Interview

« Nous appelons les Togolais à se soulever »

par Libération (France) , le 7 février 2005, publié sur ufctogo.com

Gilchrist Olympio, président du principal parti d’opposition, réagit au coup de force qui a permis à l’armée de confier le pouvoir au fils du président décédé. Faure Gnassingbé a prêté serment, aujourd’hui. Cérémonie boycottée par la quasi-totalité des pays africains et l’ensemble des diplomates occidentaux.

 

Malgré la réprobation internationale, le nouveau pouvoir est passé en force au Togo. Désigné samedi par l’armée, Faure Gnassingbé, le fils de Gnassingbé Eyadéma, décédé à l’âge de 69 ans après 38 ans de règne à la tête du pays, a prêté serment, hier, devant des députés et des magistrats togolais. Organisée au palais présidentiel, la cérémonie a été boycottée par la quasi-totalité des pays africains et par l’ensemble du corps diplomatique occidental. La veille, l’Assemblée nationale avait modifié en urgence la Constitution pour avaliser la prise de pouvoir de « Gnassingbé fils » jusqu’en 2008... Très proche du défunt président, Paris a appelé à « l’organisation rapide d’élections libres et démocratiques ». Hier, les autorités ont rouvert les frontières, tout en interdisant les manifestations durant les deux mois de« deuil national ». En exil à Paris, le dirigeant du principal parti d’opposition togolais, l’Union des forces pour le changement, Gilchrist Olympio est le fils du premier président du Togo indépendant, assassiné en 1963 par un groupe d’officiers dirigé par... Eyadéma. Il réagit au coup de force.

Aviez-vous prévu un tel scénario au lendemain de la mort d’Eyadéma ?

Gnassingbé Eyadéma avait construit son pouvoir sur l’armée, plus exactement sur sa frange familiale, qu’il a recrutée dans son village. Il a aussi placé certains de ses fils à des postes clés. C’est la même structure qui vient de donner le pouvoir à l’un de ses fils, Fauré Gnassingbé. Ce garçon veut continuer dans la lignée de son père. C’est inadmissible, et nous appelons les Togolais à résister et à se soulever. On ne peut pas accepter la dictature héréditaire.

Craignez-vous la guerre civile au Togo ?

Cela fait trente-huit ans que nous menons une lutte pacifique ; nous n’avons plus le choix . Il faut faire partir Gnassingbé fils et le quarteron de soldats qui vient de l’installer au pouvoir, avant d’organiser au plus vite des élections présidentielle et législative. Mais il n’y a pas de risque de guerre ethnique au Togo. Nous appelons les gens à se soulever contre Gnassingbé fils, pas contre une partie de la population ! Le vice-président de notre parti est lui-même originaire du Nord et lors de l’élection présidentielle de 1998, j’avais réalisé de très bons scores dans cette partie du Togo.

Comment expliquez-vous le calme avec lequel la population a réagi au coup de force de l’armée ?

Nous l’appelonsà surmonter sa peur et à descendre dans les rues, à mener des opérations « ville-morte ». Par ailleurs, au sein de l’armée, tout le monde n’est pas d’accord avec ce qui est en train de se passer. De jeunes sous-officiers, qui ont été formés en Europe ou aux Etats-Unis, pourraient très bien mener une « révolution des œillets » à la togolaise.

Très divisée, l’opposition a-t-elle les moyens de mobiliser la population ?

Nous sommes en train de consulter les principaux partis pour adopter une position commune. Et je peux vous dire que nous n’avons pas l’intention de baisser les bras.

Que pensez-vous de la réaction de la France qui a appelé à la tenue rapide d’élections ?

Les intentions de la France ne sont pas claires. Certes, elle a condamné le coup de force, mais après avoir jeté des fleurs à Eyadéma, « un grand ami de la France et un ami personnel », a dit Jacques Chirac. Des déclarations malheureuses... Paris n’a jamais daigné discuter avec moi. Je n’ai aucun contact avec le Quai-d’Orsay ou l’Elysée. La France a ses amis en Afrique, dont je ne crois pas faire partie. Mais elle n’a pas bien saisi la nouvelle donne sur le continent et reste fidèle à la ligne définie en son temps par Jacques Foccard (ancien conseiller chargé de l’Afrique à l’Elysée, sous de Gaulle et Chirac, ndlr). C’est une grave erreur, et c’est pour cela qu’elle est dans le pétrin en Côte d’Ivoire.

Comme en Côte d’Ivoire, faut-il s’attendre à une montée du sentiment antifrançais au Togo ?

L’hostilité de la population doit être dirigée contre Gnassingbé fils, pas contre la France, laquelle reste notre partenaire privilégié. Je ne crois pas à la montée du sentiment anti-français, pas plus qu’à un sentiment pro-français d’ailleurs.

Existe-t-il un espoir de sortie de crise par une voie pacifique ?

Les condamnations du coup de force par l’Union africaine et par les Etats d’Afrique de l’Ouest doivent impérativement être suivies par des discussions à Lomé entre les dirigeants africains et Fauré Gnassingbé. Mais j’ai peur que ce dernier soit insensible à ces pressions extérieures. Il s’appuie sur son armée familiale et il sait que l’Union européenne ne va pas reprendre sa coopération économique (suspendue depuis 1993, ndlr). Son père se moquait déjà pas mal du sort de la population.

Par Thomas Hofnung

 

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