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Nigeria : Défis et paradoxes

par Le Pays (Burkina) , le 23 avril 2007, publié sur ufctogo.com

Le Nigeria fédéral survivra-t-il à l’après-Obasanjo ? Des inquiétudes subsistent en raison du climat de tension et de fraudes, des violences ayant entraîné mort d’hommes tout au long de la campagne et lors des élections du week-end dernier.

 

Et les réserves formulées par les principaux observateurs du scrutin le confirment : en recommandant la reprise de la présidentielle, ils semblent bien redouter pour ce pays des années pleines d’incertitudes.

Certes, les premiers résultats étaient attendus. Surtout de la part des barons du régime Obasanjo dont l’optimisme ne trompait guère. Mais ces résultats ne sauraient laisser indifférents, tant l’organisation laissait à désirer. On le sait, l’opposition représentative a d’abord décidé de boycotter les élections pour finalement accepter au dernier moment, et à contrecoeur, d’y participer. De quoi s’interroger quant à l’avenir de ce pays qui a bien du mal à gérer ses énormes potentialités.

Année après année, on se perd dans ce qui apparaît comme un imbroglio à la nigériane et dont profitent abondamment les puissances d’argent et les mafieux de tout acabit. Ce géant dont la stature, les énormes potentialités et la position géo-stratégique auraient dû constituer des atouts à exploiter par les acteurs politiques locaux, se révèle à présent un géant aux pieds d’argile.

Depuis la chute du régime du Général Yakubu Gowon, victorieux des sécessionnistes de l’ex-Biafra dans les années soixante, le Nigeria a mal à sa fédération et à sa gouvernance. En effet, le terrorisme et la guérilla urbaine sur fond de velléités régionalistes, tendent à se substituer au système démocratique fédéral, tant les déceptions sont grandes au niveau du peuple. Des castes de gouvernants militaires aux tenants de pouvoirs théocratiques, personne n’a encore su répondre aux aspirations populaires.

L’on évoque généralement le Nigeria à travers ses nombreuses richesses naturelles et son boom démographique, sources de préoccupations pour les Occidentaux. Et parce qu’il est très expansif, on néglige souvent de reconnaître au peuple nigérian son caractère industrieux. Très inventif, il évolue en effet dans une économie dont le dynamisme fait l’attrait des investisseurs de tous horizons. D’où la forte pénétration des autres marchés par les produits signés du label nigérian. De sorte qu’on en oublie parfois jusqu’à la contribution du géant ouest-africain aux plans de l’histoire, de la culture et de la communication pour ne citer que ces seuls aspects.

Nul n’ignore en effet le rôle intégrateur des peuples fondateurs de ce pays dont l’apport reste considérable dans l’édification des nations d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Le Nigeria demeure un pionnier au plan de la littérature en général, du théâtre, de la création artistique et de la production cinématographique en particulier. En matière de pluralité et d’indépendance des médias, également, ce pays ne cesse d’ébahir les républiques bananières francophones avec une forme de liberté d’expression qui lui est propre, et qui laisse suffisamment de place au journalisme d’investigation. Si cela peut être considéré comme tributaire de l’héritage anglo-saxon, il reste que les dirigeants et les journalistes nigérians ont su faire preuve jusque-là de beaucoup d’ouverture d’esprit et d’un sens aigu des responsabilités. Les périodes de dictatures sanglantes ne seront donc pas parvenues à inverser la tendance. De telle sorte qu’il n’est pas faux d’avancer que si le système fédéral et le mouvement démocratique nigérians ont pu jusque-là survivre aux hégémonies régionalistes et militaristes, aux antagonismes religieux de toutes sortes, c’est bien parce qu’existe une forme de consensus national. Ce consensus national a pu s’établir et perdure encore aujourd’hui autour de la nécessaire pluralité de la presse et donc de la liberté d’expression, singulièrement de la liberté de presse. De quoi inspirer la plupart des pays du continent.

Toutefois, le Nigeria, tout en servant de pays phare sur certains plans, demeure une terre de paradoxes. Les insuffisances constatées lors des dernières consultations montrent que les institutions demeurent bien fragiles, que les acteurs politiques manquent également de crédibilité. A ce propos, on ne peut que déplorer le manque de retenue du président sortant, le Général Obasanjo dont la réputation se trouve désormais entachée. Après une gestion décriée par nombre d’opposants et même de partisans, le voilà à présent accusé par ses adversaires de tentatives de manipulations et d’intimidations visant à couvrir ses arrières.

Ces critiques sont-elles fondées ? Le Général-Président Obasanjo avait-il vraiment besoin de se compromettre autant ? Un tel scénario traduirait les inquiétudes de tout pouvoir africain sortant et se sachant coupable de mal gouvernance. La porte serait alors ouverte à une caste de successeurs fantôches, aussi coupables que leurs prédécesseurs marqués du sceau de l’impunité.

Osons toutefois espérer pour le Nigeria qui rêve de représenter l’Afrique aux Nations unies, une autre génération de leaders plus responsables, soucieux d’arracher leur peuple de la misère à laquelle les conduisent la gabegie et l’incurie de pouvoirs successifs, l’inorganisation, les injustices sociales, l’indiscipline, la corruption, la violence gratuite et méchante, et l’intolérance religieuse. Toutes choses qui jurent avec l’image sereine et forte de la République d’Afrique du Sud qui joue, de façon responsable, son rôle de tracteur de la région australe du continent noir.

 

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