Monde

Paris donne l’onction au fils Eyadema

par L'Humanité (France) , le 2 septembre 2006, publié sur ufctogo.com

Après avoir hésité à apparaître officiellement avec un président désigné par l’armée à la mort de son père et élu dans le sang, la France va recevoir jeudi Faure Gnassingbé.

 

Faure Gnassingbé aura attendu longtemps avant de recevoir officiellement l’extrême-onction du parrain français. Près d’un an et demi après son élection, le président togolais sera reçu jeudi prochain, pour la première fois, par son homologue français. Une visite tardive pour un homme dont le père, précédent président du Togo, avait été qualifié par Jacques Chirac à sa mort « d’ami de la France » et « d’ami personnel ».

Quarante années de règne

Durant presque quarante années de règne sans partage sur son pays, Gnassingbé Eyadema avait pourtant joui du soutien indéfectible des gouvernements successifs à Paris. Prototype du dirigeant de la Françafrique, l’homme était arrivé au pouvoir après un coup d’État et l’élimination du héros de l’indépendance, Sylvanus Olympio. Son pays n’a cessé ensuite de servir de base arrière à la France dans la région et ses valises de billets ont alimenté les fonds des grands partis politiques hexagonaux.

Paris cherche aujourd’hui à respecter les formes. Il est délicat, quand le discours officiel est celui d’un soutien aux démocraties, de dérouler le tapis rouge pour Faure, arrivé au pouvoir dans des conditions contestables. Désigné par l’armée, véritable pilier du pouvoir au Togo, pour prendre la tête du pays à la suite du décès de son père, Faure ne s’est soumis au verdict des urnes que sous la pression internationale.

En mai 2005, il est proclamé président au terme d’élections truquées et accompagnées d’une violente répression. Selon l’ONU, 400 à 500 personnes ont été tuées pendant cette période, et des dizaines de milliers de Togolais ont fui dans les pays voisins. Pourtant, invoquant, comme souvent en Afrique, les risques d’instabilité et le manque de sérieux de l’opposition, Paris a soutenu de bout en bout ce processus électoral. Au point d’avoir félicité Faure pour sa victoire avant même la proclamation définitive des résultats. Car si l’État français a peu d’intérêt au Togo, des réseaux d’affaires proches du pouvoir continuent d’avoir des liens avec ce pays.

En signant mi-août un accord avec l’ensemble des partis d’opposition, le pouvoir togolais s’est doté de la respectabilité dont avait besoin Paris pour recevoir Faure. Sous les auspices du président burkinabé, Blaise Compaoré, l’ensemble des formations togolaises se sont mises d’accord pour former un gouvernement d’unité nationale et organiser des élections législatives. Un scénario conforme à celui élaboré par la France en 2005, qui faisait du maintien de la famille Eyadema au pouvoir le préalable à des élections législatives ouvertes. Cette reprise du dialogue était également une exigence de l’Union européenne, qui l’a immédiatement récompensé en reprenant l’aide au Togo, suspendue en 1993 après des élections entachées de violences.

Nul ne peut prédire ce qui restera de l’accord une fois terminés les fastes parisiens. La formation du gouvernement d’unité nationale pourrait être la première pierre d’achoppement. Les rumeurs concernant la nomination du premier ministre issue de l’opposition dite modérée, qui circulent depuis quelques jours dans la presse togolaise, pourraient indiquer que le pouvoir va une fois de plus jouer l’ouverture sans intégrer sa vraie opposition. Surtout, même si les forces armées togolaises ont assuré lundi dernier qu’elles joueraient le jeu et resteraient dans leurs casernes, conformément aux recommandations de l’accord, rien ne garantit que ceux qui, depuis des années, tiennent le pays en coupe réglée soient prêts à renoncer à terme à leurs privilèges.

Camille Bauer

 

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