SIDA

« Noël noir », le combat des malades du sida en Afrique du Sud

par Le Monde (France) , le 4 janvier 2003, publié sur ufctogo.com

Ils demandent aux autorités la généralisation de la pension d’invalidité que certaines provinces accordent aux malades du sida. Aux établissements financiers, ils réclament la fin des discriminations contre les séropositifs, qui se voient refuser des prêts bancaires, des assurances-vie ou sont exclus des assurances-maladie

 

A l’heure où les enfants déballaient leurs cadeaux de Noël, le 25 décembre au matin, quinze personnes commençaient une grève de la faim qui s’est achevée le 1er janvier. Pour ces séropositifs, pas question de se laisser mourir, mais juste de rappeler que le combat continue, même pendant les fêtes. Loin des centres commerciaux débordant de sapins, d’angelots, de Pères Noël et des lumières scintillantes qui décorent encore tout Johannesburg, ils avaient planté leur tente, sur un petit carré de pelouse, devant le bâtiment des laboratoires pharmaceutiques GlaxoSmithKline, dans une zone industrielle de banlieue. Ces militants de l’Association des personnes vivant avec le VIH (Napwa) espèrent obtenir la gratuité pour tous des médicaments antirétroviraux.

L’été austral n’est pas clément, et les orages violents, qui éclatent presque chaque soir, ont souvent détrempé les matelas. « On survit. Plusieurs commencent à souffrir. Il y en a qui toussent, d’autres ont des maux de ventre, des diarrhées. Mais on tient le coup. Nous sommes tous très motivés » : Joe Manciya, chargé de communication de Napwa, qui revendique 600 000 membres, espère que le mouvement ne s’arrêtera pas là. D’autres actions sont prévues dans les mois à venir pour attirer l’attention sur l’accès aux traitements pour les séropositifs sud-africains, un problème qui fait régulièrement la "une" des journaux mais n’a pas encore trouvé de solution.

Pendant ce qu’ils appellent le "Noël noir", les militants de Napwa ont ciblé les sociétés pharmaceutiques, mais aussi le gouvernement, les banques, les assurances. Ils demandent aux autorités la généralisation de la pension d’invalidité que certaines provinces accordent aux malades du sida. Aux établissements financiers, ils réclament la fin des discriminations contre les séropositifs, qui se voient refuser des prêts bancaires, des assurances-vie ou sont exclus des assurances-maladie.

"Nous savons que nos revendications sont difficiles à satisfaire, mais il vaut mieux demander le plus pour obtenir un peu", explique le directeur national de l’association, Nkululeko Nxesi. "Nous visons toutes les entreprises pharmaceutiques. Nous avons choisi de nous installer ici parce que Glaxo est la plus importante, la plus prospère. Ces gens-là font des profits énormes : ils ont un devoir social et moral envers les malades du sida", estime-t-il.

CINQ MILLIONS DE SÉROPOSITIFS

Un mémorandum a été déposé auprès de la direction de GlaxoSmithKline. "Nous les avons reçus le 25 décembre. Ils sont arrivés sans prévenir. Nous avons promis de donner une réponse le 20 janvier, comme ils nous l’ont demandé. Mais nous avons été surpris quand, le lendemain, ils sont revenus s’installer devant nos bureaux", commente un haut cadre de l’entreprise. "Nous avons réduit le prix des antirétroviraux dans plusieurs pays en développement, mais cela ne peut se faire qu’en partenariat avec l’Etat, les organisations non gouvernementales ou les entreprises", ajoute-t-il.

Il n’y a pas d’accord entre les sociétés pharmaceutiques et l’Etat sud-africain. Il y a quelques mois encore, il n’était pas question pour le gouvernement de généraliser l’accès aux antirétroviraux dans le secteur public. Le président Thabo Mbeki affirmait que ces traitements étaient pires que le mal. Sous la pression des associations et des médecins, mais aussi sur l’insistance de l’ancien président Nelson Mandela, le gouvernement a promis qu’il étudierait le dossier.

Les activistes de la lutte contre le sida, et notamment la Campagne d’action pour les traitements (TAC), regroupant plusieurs ONG, ont lancé un ultimatum et demandent qu’un programme soit mis en place à partir du mois de février. A défaut, ils veulent lancer une campagne de désobéissance civile et des grèves de la faim. Dans ce pays qui compte cinq millions de séropositifs - soit 20 % de la population adulte -, la colère monte. Le "Noël noir" de Napwa sonne comme un avertissement.

Fabienne Pompey

 

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