Présidentielle 2003

Pauvre peuple togolais !

par Séraphin Yawo, Allemagne , le 13 juin 2003, publié sur ufctogo.com

Opprimé par l’une des dictatures les plus cruelles et les plus inhumaines du monde depuis bientôt 40 ans, blousé à qui mieux mieux depuis plus de 10 ans par une race de leaders de l’opposition dont la plupart ne roulent en fait que pour leur ventre et leurs intérêts personnels, le peuple togolais n’a vraiment pas de chance. Qu’a-t-il bien pu faire pour mériter ces deux malédictions ?

 

Je laisse de côté notre gentille dictature qui n’est d’ailleurs toujours en selle que par les turpitudes de nos soi-disant libérateurs de l’opposition que j’interpelle. Chers leaders, vous ne pouvez mieux rivaliser de cafouillage et de dégoût que vous ne le faites maintenant. A bien considérer les choses, c’est après tout très bien que vous ayez été incapables ou plutôt que vous ayez refusé de dégager un candidat unique en votre sein pour affronter aux dernières élections présidentielles le dinosaure et que vous vous soyez présentés en rangs dispersés. Aujourd’hui, toutes proportions gardées, chacun d’entre vous a eu l’occasion de mesurer son "poids" et sa "carrure" politique sur l’échiquier national et est bien fixé. Mais ce qui devait arriver arriva : le spécialiste universel de hold-up électoral a encore une fois transformé sa déconfiture électorale en victoire armée.

Or au lieu que, pour une fois au moins, nos leaders de l’opposition se coalisent comme un seul bloc pour barrer enfin la route à l’arbitraire et sauver la patrie en danger, des voix discordantes parmi eux continuent de se faire entendre.

Le Professeur Gnininvi de la CDPA, en vrai patriote qui mérite un coup de chapeau, s’est désisté, en pleine campagne électorale, en faveur du candidat de l’opposition le mieux positionné dans les intentions de vote et qui sera effectivement celui que le peuple élira.

Me Agboyibor du CAR, fair-play, une fois n’est pas coutume, reconnaît la victoire du candidat PFC/UFC, Mr Emmanuel Bob Akitani, et l’en a félicité. Il était l’un des candidats de l’opposition les plus vomis par le peuple ces derniers temps, mais il me semble que le peuple lui a su gré de ce geste significatif et qu’il lui a pardonné.

Mr Péré, l’honorable ancien Président de l’Assemblée Nationale, qui se découvre un amour fou et salvateur pour sa patrie depuis un peu plus d’un an et a rejoint l’opposition, se base sur les résultats provisoires du CONEL pour revendiquer la victoire aux élections et appeler les autres leaders à se réunir autour de lui pour former avec lui le nouveau gouvernement. Les résultats définitifs du même CONEL tombent quelques jours plus tard et donnent plutôt gagnant le candidat du PCF/UFC. Le CONEL n’apparaît plus alors crédible aux yeux de Mr Péré qui, avec son parti PSR, se réfugie dans des artifices oratoires et dans un juridisme qui laissent pantois et, le moins qu’on puisse dire, perplexe sur sa sincérité dans sa déclaration dissidente d’avec son parti-mère, le RPT, en 2002.

Mr Edem Kodjo de la CPP, qui aime aussi profondément son pays, est cependant ulcéré de la défaite cuisante que celui-ci lui a infligée en ne jetant pas sur lui son dévolu. Pourtant ce n’était pas d’atouts qu’il manquait : il était "un recours sûr", il était bardé de "valeur", de "compétence" et d’"expérience". Il ne comprend pas ce que veut le peuple togolais au juste et, se prévalant de toutes ces immenses qualités, il suggère, pour dessiller les yeux du peuple fourvoyé et sûrement immature, un "Marcoussis préventif". Résultat : dédain de sa part et black-out total sur la victoire de Mr Bob Akitani, "un grand-frère" que, du reste, il "respecte".
Nos deux célèbres leaders m’affligent tout autant qu’ils me font honte.

Comment pouvez-vous, Mr Péré, vous réclamer de l’autorité du CONEL quand ça vous arrange et l’ignorer superbement quand ça ne vous arrange pas ? Ce n’est pas très sérieux. Ce n’est pas seulement de l’incohérence, mais c’est aussi et surtout de l’opportunisme, ce qui est dangereux. Cette attitude va à l’encontre de l’amour que vous dites avoir pour votre peuple dont vous reconnaissez vous-même qu’il n’a que trop souffert de la part de la dictature erpétiste. Certes, c’est votre droit le plus absolu d’adresser à la Cour Constitutionnelle un recours appuyé sur "des preuves absolument irréfutables" et les autres candidats contestant les résultats frauduleux donnés par la CENI ont dû faire la même chose. Je souhaite vivement que le miracle se produise une fois au Togo d’Eyadéma de voir la Cour Constitutionnelle se prononcer contre ce dernier, dont elle est un instrument juridique pour légaliser la fraude. Mais comme très probablement ce ne sera pas le cas, sur quelle source fiable vous appuierez-vous alors pour réclamer la "victoire collective de l’opposition" et autour de quel candidat de cette tendance vous organiserez-vous pour réclamer cette victoire, puisque vous rejetez les résultats définitifs du CONEL, auquel le peuple dans sa quasi-totalité fait confiance et dont les membres et leurs familles sont d’ailleurs en ce moment farouchement pourchassés par la dictature ?

Mr Kodjo, voulez-vous nous dire que vous savez à vous seul mieux que tout le peuple réuni ce qui lui convient ? Si vous étiez vraiment démocrate, si vous aimiez et respectiez ce peuple comme je ne voudrais pas en douter, la première des choses à faire serait de reconnaître son libre choix. Votre "valeur", votre "compétence" et votre "expérience" ne devraient-elles pas aussi vous le commander ? Or non seulement vous n’en faites rien, mais même vous réclamez un "Marcoussis préventif" à un Chirac qui s’est d’ailleurs déjà empressé, devançant le verdict de la Cour Constitutionnelle, de "féliciter" son "ami" Eyadéma de sa "brillante élection". Vraiment ! Pourquoi voulez-vous gouverner un peuple que vous dites par ailleurs aimer contre lui ? Mais le dictateur n’a pas fait autre chose depuis bientôt 40 ans ! Vous irez seul, si ça vous chante, à votre "Marcoussis préventif", dont la seule évocation me donne un terrible haut-le-cœur .

A Son Excellence, Mr le Président fraîchement démocratiquement élu, Mr Bob Akitani, soyez, avec votre parti, en phase et en lien puissant avec tout votre peuple, civil et militaire, ne vous ménagez pas pour réunir autour de vous tous les leaders de l’opposition qui le veulent bien et tous les patriotes. Le peuple vous porte comme vous devez savoir que vous portez l’immense espoir d’une aube nouvelle qu’il a placé en vous. Ne laissez plus nous voler notre victoire cette fois. Nous n’avons plus le droit à l’erreur. L’heure est grave. Le temps presse. Pressez-vous sagement et fermement.

Dieu bénisse notre nouveau Président démocratiquement élu, le peuple togolais et le Togo.

Séraphin Yawo

 

© Copyright Séraphin Yawo, Allemagne

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