Jean-Pierre Fabre

N’ayons pas peur de ceux qui veulent tuer l’aspiration profonde du Peuple togolais au changement.

par Le Républicain (Togo) , le 10 avril 2007, publié sur ufctogo.com

 

Le Républicain : Quelle est aujourd’hui votre appréciation de la situation socio politique de notre pays ?

Jean-Pierre Fabre : L’espoir suscité au sein des populations togolaises, par la signature de l’APG a, petit à petit, fait place au doute, à l’inquiétude. La manière cavalière, cahoteuse et tortueuse avec laquelle le gouvernement, à majorité RPT, tente de mettre en œuvre les recommandations de l’APG, inquiète les populations togolaises L’arrogance et l’exclusion se sont vite substitués à l’esprit de large consensus qui doit présider aux réformes constitutionnelles et institutionnelles conduisant aux élections législatives justes, transparentes et acceptables par tous. Chassez le naturel, il revient au galop. La situation socio politique de notre pays est morose. Elle est empreinte d’espoir et de scepticisme.

Nos populations qui ont du mal à vivre de leur travail, et dont plus de 60 % vivent en dessous du seuil de la pauvreté, attendent des prochaines législatives, une sortie de crise. Malheureusement, rien ne laisse entrevoir une volonté du régime de restaurer la paix en laissant la CENI organiser des élections législatives dans la transparence, la sérénité et dans la confiance mutuelle.

L.R : Selon les informations qui nous parviennent, l’UFC serait en discussion avec le chef de l’Etat pour son entrée très prochaine au gouvernement. Qu’en est-il réellement ?

J-P F : Je ne veux pas croire que de telles allégations aient pu être le fait du chef de l’Etat, ne serait-ce que par respect pour le Président Blaise Compaoré dont l’implication personnelle est déterminante dans la recherche d’une solution juste et durable à la crise socio politique qui mine notre pays.

Il est toutefois normal que le Comité de suivi s’enquière de la participation de l’UFC au gouvernement. La décision d’entrer ou pas dans ce gouvernement dépend de l’UFC, et d’elle seule. Et pour nous c’est de l’histoire ancienne. Ce qui nous préoccupe aujourd’hui, c’est la préparation des élections législatives

L.R. : D’aucuns vous accusent de pratiquer la politique du pire en refusant de participer au gouvernement. Selon ces gens, vous refusez d’entrer au gouvernement parce que vous n’avez pas obtenu le poste de Premier Ministre. N’ont-ils pas raison ?

J-P F : C’est absurde ! Certains ont été effectivement tentés de nous blâmer lorsque nous avons exprimé notre refus de prendre part au gouvernement mais ils se sont vite ravisés lorsque la composition du gouvernement a été annoncée, et qu’ils ont compris ce qui se tramait. Soyons clairs. Nous ne participons pas au gouvernement, tout simplement parce que les conditions de la formation de ce gouvernement n’ont pas été celles qui devraient présider à la formation du Gouvernement d’Union Nationale prévu par l’Accord Politique Globale (APG). Finalement, ce gouvernement comme chacun peut le constater- et ce n’est pas une insulte- n’est pas un Gouvernement d’Union Nationale.

En outre, tant que le chef de l’Etat estimera, comme il l’a fait savoir en décembre dernier, « qu’ayant remporté la présidentielle d’avril 2005 »,- ce qui évidemment est faux-, il lui revient de former le gouvernement comme il l’entend, réduisant l’opposition à la portion congrue et se taillant avec le RPT la part du lion, nous ne jugerons pas nécessaire d’y participer pour faire de la figuration.

L.R. : Effectivement, à la clôture du 9ème Congrès du RPT en décembre 2006, Faure Gnassingbé s’en est violemment pris aux partis d’opposition notamment l’UFC, en qualifiant ses exigences de « fantaisistes » et en estimant « qu’ils restent là où ils veulent. Le pays avancera sans eux » Que suscitent ces propos chez vous ?

J-P F : Nous laissons les populations togolaises juges de ces déclarations. En ce qui nous concerne, dans notre conférence de presse du 8 janvier 2006, nous avons dit ce que nous en pensons. Nous ne souhaitons pas y revenir.

L.R : Il nous revient de la tournée que sont en train d’entreprendre MM. Amah Gnassingbé et Antoine Bodjona que vous êtes avec MM Gilchrist Olympio et Patrick Lawson, les seuls qui bloquent l’entrée de l’UFC au gouvernement, alors que l’immense majorité du parti y est favorable. Est-ce vrai ?

J-P F : Je viens de vous expliquer les raisons pour lesquelles nous ne sommes pas au gouvernement. Et je crois avoir été suffisamment clair. Nous avons eu à déjouer une tentative de déstabilisation venant de ces deux personnages qui ont prétendu être les porte-parole de l’immense majorité des militants de l’UFC. Il est temps de mettre fin à ces légendes. En tant que Secrétaire Général, je peux vous affirmer qu’aucune fédération du parti, n’a adressé au Bureau National une correspondance faisant état de son souhait de voir l’UFC participer au gouvernement.

L’attitude de M. Amah Gnassingbé et de ses acolytes doit être prise pour ce qu’elle est : un fait sans aucune espèce d’importance. Il faut éviter de lui attribuer une dimension qu’elle n’a pas. Nous suivons de loin et avec un certain amusement, les gros mensonges de la tournée nationale que sont en train d’effectuer Amah Gnassingbé et Antoine Bodjona aux frais du contribuable togolais avec l’aide des préfets, tournée dont le seul objectif est le dénigrement de l’UFC.

Il apparaît de plus en plus évident que Amah Gnassingbé n’est qu’une marionnette entre les mains de Antoine Bodjona qui, je le répète, exécute une manœuvre de déstabilisation de l’UFC, orchestrée par le pouvoir RPT. Jugez-en vous-même ! Quand il est entré au gouvernement en septembre 2006, M. Amah Gnassingbé a déclaré qu’il y était à « à titre personnel ». Quelques six à sept mois après, il a suffit d’une interview publiée par le site internet Togoforum.com, interview au cours de laquelle M. Antoine Bodjona proclame, tel un gourou, que M. Amah Gnassingbé est au gouvernement au titre de l’UFC pour que Amah Gnassingbé se ravise et claironne urbi et orbi qu’il représente l’UFC au gouvernement. Vous voyez bien que le pauvre « docteur », « ‘détecteur du sida sans prélèvement de sang ni de salive », est manipulé par Antoine Bodjona. Tout le monde sait que c’est un autre Bodjona qui tire les ficelles.

En ce qui me concerne, je ne me laisse pas divertir par les circonvolutions d’un nomade politique qui après avoir sévi au PAD, après être passé par l’ex UTD de Edem Kodjo, a atterri à l’UFC. Il vient de reprendre son envol vers d’autres horizons, comme sa nature le lui commande. Je lui souhaite simplement bon vent.

L.R : « Les évènements se suivent et ne se ressemblent pas », nous apprend l’adage. Illustre d’ailleurs cette débandade qu’a connue votre parti au lendemain de la nomination et de la formation, sans l’UFC, du gouvernement d’après l’APG ; l’entrée du 2ème vice-président Amah Gnassingbé au gouvernement Agboyibo, la guerre des communiqués qui s’en est suivie entre le parti et Amah Gnassingbé, la volonté de certains militants à voir l’UFC au gouvernement. Bref ce fut l’essoufflement total. Quelle leçon en tirez-vous ?

J-P F : Je n’ai pas très bien compris le sens de votre question, mais je pense y avoir déjà répondu.

L.R : Il vous est reproché d’utiliser des vieilles et mêmes méthodes dans votre combat politique. C’est le cas de la lettre du Directeur de Cabinet du Premier ministre Agboyibo qui, au nom de son leader, avait qualifié d’ « allégations » les termes de la recommandation que le Conseil National de votre parti a adressée au PM. Comment en êtes-vous arrivés là ?

J-P F : A l’issue de son Conseil National, les 3 et 4 février 2007, l’UFC a adopté une « Recommandation au chef de l’Etat et au Gouvernement », qu’elle a fait parvenir au Premier Ministre, accompagnée, pour son information, du Rapport général des travaux. Le Premier Ministre n’a pas semblé comprendre le sens de notre démarche. Nous ne voulons pas relancer ici, une polémique que nous jugeons inutile. Pour le reste, l’UFC n’a de leçon de combat politique à recevoir de personne.

L.R : Il semble aussi que le torchon ait brûlé entre vous personnellement et le ministre Gilbert Bawara. Que s’est-il réellement passé ?

J-P F : Je n’ai aucun problème personnel avec Gilbert Bawara. Il a lancé sur les ondes un appel à peine voilé à la violence et à la haine contre l’UFC. Nous avons jugé ces propos inacceptables et nous l’avons fait savoir avec fermeté. Leur caractère irresponsable nous a conduit à saisir la Facilitation. ! Entre nous, qui connaissait le sieur Gilbert Bawara avant le décès de Gnassingbé Eyadéma pour se laisser donner des leçons par lui ?
L.R : La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) vient de réaffirmer sa volonté d’organiser des élections législatives « démocratiques, libres, sécurisées, transparentes, crédibles et apaisées le 24 juin 2007 ». Quel regard portez-vous sur ce processus électoral ?

J-P F : Un regard critique quant aux nombreuses incohérences dans la mise en place de la CENI, aux incessantes interventions du gouvernement dans les prérogatives de cette institution, et à la précipitation avec laquelle le régime veut pousser la CENI à organiser ces élections. Nous avons tous en mémoire le lourd tribut en vies humaines que le peuple togolais a payé à la précipitation et à l’impréparation lors de l’élection présidentielle d’avril 2005.

La date du 24 juin 2007 a été retenue en octobre 2006 par la CENI qui n’avait ni règlement intérieur, ni bureau élu. Le chronogramme, alors établi, accuse aujourd’hui plus de trois mois de retard et je me demande par quel miracle ce délai sera tenu. Si la CENI estime aujourd’hui pouvoir organiser des élections législatives de manière sereine et sécurisée, le 24 juin 2007, il faudra qu’elle confirme officiellement et définitivement cette date avec à l’appui un chronogramme crédible. Ceci doit absolument intervenir très rapidement, bien avant le début du recensement électoral, afin que les remarques et recommandations des parties prenantes à l’APG puissent être prises en compte.

L.R : Les partis politiques affûtent déjà leurs armes sur le terrain en organisant des campagnes déguisées. L’UFC va-t-elle participer à ces échéances électorales quelles que soient les circonstances ?

J-P F : En ce qui concerne l’UFC, elle est prête pour toute élection, pourvu que les conditions de sécurité et de transparence soient réunies. L’UFC est sereine et confiante parce qu’elle incarne le véritable changement auquel aspirent les populations togolaises et parce qu’elle travaille résolument dans le sens de la victoire. Nous allons à ces élections avec un projet de société en rupture totale avec les pratiques de plus de quatre décennies de dictature, de déni de démocratie, d’exclusion et de gestion clanique de l’Etat. Le peuple togolais n’est pas masochiste, il sait où se trouve son intérêt.

L.R : Partagez-vous cette affirmation des uns et des autres qui dit que Faure Gnassingbé fait plus d’effort politique que son père Gnassingbé Eyadema ?

J-P F : Faure Gnassingbé ou Gnassingbé Eyadéma sont les instruments d’un système pervers et archaïque. Il faut mettre un terme à ce système qui a détruit notre pays et traumatisé ses populations.

L.R : Comment comptez-vous gérer la situation socio politique dans les jours à venir pour éviter un bain de sang ou des violences pré ou post électorales ?

J-P F : La signature de l’APG est supposée empêcher tous les cataclysmes que vous annoncez. L’UFC œuvre résolument pour des élections transparentes et crédibles dans un climat de sécurité. Il revient au Comité de Suivi et au régime de faire en sorte que la période des élections ne soit plus l’occasion de violences que nous avions connues.

L.R : Un autre point également qui fait la une de l’actualité, c’est la reprise annoncée de la coopération entre l’UE et le Togo. Notre pays est d’ailleurs au 10ème FED. A l’UFC, vous attendez-vous aussi à l’avènement de cette reprise ?

J-P F : La rupture de la coopération entre l’UE et notre pays n’est pas le fait de l’UFC. Si aujourd’hui l’UE estime que les conditions sont réunies pour la reprise, il lui revient de juger de l’opportunité de cette reprise.

LR : Avez-vous un message pour les populations togolaises ?

J-P F : Je voudrais exhorter nos compatriotes à ne pas avoir peur et à se préparer avec détermination pour se prononcer massivement en faveur du véritable changement qu’incarne l’UFC. N’ayons pas peur ! N’ayons pas peur de ceux qui veulent tuer l’aspiration profonde du Peuple togolais au changement.

Ben KITEGI
Journal LE REPUBLICAIN

 

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