Togo

OUA : Cérémonie de la honte

par Afrique-Asie , le 1er juillet 2000, publié sur ufctogo.com

 

Drôle de climat à la veille du sommet de l’OUA que le TOGO héberge du 10 au 12 juillet. Menaces de boycott- principalement venues d’Afrique Australe -, scepticisme et protestations des togolais tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, nervosité d’un pouvoir qui a dû réaliser un peu tard que la marge de manœuvre dont il usait jusqu’à présent pour opérer des coups politiques était devenue par trop étroite. Car les masques sont tombés, inexorablement. les masques d’un régime qu’une certaine part que l’on nomme opinion internationale n’a pas voulu voir des années durant et qui ont permis à ce pouvoir de poursuivre le déploiement d’une culture organique du coup d’Etat militaire politique, électorale- de la terreur planifiée dirigée contre ses concitoyens, puis nec plus ultra d’une diplomatie continentale criminogène ayant pour point d’orgue son comportement dans la crise angolaise et les coupables et dangereux appuis apportés au chef rebelle de l’UNITA, Jonas Savimbi.....

Le bouillon de culture du régime togolais est-il soluble dans la charte africaine des droits de l’homme et des peuples ? Fallait-il attendre la veille de ce sommet de l’OUA pour constater que le TOGO est au sommet du hit parade des pays les moins fréquentables du continent ? Evidemment on pouvait décliner à l’infinie l’échelle du "fréquentable " dès lors que l’on se prend à quantifier "la valeur morale "des Etats ...... A ce jour - la, certains ont tôt fait de conclure que les trois quarts des états modernes seraient mis au ban de la civilisation. Une telle conclusion a souvent permis de justifier les statut quo, les pires pratiques de gouvernements et les complicités afférentes, de même qu’elle a prolongé le bail de bon nombre de tyrans implicitement autorisés à continuer d’entretenir les avatars d’un bon droit que la simple morale réprouve.. Ainsi au nom de la diplomatie d’un prétendu réalisme politique, ou encore d’intérêts supérieurs on accepte de concéder ici et là, de part le monde des baisers à la barbarie. C’est en prenant en compte cette morale que " universelle " que le 35ème sommet de l’OUA, en l999, avait franchi le rubicond en condamnant fermement certaines pratiques et cultures politiques, notamment les coups d’Etats, les méthodes autoritaires de gouvernement, les hold-up. Electoraux......

Ces résolutions auraient dû être l’occasion d’exorciser des années de violences et autres errements politiques qui, depuis les indépendances, n’ont cessé de creuser un funeste fossé entre les dirigeants et leurs peuples. Empêtrés dans leurs contradictions "historiques, les chefs d’Etats de l’OUA, pour la plupart suspects de ces mêmes pratiques qu’ils condamnaient désormais, allaient-ils finir leur carrière dans un exercice d’autoflagellation, à défaut de mutation ? Et surtout comment imaginer que ce syndicat de chefs d’Etats allaient pour des occasions nécessaires - il faut bien continuer à construire un continent. Tels que les sommets de l’OUA, instruire procès, condamner voire exclure ? Bien entendu, on a pu voir dans un passé récent la mise à l’écart des putschistes du Niger. Aujourd’hui, l’exclusion polie du sommet de Lomé du général Gueï, putschiste inattendu, parait dérisoire eu égard à la charge symbolique et historique du lieu où se tiendra ce 36ème sommet. Il n’empêche : au sein du syndicat des chefs d’Etats postindépendance, on sait que, malgré les meilleures résolutions morales et aussi parce que la nature a horreur du vide, il faudra continuer à composer avec les dinosaures et leurs clones. Comme un reliquat persistant et péniblement interminable du tribut à payer pour quarante années de plomb que le tournant des années quatre-vingt-dix n’est pas encore parvenu à totalement dissiper. C’est pour cela que le sommet de Lomé aura bien lieu. Que l’Angola avec ses justes récriminations à l’encontre du TOGO, mais aussi la Namibie, la Tanzanie et surprise ! La Guinée équatoriale se trouvera seul à boycotter le sommet, comme au premier jour du monde. Tout juste devront ils se contenter des marques discrètes de soutien de quelques - uns parmi ceux qui se rendront à Lomé pour satisfaire à la tradition frelatée du syndicat.

Ayant été jusqu’à l’extrême limite des contradictions en allant confier pour un an la présidence de la plus grande et symbolique instance du continent au président togolais Gnassingbé Eyadema , l’Afrique pourra en ce début du nouveau millénaire, se regarder dans le miroir qu’elle s’est souvent malgré elle , confectionné. Et l’on détournera souvent le regard toute honte révélée Peut-être même se résoudra -t - on enfin à jeter et briser ce miroir là. Drôle de climat en effet ; Un boycott annoncé - ce qui est en soi un événement et qui aura presque fait long feu ; des leaders de l’opposition au Togo qui, comme tétanisés , ont pris acte de leur impuissance et de leur résignation face à un pouvoir particulièrement résistant, replié sur une planète d’obstination, d’orgueil et de fuite en avant ; des manifestants togolais et africains à l’extérieur du pays qui ne savent plus de quel mode d’action user pour alerter l’opinion et tenter de peser sur les événements. Et aussi quelques tenants du régime togolais qui s’appliquent par un tri maniaque à concocter la liste des divers invités au sommet, en ne se privant pas de proférer des noms d’oiseaux à l’encontre de certains journaux coupables de critiques , donc voués à la crucifixion .....

Et, comme si ce régime avait la faculté de suspendre les gestes et les assauts , il continue de se réclamer de son bon droit n’hésitant pas à dépêcher son ministre de la communication, fer de lance du régime, Koffi Panou, auprès de Luanda pour infléchir la position de l’Etat Angolais . Mondes parallèles, mais si tragiquement solidaires.... Tout compte fait les participants à ce sommet iront donc consacrer le fardeau de l’Afrique postindépendance : sacrifier aux ultimes caprices d’un chef d’Etat, dinosaure patenté sourd aux injonctions et objurgations du monde, aux prières d’un peuple accablé terrorisé. Un régime cumulant toutes les pratiques et dérives qui peuvent maintenir un pays d’Afrique hors du cercle des nations ordinaires . les participants à cette cérémonie de Lomé iront donc boire la coupe de la honte tendue par ce régime . Tous complices ? Non certainement. Quarante ans après les indépendances, l’histoire a aussi sa vie propre faisant tour à tour, des dirigeants et de leurs peuples, des acteurs et des instruments parfois tragiques. Alors au moment où l’on portera la coupe aux lèvres la grimace des participants à ce sommet, ainsi que le malaise ambiant, transformeront cette cérémonie en une véritable épopée. Un banquet, quasi biblique, de la honte

Editorial de FRANCIS LALOUPO - Le nouvel Afrique Asie n° 130- 131 - Juillet - août 2000 Page 38

 

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