Togo-Etat de terreur

Les tortionnaires Yark et Laokpessi en disgrâce et mis en résidence surveillée

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 24 décembre 2003, publié sur ufctogo.com

Dans la hiérarchie militaire togolaise, Dahemane Yark a le grade de commandant de gendarmerie. Atakora Laokpessi Pitalounani Antoine est lieutenant-colonel du corps de la gendarmerie. Les deux hommes qui viennent d’être mis à l’écart, désarmés, et mis en résidence surveillée sont accusés d’avoir détourné des sommes très importantes alors qu’ils dirigeaient en duo la gendarmerie, et la délivrance des passeports (on invoque un énorme trafic d’influence et de surfacturation dans la commande des passeports). Cependant, le motif invoqué dans le sérail, est que les deux hommes auraient projeté d’attenter à la vie de Gnassingbé Eyadéma peu avant son départ pour l’Italie (il y a environ trois semaines).

 

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Le commandant Yark

Les deux hommes qui viennent d’être mis à l’écart sont tristement célèbres auprès des Togolais pour avoir améliorer et institutionnaliser la torture au Togo, en particulier à la gendarmerie togolaise.

La gendarmerie togolaise sous la férule de Yark et Laokpessi

La gendarmerie togolaise à la charge du renseignement au Togo. Dans cette quête, elle est devenue un instrument de terreur (voir note ci-dessous).

On le sait, les forces de sécurité ont toujours eu recours à la torture au Togo, ainsi que le dénoncent régulièrement Amnesty International, la FIDH, Human Right Watch, la FIACAT, la Commission des droits de l’homme de l’ONU, ainsi que le Département d’Etat américain. Beaucoup de témoignages ont été recueillis faisant état d’un usage systématique de tortures dans les centres de détention de la gendarmerie. Les noms de Yark et Laokpessi sont cités comme dirigeant et pratiquant les sévices sur les prisonniers. Une fois amenés dans les postes de gendarmerie pour y être interrogés, les détenus sont habituellement victimes de mauvais traitements ou de torture visant à leur arracher des informations et des aveux.

C’est ce que révèle logo Dossouvi dans sa relation des événements du 5 octobre 1990 [... quelques minutes plus tard, on fera défiler devant moi notre camarade Kalepe Kétomagnan Hope, torse nu, menottes aux poignets. Après son passage, M. Lamboni demanda si je le connaissais. Je me croyais obliger de dire oui. A ce niveau de l’interrogatoire, un homme petit de taille fit son entrée, les autres se levèrent, il traversa la salle et rentra prendre place dans un autre bureau au fond. Le sieur Dogbevi m’introduit dans le bureau du petit homme, pantalon kaki chemise jaune à rayures noires, visage ovale, les deux joues balafrées aux tatouages yourouba dénommés communément "Odjou Olégba". J’apprendrai plus tard qu’il s’appelle Atakora Laokpessi Pitalounani Antoine, qu’il était le patron de la sûreté et l’homme de confiance de M. Gnassingbe. Pour ce petit matin-là, il se contenta des informations générales sur ma personne puis s’en alla. Je fus menotté à un lit de garde et placé sous haute surveillance jusqu’au lever du jour.] (www.diastode.org/Droits/octobre5.html - 67k)

En outre, dans son rapport de mai 1999, Togo-Etat de terreur, Amnesty International confirmait que beaucoup de victimes de la torture au Togo rencontrées en novembre 1998, ont communiqué les noms de leurs tortionnaires parmi lesquels figuraient des hauts responsables de la gendarmerie. L’organisation de défense des droits de l’homme faisait aussi remarquer que les autorités togolaises n’ « ont fourni aucune réponse à la délégation quand elle a communiqué les noms des personnes présumées responsables de torture et de mauvais traitements pour demander que des sanctions administratives soient prises en attendant l’ouverture d’une enquête judiciaire »

Cette banalisation de la torture et l’impunité dont jouissent ces hommes qui se targuent de la confiance de Gnassingbé Eyadéma a été largement confirmée par le rapport de la mission d’enquêtes ONU-OUA, dépêchée au Togo après la publication du rapport d’Amnesty (Togo-Etat de terreur). La mission rapporte des témoignages faisant état de la terreur exercée par le commandant Yark et ses agents du Centre des travaux de renseignements (CTR). Selon les témoignages recueillis, de jeunes réfugiés auraient été arrêtés soit à l’entrée, soit à la sortie du territoire du Togo par les forces de sécurité. Ces arrestations prendraient la forme d’enlèvements par des éléments des forces de sécurité opérant généralement en civil et utilisant des véhicules banalisés ou sans immatriculation. Ils opéreraient habituellement sous la direction du Capitaine Yark » (www.diastode.org/Droits/oua-onu3.html - 29k).

Yark et Laokpessi furent véritablement au cœur du système de la terreur pour perpétuer le régime Eyadéma. Et à ce titre, ils se croyaient intouchables. Mais, l’expérience a prouvé que les dictateurs n’ont pas le sens de la reconnaissance ou de la gratitude. Djoua, Biténéwé qui furent avec Ernest Gnassingbé, les auteurs de la restauration autoritaire de Gnassingbé Eyadéma ont connu des déboires pour avoir été soupçonné de préparer un coup d’Etat.

En tout état de cause, ces événements sont des agitations du sérail et ne peuvent nous distraire de notre combat pour mettre fin à l’impunité et pour instaurer la démocratie, une justice indépendante, bref un Etat de droit au Togo.

La rédaction ufctogo.com


Annexe : extrait du rapport d’Amnesty Intenational ( Togo-Etat de terreur mai 1999)

(b)Mauvais traitements au cours du transfert à la gendarmerie

Ces mauvais traitements se poursuivent pendant le transfert jusqu’aux centres de détention. Au moins trois détenus sont décédés à la suite de mauvais traitements lors de leur transfert à la gendarmerie nationale de Lomé, en juillet 1998. Leurs corps ont été abandonnés sur la route.

Une des personnes arrêtées a confié à la délégation d’Amnesty International :

"Le jour de la journée "ville morte", j’ai été arrêté en compagnie d’autres personnes. Les forces de sécurité nous ont mis des menottes aux mains avant de nous jeter dans un camion Benz. Les militaires nous marchaient dessus, parfois, quand on essayait de se relever on recevait des coups de pieds, on était ballottés au milieu de plus de trente soldats dans ce camion, les coups pleuvaient de partout. Une fois arrivés à la gendarmerie, ils nous ont jetés comme des sacs par terre".

(c)Mauvais traitements lors de l’arrivée à la gendarmerie

Tout un éventail de méthodes de tortures est utilisé par les forces de sécurité : par exemple, lorsque les détenus arrivent dans la cour de la gendarmerie, ils sont accueillis par une rangée de gendarmes, qui les frappent jusqu’à ce qu’ils pénètrent dans le bureau pour être interrogés. Les témoignages recueillis par Amnesty International poussent à conclure que l’usage de la parole, chez les gendarmes, est limité à quelques mots tels "aveux", "rebelles", "terroristes". Quelquefois des phrases un peu plus élaborées sont marquées d’une dimension ethnique :"Tu verras, tu veux faire partir le `vieux’ (le président GNASSINGBÉ Eyadéma), les Kabyé (l’ethnie du Président) sont derrière lui".

(d)Mauvais traitements contre les militants de l’opposition à la gendarmerie et au commissariat de police

Un ancien détenu, membre de l’UFC, a livré le témoignage suivant à la délégation d’Amnesty International :

"J’ai été accueilli au service de recherche et d’investigation (SRI) de la gendarmerie nationale par des coups qu’ils me donnaient à l’aide de câbles, de crosses de fusils et de bâtons sur tout le corps. Ils m’ont posé des questions sur mon parti et m’ont accusé d’être un trafiquant d’armes. Le Lieutenant Z a ensuite ordonné qu’on me mette sur une table entourée de militaires. Ils se sont mis à me cogner à l’aide de bâtons et de mousquetons (boucles de la ceinture), certains m’assénaient également des coups de poing. Ces séances ont été entrecoupées de quatre pauses. Le capitaine A est arrivé et a ordonné qu’on me remette sur la table. J’ai à nouveau reçu des coups ; à un moment je suis tombé et j’avais du mal à me relever. Personne ne m’a aidé à me relever ; ils ont continué à me frapper pour que je me remette tout seul sur la table. Ils m’ont ensuite mis dans une cellule et le lendemain à quatre heures du matin les gendarmes m’ont servi un `café fort’(10)".

Cet ancien détenu, qui a été gardé à vue pendant 17 jours, a confié à Amnesty International qu’il n’avait pas eu la possibilité de lire son procès-verbal. L’officier de la police judiciaire lui a fait comprendre que "s’il avait été à la place de ceux chargés de son arrestation, il l’aurait mis dans un sac pour le jeter à la mer plutôt que de gaspiller du papier".

Une des personnes arrêtées à Akato en octobre 1997 a raconté à la délégation d’Amnesty International que les militaires voulaient surtout savoir s’il faisait partie de la garde rapprochée de MASSEMÉ Alphonse Kokouvi, ancien ministre de l’Intérieur du gouvernement de transition, et ils l’ont accusé de prendre les armes contre eux. Cet ancien détenu a expliqué que les militaires avaient menacé de le torturer à l’électricité s’il ne disait pas la vérité : "Après les menaces à l’électricité au commissariat "For Ever" de Tokoin, ils m’ont remis dans une voiture pour une destination inconnue. En route, ils m’ont sorti de la voiture et ont menacé de m’exécuter, je me suis agenouillé pour implorer leur pardon".

Ces actes de torture et de mauvais traitements ont souvent lieu en présence d’officiers, le nom du Capitaine A est régulièrement cité par certaines victimes dont une femme qui a été giflée par lui ; parfois, ce sont ces responsables hiérarchiques qui donnent des ordres pour que les détenus soient maltraités.

Consulter le rapport complet : Togo-Etat de terreur

 

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