Colonialisme

Mayotte un des derniers confettis de l’empire

par L'Humanité (France) , le 5 mars 2004, publié sur ufctogo.com

Depuis le référendum de décembre 1974, les lobbies français maintiennent par tous les moyens leur domination sur cette terre enlevée à ses voisins de l’archipel des Comores.

 

Une plaisanterie de Jean-Marie Tjibaou, leader emblématique du peuple Kanak pour son droit à l’autodétermination, résumait ainsi une stratégie du colonialisme français : " La vérité de l’homme blanc, c’est celle de l’invité inattendu qui arrive, s’installe dans votre maison avec sa famille et qui, quelque temps après, demande un vote démocratique pour savoir à qui appartient la maison. " Stratégie appliquée certes à la Nouvelle-Calédonie, mais aussi à l’archipel des Comores, désormais éclaté en deux : un État à l’indépendance toute formelle (une vingtaine de tentatives de coup d’État depuis son apparition en 1975, dont quatre réussies, dans lesquelles on retrouve chaque fois la main de lobbies et réseaux français, généralement à travers le mercenaire en chef Bob Denard), État qui regroupe les îles de Grande-Comore, Anjouan et Mohéli ; la quatrième, celle de Mayotte, ayant été, au mépris des principes inscrits dans le droit international, dissociée de cet ensemble historiquement et culturellement homogène pour demeurer rattachée à la métropole. Motif avancé : lors du référendum du 22 décembre 1974, les Comoriens ont certes voté " oui " à l’indépendance à près de 95 %, mais le " non " avait été majoritaire à Mayotte, cela au terme d’une campagne de violences " ethniques " fortement impulsée par l’extrême droite française (notamment certains anciens de l’OAS) et des personnalités gaullistes (comme Michel Debré, qui venait de planter son drapeau chez le voisin réunionnais) avec leurs relais locaux représentés par les notables du Mouvement populaire mahorais (MPM), fondé en 1963, l’année suivant la fin de la guerre d’Algérie.

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Ce dépeçage fut et reste condamné explicitement par près d’une vingtaine de résolutions de l’ONU, souligne Pierre Caminade dans un livre sortant ces jours-ci [1]. Et ce dès le 12 novembre 1975, avec la résolution 3385 affirmant " la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores, composé des îles d’Anjouan, de la Grande-Comore, de Mayotte et de Mohéli ". Le 6 février suivant, lors d’un nouveau débat sur la question, le vote était bloqué par Paris, unique cas dans l’histoire de cette organisation où la France a opposé seule son veto !

Les Comores n’ont depuis cessé de plonger dans une tourmente qui ne doit rien à la fatalité. Mercenaires, putschs à répétitions, assassinats politiques, blanchiment d’argent sale et trafics divers (armes comprises) caractérisent une histoire d’à peine trente ans, marquée de plus aujourd’hui par la dérive islamiste du dernier dictateur en date, le colonel Azali Assoumani, et par les affrontements séparatistes opposant les trois îles entre elles, pour la plus grande satisfaction des lobbies français et sud-africains s’activant dans la région. Mayotte, elle, s’est enfoncée dans la misère et l’assistanat, tandis que tout était fait pour la couper de ses îles sours : en 1994, le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua impose le visa aux Comoriens pour quelque déplacement que ce soit à Mayotte. Du jour au lendemain, les milliers d’Anjouanais y résidant ou venus y visiter des proches se retrouvent " immigrés clandestins ". Rafles et reconduites à la " frontière " se multiplient, les expulsions se traduisant par des fuites improvisées à bord d’embarcations de fortune et un nombre de noyades soigneusement tenu sous le boisseau. Aujourd’hui une nouvelle étape est en train d’être franchie avec le processus de " départementalisation " du territoire, qui verrouillerait définitivement les liens subsistant avec l’Union des Comores et donnerait forme juridiquement présentable à l’appropriation pure et simple de Mayotte par la France. " Confetti de l’empire ", cette dernière continue de susciter maints appétits, même et surtout lorsqu’ils ne sont pas avouables. C’est à en éclairer les tenants et aboutissants que se consacre l’ouvrage évoqué ici.

Jean Chatain

 

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Notes

[1] Pierre Caminade, Comores-Mayotte : une histoire néo-coloniale. Éditions Agone, 190 pages, 11 euros.

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