Pays-Bas

Lonsdale, la griffe étiquetée fasciste.

par Libération (France) , le 7 septembre 2005, publié sur ufctogo.com

Aux Pays-Bas, les jeunes néonazis détournent la marque pour affirmer leurs convictions.

 

En vitrine d’un magasin de Sint Antoniebreestraat, à Amsterdam, des posters montrent un jeune boxeur noir sous le slogan « Lonsdale aime toutes les couleurs ». A l’intérieur, il n’y a pas foule. Les soldes sont pourtant massives dans la boutique de Punch, distributeur aux Pays-Bas de Lonsdale, une marque britannique de vêtements de sport. « Trois sweats pour le prix d’un », insistent les vendeuses auprès d’un couple de touristes français.

« Les jeunes Lonsdale n’existent pas ! » Enervé, Ronald Krijger, responsable du catalogue Lonsdale chez Punch, dément le penchant supposé de ses clients pour l’extrême droite. La marque, spécialisée dans le vêtement de boxe depuis 1960, est pourtant devenue le signe de ralliement de toute une jeunesse néonazie en Europe du Nord. Si elle n’est pas la seule griffe fétiche de ce marché de niches, aussi amateur des marques anglaises Fred Perry et Ben Sherman, elle est la seule à avoir été détournée à des fins politiques. Certains de ses clients n’en laissent, en effet, apparaître que les quatre lettres centrales, NSDA, dans l’entrebâillement de leur blouson. L’allusion au National Sozialistische Deutsche Arbeiter Partei (NSDAP) d’Adolf Hitler est ainsi faite en toute impunité, sans risque de poursuites pour port d’insignes nazis. Des lycéens ont par ailleurs donné un sens nouveau à Lonsdale, en déclinant chaque lettre à leur manière : « Laat ons Nederlanders samen de allochtonen elimineren » (« Néerlandais, éliminons ensemble les étrangers »).

« Les services secrets ont confirmé ce que nous avons toujours dit, martèle Ronald Krijger. Il n’y a qu’une toute petite poignée de gars qui porte nos vêtements et qui n’ont pas de bonnes idées. » Dans un rapport intitulé « Faits et fiction sur une sous-culture présumée d’extrême droite », les services de renseignement (AIVD) ont estimé qu’à peine 5 % des « jeunes Lonsdale » affichent des sympathies pour le fascisme. Les autres ne seraient pas sensibles aux tentatives de recrutement des groupuscules d’extrême droite, Nouvelle droite (NR) et Alliance nationale (NA). Transmis à tous les élus du pays le 12 juillet, ce rapport évoque « la plus importante sous-culture jeune » des Pays-Bas, tout en estimant que « le problème a été grossi par les médias ».

Vague d’agressions racistes

Cette enquête a été commandée en avril par le ministre de l’Intérieur Johan Remkes, au sommet de la vague d’incidents racistes survenue après l’assassinat du cinéaste Theo Van Gogh. Pas moins de 174 menaces, incendies, actes de vandalisme et autres agressions physiques ont été dénombrés dans le seul mois qui a suivi le meurtre, perpétré le 2 novembre 2004 par un islamiste néerlando-marocain. Selon une étude publiée en décembre par la fondation Anne-Frank, 15 % de ces incidents pouvaient être imputés à l’extrême droite. Ou du moins, à ses partisans présumés, les « jeunes Lonsdale », selon l’expression désormais consacrée.

S’ils ne sont pas plus de 1 500, sur une population de 16 millions d’habitants, ils inquiètent beaucoup. « Jamais les jeunes n’ont été aussi impliqués dans les cultures d’extrême droite », affirme Jaap Donselaar, coauteur du rapport de la fondation Anne-Frank. De manière significative, remarque cet universitaire, les deux tiers des incidents racistes se sont produits dans de petites villes de province, au nord et au sud, au coeur des régions les moins nanties du pays.

Interdictions dans les boîtes et au collège

A Venray, dans le Limbourg, l’attaque d’une mosquée s’est terminé le 3 avril par une bataille rangée entre 20 « jeunes Lonsdale » et 60 jeunes Turcs. A Uden, dans la province voisine du Brabant, 9 jeunes de 14 à 18 ans viennent d’écoper de peines de détention pour l’incendie d’une école islamique, acte signé d’un graffiti « Théo, repose en paix » et d’une croix gammée. Choqué, le conseil municipal d’Uden n’a pas voulu envisager de proscrire la marque de la ville, comme le proposait l’un de ses membres. Joke Kersten, la maire d’Uden, ne pense pas que ce soit la bonne façon de répondre à « des frustrations largement partagées, chez les Néerlandais comme chez les allochtones, sur notre modèle de société multiculturelle ».

Dans le nord, à Groningue, deux discothèques ont, elles, banni la marque en février, de même que Karl Kani, une ligne prisée par les jeunes Noirs, pour faire bonne mesure. Quant au collège de Landgraaf, un bourg coincé entre l’Allemagne et la Belgique, il a été le premier à interdire Lonsdale en 2003, en même temps que les bottes de l’armée et les insignes nazis, pour empêcher les écoliers de venir habillés en skinheads. Une dizaine d’autres établissements scolaires ont suivi, au risque d’alimenter un sentiment d’injustice. « C’est typique du multiculti (terme péjoratif qui désigne le multiculturalisme néerlandais, ndlr), râle Niels, 17 ans, lycéen à Amsterdam. On interdit Lonsdale, mais le foulard islamique reste OK. »

Opération de sauvetage

Malgré son demi-millimètre de cheveux et sa parka kaki, cet adolescent ne revendique pas l’héritage du mouvement skinhead, mais celui des gabbers. Parmi ces adeptes d’une house music dure et rapide, apparue dans les années 1990 à Rotterdam, a figuré un noyau néonazi. « Moi, je n’en sais rien », déclare Niels, qui signale pour sa part un mouvement de gabbers « contre le racisme et le fascisme » sur le site Internet lonsdalenews. nl. Ambigu, ce site monté par des fans de la marque, consacre aussi aux symboles nazis une page d’explications détaillées.

Ronald Krijger a beau tenir les « jeunes Lonsdale » pour imaginaires, il ne peut que déplorer le coup bien réel porté à ses affaires. Comme en Belgique et en Allemagne, Punch participe depuis un an à une vaste opération de sauvetage, pour une marque qui se veut désormais multicolore. Des défilés gays et une équipe de football issue de l’immigration africaine ont été sponsorisés par Lonsdale en Allemagne, des opérations similaires sont prévues aux Pays-Bas. Outre-Rhin, Punch a décidé de rompre ses contrats avec des magasins trop spécialisés dans les panoplies d’extrême droite. En Hollande, ce sont les détaillants qui ont pris leurs distances. De 130 points de vente fin 2004, la marque étiquetée fasciste n’en compte plus que 80 aujourd’hui.

Sabine CESSOU

 

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