Libéria

Libéria : Dissolution de l’armée

par RFI (France) , le 20 juillet 2005, publié sur ufctogo.com

Le gouvernement libérien a depuis le 2 juillet 2005, commencé à payer des soldes à tous les militaires des Forces armées nationales libériennes (AFL). Chaque soldat reçoit une somme de 540 dollars, soit 278 000 francs CFA. Ensuite ils rejoignent automatiquement la vie civile. Une nouvelle armée sera formée par le gouvernement américain.

 

Il est 11 heures à Shefflin, la plus grande caserne du Libéria, située à 50 Km au sud-est de la capitale Monrovia. Depuis deux jours il pleut sans cesse. Le colonel Wolor Nagbe, sous-chef d’état-major des AFL, infatigable sous cette pluie, est en train de superviser les soldats qui sont sur le point d’empocher un chèque de 540 dollars chacun.

« Je suis très heureux pour ces jeunes gens, parce qu’ils ont beaucoup fait pour leur pays. Ils méritent plus que cela, mais c’est tout ce que le gouvernement a pour le moment. », explique le colonel Nagbe.

Ils sont au total 9 500 soldats. On les appelle « recrues de guerre » parce qu’ils ont tous été recrutés dans l’armée pendant la guerre civile. Certains ont été recrutés par feu le président Samuel Doe quand il a été attaqué en 1989 par les forces rebelles du NPFL (Forces nationales patriotiques) de Charles Taylor. Et les autres ont été pris dans l’armée sous le régime de Charles Taylor en 2004, quand les forces rebelles du LURD (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie) de Sékou Konneh ont lancé des assauts contre les positions des forces libériennes.

C’est par ce groupe de « recrues de guerre » que commence le paiement de solde. « Nous appelons cela une démobilisation », explique le Ministre de la défense Daniel Chea à RFI. « Ces jeunes gens ont été recrutés parce qu’il y avait une urgence. Si non ils n’ont pas reçu une formation adéquate qui puisse faire d’eux de vrais soldats. Ensuite nous passerons à ceux là même qui ont servi l’armée depuis plus de trente ans maintenant. Pour eux, ce sera une mise à la retraite. »

Ces jeunes soldats ont servi l’armée sous la pire des conditions. Ils sont venus au moment où les salaires se faisaient très rares. Ils se sont quand même battus, espérant être un jour récompensés.

« Les soldats n’étaient pas contents quand on leur a dit qu’ils devaient recevoir 540 dollars, parce qu’on leur avait dit au départ qu’ils recevraient 1 500 dollars chacun. Nous leur avons parlé et ils nous ont écoutés. Pour un soldat, ce qui compte est ce que tu as fait pour ton pays. Peut importe le reste », dit le colonel Nagbe.

Physiquement réduit, le caporal Mickel Nuahn ressemble plutôt à quelqu’un qui souffre d’une maladie. Arrêté dans le rang, pensif, il attend son tour pour recevoir le chèque de 540 dollars. « Je ne suis pas malade, mon frère, dit-il. Ceci est le signe de la pauvreté. Le signe de la souffrance. Et quand je pense que j’ai sacrifié ma personne pour cette nation, ça me rend amer. Nous prenons cet argent parce qu’on n’a pas le choix. Nous n’avons aucune autre option. »

Pendant le processus de désarmement des différentes factions armées des 14 années de guerre civile qui ont complètement détruit cette nation ouest africaine, chaque ex-combattant désarmé et démobilisé n’a reçu que la somme de 300 dollars.

« On m’a recruté comme soldat pour lutter pour cette nation contre des assaillants, explique le caporal Nuahn. On ne peut donc pas me comparer à des combattants. Des gens qui ont pris les armes pour des causes illégales. »

Une formation financée et supervisée par les États-Unis

Le sergent Urey Korkeh, quant à lui, est dans l’armée depuis 13 ans. Il est satisfait de la somme qu’on lui a remise. « Je suis très content. C’est vrai que ce n’est pas ce qu’on nous avait promis, mais je suis heureux d’avoir servi mon pays. Heureux que le gouvernement ait reconnu mes efforts en me récompensant. » Parce que, comme l’explique Korkeh, « certains de mes collègues ne sont plus là. Et d’autres se retrouvent avec leurs membres non au complet. »

Parlant de ceux qui sont amputés, Oliver Yahya, 35 ans, est parmi ce groupe de malheureux. Il a eu une jambe coupée. « J’ai été touché à la jambe quand je défendait cette nation. Le docteur ne pouvait pas me sauver et le gouvernement non plus n’avait pas pu s’occuper de moi. Je ne pouvais plus nourrir ma famille. Ma femme elle, m’a laissé dans la douleur seul avec mes trois enfants. Au moins je pourrai scolariser mes enfants avec ces 540 dollars. »

Pour joindre la nouvelle armée il faut faire une demande et attendre la réponse. Les critères de recrutement sont nombreux, mais il faut avant tout être lettré pour espérer faire partie de cette armée dont la formation sera financée et supervisée par le gouvernement américain.

L’attaché de défense et de l’armée à l’ambassade des États-Unis au Libéria, le major Ryan McMullen, a dit à RFI qu’il fallait au moins 100 million de dollars pour mettre sur pied une nouvelles armée pour le Libéria. « La formation est prévue pour trois mois. Peut-être moins, peut-être plus. Et pour la formation de 2 000 soldats, il faut environ 100 millions de dollars », dit McMullen.

Le gouvernement intérimaire dirigé par Gyude Bryant a pour mission de former une nouvelle armée avant la tenue des élections. Cette nouvelle armée, selon les autorités libériennes, doit 4 000 soldats. « Si nous devons former 4 000 soldats, il faudra alors plus de 100 millions de dollars », explique McMuller qui ajoute : « nous allons former une armée professionnelle pour le Libéria. »


Zoom Dosso
Article publié le 20/07/2005

 

© Copyright RFI (France) - Visiter le site

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
dimanche
22 octobre 2017
Lomé 27°C (à 23h)