans la vie, Montoya le marchands d’armes et Ghiazza le chasseur sauvage travaillent main dans la main. Les avions de Ghiazza ne feraient aucun voyage à vide persifflent les envieux. Et une fois la cargaison pachydermesque acheminée, d’autres matériaux transiteraient dans les soutes...

Seule la justice italienne cherche à rencontrer Ricardo. Mais le chasseur n’a jamais répondu aux invites de la mère-patrie, qui souhaite élucider son passage chez les brigades rouges. Et comme la tradition à Lomé n’est pas à l’extradition, « Toto » et Ricardo continuent les affaires. Y compris dans la réserve du Nord, un hôtel et des bungalows seront en construction, début 2007.

Xavier Monnier

 

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Notes

[1] Togo terre d’exil

La tradition d’hospitalité togolaise ne s’est jamais démentie, que ce soit du temps d’Eyadéma père ou fils. D’extradition, il n’y est jamais question. Si Montoya ou Ghiazza, proches de feu Eyadéma et copains comme cochons avec Kpatcha, le ministre de la Défense et grand-maître des affaires familiales, sont protégés, ils ne sont pas seuls. Au premier rang des biens accueillis figure l’auguste juriste et professeur de droit Charles Debbasch. Conseiller spécial de Gnassingbé Eyadéma puis de son rejeton Faure Gnassingbé, grand artisan des putschs constitutionnels, « Charles » n’a guère souffert du changement de régime. Et porte toujours sa croix, l’affaire Vasarely. Condamné par le tribunal d’Aix-en-Provence, sujet d’un mandat d’arrêt, ce lourd fardeau réduit considérablement ses déplacements vers l’Hexagone. Mais le juriste est chez lui à Lomé. Autre Togolais d’adoption célèbre, le président centrafricain déchu, Ange-Felix Patassé. Condamné par contumace à 20 ans de prison par un tribunal de Bangui, le « Barbu » coule des jours paisibles à Bangui. Et se renseigne au cas où, auprès de Montoya et Ghiazza. Sûrement pour faire un tour d’avion.

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