Interview

Patrick Lawson : « Que l’ordre ancien survive... cela n’est plus possible ! »

par Zeus AZIADOUVO , le 25 janvier 2007, publié sur ufctogo.com

Patrick Lawson réagit aux décisions de la dernière réunion du Comité de suivi, au rapport d’Amnesty International et parle du prochain Conseil National de son parti.

 

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Patrick Lawson
3ème vice-président de l’UFC

Monsieur le vice-président, est-ce que après la 3ème session du Comité de Suivi, on peut dire qu’une fois ce Comité a osé et a pris des décisions concrètes par rapport à la mise en œuvre de l’APG ?

C’est en effet, le moins qu’on puisse attendre du Comité de Suivi (CS). Car, des raisons qui ont motivé l’UFC pour signer l’APG, l’existence de cet organe en est bien une. Nous commencions à nous inquiéter du quasi mutisme du Comité de Suivi. Les rares fois qu’il sortait de ce mutisme, il ne sut rassurer par son euphémisme. Cette fois, l’occasion fut la bonne et c’est ce que nous attendons de cet organe indispensable à la bonne application de l’APG.

Certaines des revendications de l’opposition démocratique qui ont trait à l’utilisation de Kits pour l’établissement du fichier électoral et à la carte d’électeur sécurisée avec photo numérisée, ont été prises en compte. Etes-vous satisfait ? Dites-nous comment se fait ce type de recensement ?

Et comment ! Nous saluons la classe politique dans son ensemble pour cette prouesse. Mais cela ne s’est pas fait sans la pression discrète mais pesante et pressante de nos populations.
Avant cette décision de Ouaga, personne n’ignorait ce qu’en pensaient ces populations et leur impatience à en connaître rapidement une décision. Aujourd’hui, c’est chose faite.

En quoi consiste alors ce type de recensement et la délivrance instantanée de la carte d’électeur avec photo ?

Je vous signale qu’il y a déjà plusieurs décennies que cela se fait au Ghana.
Malgré les vicissitudes du processus électoral en RD Congo, ce système a été une réussite et a limité les contestations et les fraudes.

De quoi s’agit-il exactement ?

Le recensement électoral préconisé par l’APG pour notre pays est une opération qui consiste à identifier les Togolais en âge de voter (18 ans le jour du scrutin) et à les inscrire sur la liste des électeurs. Avec l’option technologique qui vient d’être retenue dans le cadre des travaux de la 3e réunion du Comité de Suivi, ce recensement sera réalisé grâce à un kit permettant :
- l’établissement d’une liste des électeurs potentiels avec photo numérisée
- la délivrance immédiate d’une carte d’électeur également avec photo numérisée et empreinte biométrique du titulaire.
- la confection d’un fichier électoral informatisé et permettant l’édition des listes électorales pour affichage.
L’intégration de la photo sur la carte d’électeur et sur la liste électorale est un élément fondamental destiné à fournir une base unique de documents d’identification des électeurs potentiels et à accroître la transparence des opérations d’inscription sur la liste électorale ainsi que celle des opérations de vote.

Quant à la procédure d’identification, elle commence avec la désignation et l’accréditation des membres du Centre d’Inscription et se poursuit avec l’identification proprement dite. Chaque candidat à l’inscription passe devant la table des agents des opérations en vue de se faire identifier d’abord. Cette identification consiste à établir que le candidat est bel et bien celui qu’il prétend être :
- soit au moyen de pièces d’identité ou d’état civil,
- soit au moyen de témoignage de personnes ressources (chef de village),
- soit au moyen de témoignage de 2 personnes en possession d’une pièce d’identité et inscrites sur la même liste électorale.

La liste des documents susceptibles d’être produits ainsi que les informations à collecter pour l’identification de chaque individu sont définies par la loi électorale.
Quand on en vient à l’inscription des électeurs, d’après l’option technologique choisie, l’inscription sera réalisée grâce à un ensemble de matériels informatiques, de fournitures techniques et de consommables (y compris des cartes d’électeur vierges) rassemblés dans une trousse appelée Trousse d’identification numérique (TIN) ou Digital Enrolement Kit (DIK) en Anglais.
Cette trousse comprend essentiellement un ordinateur portable et ses logiciels de traitement des listes des électeurs, une caméra numérique pour les photos des électeurs, une imprimante couleur pour l’impression des listes des électeurs avec photos, un équipement de plastification sécurisée des cartes d’électeur, de l’encre indélébile.
Vous voulez savoir également le déroulement séquentiel des opérations ?

Vous pouvez continuer

Après l’identification du candidat à l’inscription remplissant les conditions, celui-ci est interviewé par l’opérateur de saisie qui saisit directement les informations le concernant sur la fiche d’électeur grâce à un micro-ordinateur de la manière suivante :
- 1. les éléments d’identité du candidat à l’inscription sont saisis à l’ordinateur ;
- 2. une photo d’identité est prise de face ;
- 3. ses empreintes digitales sont enregistrées ;
- 4. avant de libérer le candidat à l’inscription, les éventuelles erreurs de frappes sur la fiche d’électeur sont corrigées ;
- 5. alors, la carte d’électeur munie de la photo du candidat à l’inscription, est imprimée immédiatement et lui est remise séance tenante (après signature par le président du centre d’inscription)
- 6. avant que le candidat à l’inscription ne quitte le centre d’inscription il peut être marqué de l’encre indélébile sur un doigt de la main.

A la fin de la journée, la liste d’électeurs est imprimée pour affichage. Les statistiques journalières des électeurs inscrits sont établies. Ces statistiques sont consolidées par le centre d’inscription, par la localité et, à la fin de la période d’inscription, au niveau national. Il est donc prévu un dispositif informatique qui permet d’assurer la sauvegarde, la consolidation et, le cas échéant, la mise à jour des listes.
La réalisation de l’ensemble de l’opération de recensement électoral requiert toute une organisation administrative et technique que la CENI devra mettre en place le moment venu, sur toute l’étendue du territoire national, avec le concours d’expertises que nos principaux partenaires, notamment, l’UE et le PNUD, sont disposés à mettre à la disposition de notre pays.

Quels peuvent être les avantages et les inconvénients de ces opérations ?

La remise immédiate de la carte d’électeur évite de faire un second tour sur le terrain pour la distribution de ces cartes.
Cette option permet de disposer immédiatement des listes électorales sur supports magnétiques et sur papier.
Elle permet de procéder au jour le jour à la consultation et à la validation des listes électorales par les populations et la prise en compte immédiate des réclamations.
La possibilité d’avoir la photo sur la carte d’électeur et sur la liste électorale confère plus de fiabilité et de sécurité au dispositif électoral dans son ensemble. Ce sont-là les quelques avantages.
Pour les inconvénients, le matériel informatique nécessite une énergie spécifique en zone non électrifiée et requiert un niveau de qualification spécialisé des opérateurs de saisie.
Pour palier ces inconvénients les cahiers de charges des fournisseurs devraient comporter la fourniture de panneaux solaires ou de groupes électrogènes, la livraison d’une réserve supplémentaire et suffisante de kits de remplacement, la formation appropriée des opérateurs de saisie.

Pour la réalisation de ceci, que peuvent représenter les délais et coûts ?

Aux dimensions géographique et démographique de notre pays et avec une bonne organisation administrative et technique, une telle procédure de recensement pourrait prendre 4 à 5 mois, y compris les délais d’appel d’offres et de livraison des équipements.
Quand au coût de l’opération, il peut être estimé pour notre pays entre 2 et 2,5 dollars US par électeur (y compris le coût de la formation). Sur cette base, le recensement électoral coûterait moins de 4 milliards de FCFA pour les quelques 3 millions d’électeurs togolais.

Pour certains observateurs, l’opposition a échangé la carte avec photo contre le contrôle de la CENI par le RPT. Qu’en dites-vous ?

C’est la même impression que cela me laisse également. Et quand on sait que le Comité de Suivi a accepté de revenir sur « l’autorité de la chose jugée », il y a de quoi être inquiet pour l’avenir.
Rédiger le code électoral en catimini, dominer la CENI sont et restent dans les dispositifs dont le RPT veut disposer pour travestir les textes, tout au moins les imposer aux autres partenaires.

Est-ce que le vote institué par le Comité de Suivi en cas de blocage ne viole pas l’esprit de l’APG ? Cette mesure ne rend-t-elle pas caduque l’intervention du Facilitateur « en cas de différend sur tout ou partie » de l’APG ?

Absolument et c’est cela qui m’inquiète.

Pendant nos discussions à Ouaga en Août 2006, le mode de décision à la CENI, a fait l’objet d’âpres discussions entre les parties prenantes au dialogue ; et nous sommes parvenus à une solution acceptée par tous. Nous ne pouvons pas comprendre que tout cela puisse être remis en cause par le Comité de Suivi, censé respecter et faire respecter l’esprit de l’APG.
En effet, lors de la séance du 18 Août 2006 du Dialogue National qui n’a connu son aboutissement concret qu’à Ouaga, l’UFC n’a accepté l’attribution de cinq représentants au RPT contre deux à chacun des autres partis politiques, qu’à la seule condition qu’il ne sera jamais procédé au vote à la CENI. A cet effet, de longues discussions en aparté entre la facilitation et l’UFC d’une part, celle-ci et le RPT d’autre part, ont dû être organisées jusqu’au petit matin, ce qu’aucune des parties concernées ne saurait nier.
Malgré ces pourparlers destinés à éviter quelque blocage de la part de l’UFC ou du RPT, lors de la séance du 18 Août, la délégation du PDR a refusé d’apposer son parafe sur le document final au motif que « sans vote, la CENI de l’APG est encore plus monstrueuse que la CENI de l’Accord Cadre de Lomé (ACL) ».
Etait-ce une protestation sur la forme contre ces apartés ou un refus de fond de la part du PDR ? Seul le PDR peut nous le dire. Mais, toujours est-il que la facilitation a dû s’employer à convaincre le PDR que le vote à la CENI est contre-indiqué si l’on veut aller vers l’apaisement au Togo.

L’UFC s’étonne aujourd’hui que le Comité de Suivi qui n’ignore rien de tout cela, introduise le vote à la CENI où le RPT détient une majorité mécanique, ouvrant ainsi la voie à tous les abus et à toutes les dérives qui ont plongé il y a si peu de temps, le Togo dans une nuit noire.
Et comme vous me le demandez, je pense moi aussi que le RPT est préoccupé par le contrôle de la CENI dans le but d’imposer ses vues et ses stratégies de fraude à la CENI, d’imposer sa loi et sa mainmise sur la CENI et ses démembrements, aux fins de se donner ainsi les moyens de fraudes une fois encore aux prochaines élections législatives. Sinon, pourquoi s’époumoner avec tant d’insistance pour dénier à l’APG « l’autorité de la chose jugée » ?
C’est pourquoi l’UFC considère qu’en faisant la recommandation visant à introduire de façon formelle à la CENI, le recours au vote comme mode de décision, le comité de suivi vient de commettre une violation flagrante de l’APG.
En effet, l’APG et sa mise en œuvre à tous les niveaux, reposent sur le consensus ou à défaut, sur l’arbitrage du Facilitateur.
Pour éviter tout blocage, il a été suggéré en son temps, que des observateurs de l’UE et de la Facilitation accompagnent la CENI pour l’aider à aller toujours vers le consensus, en étant présents à leurs côtés.
Nous osons croire que le comité de suivi, lors de sa prochaine session, s’investira pour clarifier ce point fondamental, surtout sur les questions relatives aux opérations électorales à venir, que ce soit au niveau des modalités, de l’organisation ou du déroulement des prochaines élections. Car, si cette clarification ne se faisait pas, la situation actuelle tendrait à briser la règle du consensus, à denier au Facilitateur le recours à son arbitrage en dernière instance.

Tout semblait clore le débat sur l’entrée de votre parti au gouvernement. Mais la dernière session du Comité de Suivi est revenue sur le sujet. Pensez-vous que votre entrée au gouvernement est encore possible ?

A moins d’une nouvelle donne, nous considérons en l’état actuel des choses que le débat sur notre entrée au gouvernement est bien clos.

En fin de semaine dernière, Amnesty International a publié un rapport sur le Togo. Quelles appréciations faites-vous de ce rapport ?

Une appréciation positive et sereine. En ce sens que ce que nous-mêmes nous craignons d’aborder de l’Intérieur, les Associations de défense des droits de l’Homme nous aident au moins à ne pas oublier.
Ne pas croire que en ayant formé un « Gouvernement d’Union Nationale », on peut s’autoriser d’oublier les questions relatives à l’impunité.
Si nous voulons que les Togolais se réconcilient réellement avec eux mêmes, nous devrions accepter tous d’accomplir le devoir de mémoire. C’est en reconnaissant les fautes commises qu’on évite qu’elles se répètent et surtout cela permet aux victimes de comprendre pour pardonner.
Ne pas le faire, c’est faire dans ce domaine la politique de l’autruche. Le pardon certes, mais connaître d’abord, ensuite panser les plaies par les réparations, les dédommagements et les indemnisations. C’est le moins qu’on puisse faire dans ce domaine.
C’est ce que vise Amnesty International qui voit un monde idéal où « l’homme ne sera plus un loup pour l’homme », où la vie humaine sera sacrée comme l’a voulu le Créateur. Je leur tire mon chapeau.

Le rapport met l’accent sur l’impunité au Togo. Quelle est la position de l’UFC par rapport à cette question ?

Je viens de vous répondre. L’impunité doit cesser dans notre pays. C’est l’impunité qui encourage l’insécurité. C’est le nœud gordien du peuple togolais.

Annoncé pour les 20 et 21 janvier, le Conseil national est finalement reporté aux 03 et 04 février prochains. Quels ont été les mobiles de ce report ?

Des raisons d’ordre pratique : les travaux préparatoires ont pris du retard tant sur le plan national que fédéral. On s’est donné le temps nécessaire pour parachever la préparation.
Car toutes les fédérations, toutes les associations affiliées au parti, les cercles de réflexion proches de l’UFC, sont associés aux travaux. Rien d’autre.
Le Président National arrive dans l’après midi du Vendredi 02 Février, vers 14H à la frontière d’Aflao. Il présidera l’ouverture, la clôture et les travaux du Conseil National.
Il animera un meeting l’après midi du dimanche 04 Février à partir de 14H probablement sur la Place Fréau.
Le lundi 05 Février, nous organisons un séminaire de formation à l’intention de nos cadres électoraux et locaux, y compris nos représentants dans les CELI.
Dans la semaine qui commence le 05 Février, il y a des chances que le Président National se rende à Aného dans les Lacs et à Atakpamé dans l’Ogou à titre symbolique en mémoire de ceux qui sont tombés, blessés ou perdu leurs biens lors de la présidentielle de 2005, pour les réconforter.

Précisez-nous les sujets qui vont être débattus au cours de ce Conseil national...

L’objectif principal du Conseil National est de resserrer nos rangs, de nous mettre en ordre de bataille pour les grands défis qui nous attendent en cette année 2007.
Bien sûr, cela nous amènera à nous fixer des objectifs clairs pour 2007 : que ce soit les questions de candidatures, de la redynamisation des Fédérations, les objectifs pour les législatives, que ce soit notre attente de l’ APG et de ses organes, la rentrée dans les structures nationales et fédérales, de femmes et d’hommes nouveaux pour renforcer les structures, la préparation du congrès d’investiture de nos candidats ; confier aux structures, le travail de réflexion sur un autre congrès qui se tiendra après les législatives ( probablement, beaucoup seront à ce moment appeler à accomplir d’autres missions et ailleurs) ; etc.
Hé ! Je ne vais tout de même pas faire avec vous le Conseil national. Laissons donc les délégués venir approfondir les points et prendre les meilleures décisions pour le parti.

Votre mot de fin ?

Préparons-nous tous à éviter les fraudes au cours de ces législatives qui s’annoncent. Regroupons-nous autour de l’objectif commun ; celui du changement.
C’est dans ce sens que le conseil National de l’UFC, avant d’être celui du parti, vise d’abord l’ensemble de nos populations qui se sont tant battues avec nous, à nos côtés pour que ça change. Cette fois-ci, ce sera la bonne. Tous donc à l’accueil du Président National. Tous au meeting de « Fréau Jardin » pour dire à ceux qui veulent que l’ordre ancien survive, que cela n’est plus possible. Soyons prêts à soulager les misères des Togolais partout.

Je vous remercie.

Interview réalisée par Zeus AZIADOUVO

 

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