Notes de lecture

Massa Djembéfola ou le dictateur et le djembé

par Mouta W Maurice GLIGLI , le 20 janvier 2009, publié sur ufctogo.com

 

Le royaume de Tourodougou

BOMASSA COMME EYADEMA

GIF - 60.5 ko

L’un des thèmes principaux qui fait l’objet d’études dans ce roman Massa Djembéfola ou le dictateur et le djembé de Loro Mozono, est bien la vie sociale, politique et économique dans le Royaume imaginaire de Torodougou sous le règne du despote Bomassa et la gestion scandaleuse du trône.

De part cette gestion chaotique, Torodougou, était devenue un champ de ruines où plus rien ne pouvait prospérer .page 209.

« Sous le trône, on ne critique pas, on ne condamne pas, on subit. Jugements et critiques sont relégués aux calendes grecques » page 178. « Oser penser, c’est commettre un crime de lèse-majesté ». « .. Un foutu pays en somme ! Bomassa et ses serviteurs prenaient ainsi les Torois pour des ânes bâtés » page 211.

A Torogodou, la justice est crucifiée, falsifiée et tronquée. « Le verdict des jugements » comme celui des urnes est biaisé ; conséquence, quand le peuple criait injustice, le trône s’en moquait et brandissait l’épouvantail de la terreur.

Ainsi, face à la barbarie et la cruauté de Bomassa, les Torois, peuples de Torodougou, ne se lassaient pas de jeter des tracts aux abords des rues pour dénoncer les travers du régime de Bomassa. Nous sommes bien au Togo des années 1989 -1990.

Sur le plan géographique, Torodougou compte parmi les pays du sable et de la forêt pour son développement.

Dès les premières pages et pour le lecteur averti, on peut s’imaginer que c’est bien du Togo du despote Eyadema qu’il s’agit ou de tout autre Etat africain dirigé par un dictateur. Les ressemblances d’Etienne Eyadema avec son alter ergo Bomassa du Royaume Torodougou sont troublantes. Bomassa arrive au pouvoir au lendemain des indépendances et y demeure pour un bail de quarante années, avec une passion débridée et une prédilection exacerbée du pouvoir.

Bomassa, comme Etienne Eyadema, tous deux ressemblent à une personne frappée de surdité et de cécité qui s’agrippe désespérément au pouvoir, comme un naufragSeé à une branche : « Mon trône est un don de Dieu et personne ne doit le contester » . Ses ministres, qui sont en même temps ses propres serviteurs (au sens propre du mot), le traite comme une divinité, et sont semblables aux chiens apeurés qui rangent leur queue entre les pates lorsqu’ils sont face à d’autres plus forts. Ce qui caractérise ces serviteurs de Bomassa, ce sont des combinaisons odieuses. Ils sont donc des sans faire valoirs et des larbins qui reçoivent des primes de bonne conduite. Bomassa a fait du trône une affaire privée.

Dans le livre tout est dit sur l’univers démoniaque du dictateur Bomassa ; surtout les peaux de bananes que se jettent ses ministres les uns les autres ; le rôle d’indic qu’ils se jouent auprès de Bomassa.

S’agissant des hôtes de marques de Bomassa, tous avaient des goûts particuliers .Ils raffolaient de gros gibiers : phacochères, hippopotame, éléphant, buffle, lion et adoraient manger la viande des animaux sauvages et féroces. Dire qu’ils étaient eux-mêmes des sauvages par leurs actes et leurs comportements ! Tous préféraient provoquer une hécatombe ou un champ de cimetière plutôt que de voir le trône leur échapper. Eyadema lui dira aux togolais, vous allez reculer cent ans en arrière. Peut-on reculer en arrière ? Français du petit sergent de l’armée coloniale. On ne recule pas en arrière. On recule tout simplement en bon usage du français.

Par ailleurs, d’autres sujets d’importance capitale comme la vassalisation de la presse y sont abordés. Là, les chevaliers de la plume appelés injustement journalistes au service de Bomassa, sont ses échotiers avec pour mission à accomplir : grossir les faits, les travestir.Nous avons là, à faire à une presse indigne et choquante. On retrouve d’ailleurs cette presse partout dans toutes les capitales africaines. On voit par là,le rôle majeur des médias dans la prise de conscience des citoyens. Malheureusement en Afrique, la plupart des journaleux ont tronqué la plume contre leur ventre. A ce propos Bruant 1901, p. 285 dit : Le journaleux dit quelquefois ce qu’il pense, mais il pense rarement ce qu’il dit.

Un autre débat tout aussi intéressant dans cet ouvrage, est la problématique de la démocratie par les urnes sous une dictature. Comme celle de Bomassa et de « ses héritiers » Kpatcha, Faure Gnassingbé etc. Ceux là qui ont confisqué le pouvoir d’Etat au Togo. Cette thématique nous amène à nous replonger dans l’histoire du monde pour nous référer au monstre Hitler.

N’était- il pas arrivé aussi par les urnes pour commettre le plus grand génocide que le monde ait jamais connu ? En définitive, le débat qui s’ouvre la démocratie peut elle sortie des urnes sous le clan des Gnassingbé ? doit faire l’objet de discussions dans nos cercles de réflexion.

Peut-on prendre ce risque et penser naivement qu’avec toutes nos victoires électorales confisquées par le clan des Gnassingbé la démocratie sortira des urnes sous les fils et petits fils Gnassingbé ?

Réponse : le roman de Lorozo nous donne l’espérance et la foi profonde que en Dieu rien est impossible :

- que la vengeance c’est la victoire des forces du bien sur le mal ;

- que l’alternance est possible au Togo et ailleurs sous une dictature quelconque. A la seule condition d’y croire et de s’organiser conséquemment.

Dans le royaume de Torodougou et sous la houlette d’un autre personnage clé du roman, Borofata, un brillant avocat que nous pouvons supposer être M°Agboyibor ou un des nombreux avocats patriotes qui s’étaient soulevés eux aussi contre le régime d’Eyadema pour dire non à l’injustice au tout début des années 1990. Pour la petite histoire, tous ces hommes en tenue noire ont finalement baissé la garde et ont trahi la juste cause des peuples togolais. La plupart ont rejoint armes et bagages l’oppresseur.Ils sont devenus les nouveaux riches et bourgeois. D’autres ont choisi le silence complice.

Les Torois eux ont vaincu par les urnes le règne de l’arbitraire, de l’aapa (amétafoutafou, akposso,amewouwou,patapa,amébaba)

Toute la population s’est levé comme un seul homme et a voté pour Borofata. Les militaires, les hommes en tenue, les hommes en armes ont tous choisi et pris le train de la démocratie, du changement. Ces derniers de façon unanime ont donné la victoire à Borofata.

L’histoire racontée dans ce livre est passionnante et mérite d’être découverte pour deux raisons. Massa Djembéfola ou le dictateur et le djembé de Loro Mozonoe est le regard extérieur d’un démocrate panafricaniste sur la lutte des peuples africains. L’auteur, qui, a connu la prison sous Blaise Comparoré à cause de ses prises de position sur l’affaire du meurtre de Norbert Zongo ; a certainement vécu de loin ou vit de loin, la dure et longue souffrance des peuples du togolais. Car si nous aventurions à changer la place des syllabes et des voyelles dans Torodougou ; on aura le mot Togo. De là , on peut dire que Massa Djembéfola ou le dictateur et le djembé est une forme de solidarité d’avec les peuples en lutte du Togo. Cependant, le Togo ne deviendra jamais un Royaume. Tout comme on ne détruit jamais une loge maçonnique, on ne décime pas non plus une résistance soit elle communiste ou patriotique. Le Togo ne deviendra jamais un Royaume du vivant des démocrates togolais, syndicalistes, ouvriers, artisans, mères au foyers ; des communistes( troskystes, staliniens, maoïstes), les nationalistes et les patriotes en armes. Tous le peuple togolais avec à sa tête son avant- garde doit se concerter, s’organiser et surtout étudier toutes les expériences de formes de changement dans le monde ; les formes de changement de tous les temps sous tous les cieux. Enfin se lever pour dire de façon organisée non au règne de l’arbitraire, de l’injustice, de la barbarie ; des violations massives des droits de l’homme, du pillage systématique du patrimoine togolais. Bref mettre fin au règne des sauvages. Comme l’ont fait les Torois. A cœur vaillant, rien d’impossible.

Avec Barack Obama et en ce jour historique de son investiture, disons selon le titre de son ouvrage : Le changement. Nous pouvons y croire. Pour le Togo, mon beau pays. Et pour l’Afrique, ma riche terre nouricière.

Note de lecture de Massa Djembéfola ou le dictateur et le djembé de Loro Mozono.
Editions L’Harmathan 2008. Collection : Encres Noires. ISBN : 978-2-296-05991-7.

Fait à Paris (France), ce 20 janvier 2010 ;
Maurice Mouta Wakilou GLIGLI-AMORIN.

 

© Copyright Mouta W Maurice GLIGLI

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
samedi
25 mars 2017
Lomé °C (à 0h)