Togo

Lomé en état d’insurrection

par L'Humanité (France) , le 27 avril 2005, publié sur ufctogo.com

À peine la victoire du candidat du pouvoir à la présidentielle proclamée, les manifestants ont commencé hier à ériger des barrages dans la ville, pourchassés par des soldats.

 

Cette fois, c’est l’explosion. Dès l’annonce en fin de matinée hier, par la commission électorale nationale dite « indépendante » (CENI), des résultats de l’élection présidentielle, Lomé est entré en guerre. Des hauteurs au centre de la ville, on distingue la fumée noire recouvrir les quartiers périphériques. Plus près, un barrage de jeunes érigé dès la proclamation a été dispersé par les militaires. Certains militants courent encore, pourchassés par des hommes en treillis munis de bâtons. Des coups de feu résonnent.

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Photo copyright AP - Ben Curtis

Cette flambée de violence est la conséquence de l’annonce de la victoire de Faure Gnassingbé, candidat du Rassemblement du peuple togolais, le parti du pouvoir, avec 60,22 % des suffrages exprimés. Non seulement les jeunes entendus dans la rue ont à maintes reprises signifié que cette fois ils « ne se laisseraient pas voler la victoire », mais le détail des chiffres lus, préfecture par préfecture, par la présidente de la CENI, donnent une indication de l’ampleur des manipulations. Ainsi, dans la préfecture de Kozah, qui se trouve dans la région de Kara, fief du pouvoir, plus de 218 000 suffrages ont été exprimés, soit plus que les 156 000 habitants dénombrés dans le document fourni aux journalistes par le ministère de la Communication, et plus que la capitale et ses 719 000 habitants.

De même, les différences entre le nombre d’inscrits et le nombre de suffrages exprimés atteint jusqu’à 50 % dans certaines zones acquises à l’opposition, comme dans la préfecture du Golf, où seules 120 357 personnes ont voté contre 221 300 inscrits. Cette distorsion est également notoire à Lomé, où environ 209 000 votants se sont exprimés contre 494 000 inscrits. Des chiffres d’autant plus surprenants que, de l’avis de tous les observateurs, la mobilisation dans la capitale le jour du scrutin a été particulièrement importante.

Dans ces conditions, on voit mal comment la tentative de conciliation de dernière minute entreprise la veille par le président nigérian Olesegun Obasandjo pourrait aboutir. Même si Faure Gnassingbé annonçait aujourd’hui, ce qu’il fera probablement, que, conformément aux engagements pris la veille dans la capitale nigériane, il invitait l’opposition à participer à un gouvernement, la colère de ceux qui ont la sensation de s’être une fois de plus fait voler la victoire risque de continuer. Plus inquiétant encore, alors que la jeunesse se soulève, des camions de gens venus du Nord et armés de gourdins ont été stationnés sur le marché de Togo 2, prêts à rentrer en scène.

 

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