Guy Adjété Kouassigan

Me Guy Adjété Kouassigan, la carrure d’un grand praticien du Droit

par Ekoué Satchivi - UFCTOGO.COM , le 16 septembre 2009, publié sur ufctogo.com

Un géant du verbe dont la notoriété a franchi les frontières de son Togo natal. Ancien avocat, Me Guy Adjété Kouassigan était un illustre homme en toge qui a su mener avec brio sa carrière et marquer le barreau togolais. C’était un honneur pour ceux qui l’ont vu plaider ou défendre au Palais de justice à Lomé et un peu partout en Afrique. Parcours d’un intellectuel exemplaire et d’un avocat courageux, mort dans les liens de l’exil.

 

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Me Guy Adjété Kouassigan

Titulaire d’un Doctorat d’Etat soutenu en 1962 avec la mention « Très Bien » et les éloges du jury, Me Guy Adjété Kouassigan a vu le jour le 12 septembre 1934. Pur produit de l’Université de Toulouse en France, il y étudia le Droit et les Sciences Po avant de rentrer au Togo aux lendemains des douloureux évènements du 13 janvier 1963. Nommé au poste de Secrétaire général au Ministère des Affaires Etrangères, il démissionna quelques temps après pour embrasser la carrière d’avocat–défenseur. Après sa prestation de serment, Guy Adjété Kouassigan, la trentaine à peine, est admis en qualité de Secrétaire d’avocat–défenseur à l’étude de Me Raymond Viale (actuelle étude de Me Yaovi Agboyibo) sise Avenue du 24 janvier (ex- Alliées) à Lomé–Sanoussi.

Jeune avocat-stagiaire,Guy Adjété Kouassigan y rencontrera Noé Efoé Kutuklui, une autre grande figure du barreau togolais. L’aîné et le cadet sympathisent dans un corps et une profession où la hiérarchie et le droit d’aînesse ne sont pourtant pas de mise. Du cabinet Me Viale, les deux avocats mèneront une grande aventure. A part sa profession d’avocat, Me Kouassigan alla renouer avec le militantisme politique aux côtés d’autres figures de proue du nationalisme togolais. Bien qu’étant l’un de ces cadres qui entourent le régime Nicolas Grunitzky issu du putsch du 13 janvier 1963, l’ancien étudiant en Sciences Po rompt quelques temps après avec la pratique gouvernementale instaurée qu’il prendra pour une imposture. Une prise de position qui lui coûtera cher au point de lui briser finalement la vie.

Bon vivant et passionné de football

Physiquement beau [NDLR : regardez sa photo], l’avocat avait un charme certain et une élégance raffinée. De son vivant, Me Kouassigan était la coqueluche de ces dames qui savaient le plus naturellement du monde, faire honneur à la splendeur de son charme. Parmi toutes les belles créatures qui s’accrochaient à lui, il a su choisir Irène, son épouse et la mère de ses trois enfants. Me Guy Adjété Kouassigan était un père de famille attentif. Et ses proches reconnaissent en lui, quelqu’un aimant la vie. Adorant la compagnie et les agapes , l’ancien Secrétaire général au ministère des Affaires étrangères était un superbe danseur qui après le dur labeur hebdomadaire, passait ses soirées de noctambule à la « Maquina Loca », un coin qu’il affectionnait beaucoup. Gentil et communicateur, Me Guy Adjété Kouassigan était aussi un sportif accompli qui aimait le football. Il était un dirigeant très écouté de la Modèle de Lomé (Yellow Fever), un des grands clubs togolais de football.
L’avocat et le combat politique

Aimant le genre humain, l’avocat Kouassigan entendait par « combat pour l’épanouissement de l’homme », une lutte de tous les instants. Ne pouvant tolérer l’injustice, la démagogie et la tyrannie, il sera choqué par la sanction injustement infligée à Irène, son épouse à son travail pour un fait de grève. Et c’est cette injustice qui sera le détonateur décisif de sa vie d’homme politique. « Je ne me suis pas engagé dans le combat politique », disait-il « pour en gagner un strapontin ». Que de postes politiques proposés et qu’il avait refusé d’assumer ? On l’a vu participer à de nombreux combats politiques, comme initiateur ou défenseur.

Me Guy Kouassigan avait plaidé pour la libération de feu Maurice Yaméogo, premier Président de l’ex-Haute–Volta, aujourd’hui Burkina–Faso. Au palais de justice à Lomé, il a défendu les présumés auteurs du « complot du 21 novembre 1966 » contre le régime Grunitzky. Le célèbre avocat était aussi à la barre devant la Cour de Sûreté de l’Etat pour la défense les intérêts de plusieurs nationalistes togolais accusés dans l’« affaire du 8 août 1970 » [Lire aussi : Trente neuf ans après le fameux « complot du 8 août 1970 »]. Y étaient impliqués Laurent Djagba, da Cruz, Christophe Lanzo, Hilaire d’Almeida, Vincent Plakou, le commissaire Alexandre Jean Osséyi, Roger Mensah, Marc Messan Atidépé, Robert Fiadjoe…
Le jour de l’audience, les avocats tous commis d’office par le gouvernement pour défendre les conjurés, entrèrent en conflit avec le Commissaire du gouvernement. Des altercations verbales eurent lieu. La défense ayant constaté que le gouvernement ayant violé sa propre loi. Un article du décret instituant la Cour de Sûreté de l’Etat stipulait que tout prévenu à propos duquel le juge d’instruction aurait prononcé un non- lieu devrait être libéré. Ce ne fut pas le cas pour Vincent Plakou et Marc Messan Atidépé, déférés devant le tribunal.
L’exil plutôt que la compromission

Devant un tel flou et en signe de protestation aux anomalies relevées ; le collège d’avocats au sein duquel se trouvait Me Kouassigan refusa de plaider en quitta la salle. Seul était resté Me Liensol de nationalité française. Ce jour-là ; le président de la Cour (Théodore Acouetey) ancien juge–président au tribunal d’Aného, intervient au journal de la mi-journée sur Radio–Lomé pour demander au gouvernement de sanctionner les avocats « rebelles » qui, au lieu de défendre humblement leurs clients, se sont arrogés le droit de faire plutôt le procès du régime Eyadèma.

Voulant se rendre quelques jours plus tard à Cotonou, Me Kouassigan est refoulé au poste frontière de Hilla–Condji. On lui apprendra qu’une décision d’interdiction de quitter le territoire avait été prise contre lui. Retourné à Lomé, il ne manqua pas de protester avec vigueur. La décision sera plus tard levée. N’ayant jamais envisagé de plaider autrement que dans la droiture, c’est bien le souci de rigueur morale qui mènera l’avocat Kouassigan à prendre le chemin de l’exil plutôt qu’un compromis ou une compromission. L’ancien avocat–stagiaire à l’étude Raymond Viale rallia ainsi la capitale économique béninoise pour ne plus jamais revenir au Togo. Traqué de tous côtés, l’avocat tente vainement de trouver refuge dans l’une des capitales des pays de l’Afrique de l’Ouest... Chargé de dispenser des cours de Sociologie juridique et de Droit à Cotonou, il s’enfuit à Bamako au Mali, le pays de son épouse Irène. On le verra par ailleurs à Dakar au Sénégal en qualité d’enseignant à la Faculté de Droit.

Un détour en France permit à Me Kouassigan de se présenter à l’Agrégation de Droit privé. Admissible, il n’a pu être finalement reçu. L’ancien étudiant en Diplomatie au Centre Canergie à Genève (ami et promotionnaire du Ghanéen Kofi Annan) retourne alors en Suisse en 1976 et obtint non sans mal, un poste de professeur à l’Institut Universitaire d’Etudes de Développement de Genève.

Co-Responsable de la Coordination des activités du Secrétariat de l’Unicef pour l’Année Internationale de l’Enfance (1979), il était ensuite chargé de créer un service d’information technique au sein de cette institution. Humblement et silencieusement, Me Kouassigan meurt le 24 mai 1981 des suites d’une courte maladie. Il avait juste 47 ans.

Grand passionné du Droit et amoureux de la Justice, le regretté Guy Adjété Kouassigan a été à la fois Avocat, Enseignant, Philosophe, Ecrivain et Chercheur. Il a été par ailleurs, membre de l’Académie Royale Belge des Sciences d’Outre- Mer ; Directeur de la rédaction du volume V de l’Encyclopédie Juridique de l’Afrique traitant des biens. L’ancien avocat au Barreau de Lomé a aussi dirigé le Groupe de recherche de l’Institut Universitaire d’Etudes du Développement de Genève sur l’Histoire de l’Afrique. Auteur de nombreux ouvrages notamment « L’Homme et la Terre » paru en 1966 aux Editions Berger Lervault ; « Quelle est ma loi ? » paru en 1974 aux Editions Pedone, suivi cinq ans plus tard de « Former pour un monde indépendant » chez la Braconnière. Sa veuve s’est chargée de faire publier son dernier livre « Afrique –Révolution ou diversité des possibilités » paru en 1985 aux Editions l’Harmattan.

Ekoué Satchivi

 

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