Ablodé

Les morts ne sont pas morts

par Séna ALIPUI , le 7 janvier 2004, publié sur ufctogo.com

La force des baïonnettes et des complices civils ont obligé les Togolais à changer de sentier. Depuis 42 ans, nous sommes sur le sentier de la prestidigitation et de la faillite : faillite politique, faillite économique, faillite sociale, faillite morale, faillite générale.
Le général qui effraie son peuple par la brutalité de son armée n’arrive pas à développer le pays.

 

Il y a des hommes qui suite à leur passage sur terre ne meurent pas.

La mort peut prématurément s’emparer de leur corps physique et ainsi les arracher à l’affection de leurs semblables, mais ces hommes par la vie qu’ils ont menée, par la façon dont ils se sont rendus utiles à leurs semblables et à plusieurs générations, ne meurent pas.
Ces hommes, par la qualité de la vie qu’ils ont menée, la qualité et la grande valeur des actes qu’ils ont posés ne meurent pas.

On a beau tenté de falsifier l’histoire pour les noircir ou au contraire pour les embellir.
Certains actes qu’ils ont posés parlent d’eux même et laissent une empreinte indélébile dans la vie de leurs semblables et dans la mémoire collective.
Ces actes traversent les générations à l’abri des effets du temps et de la versatilité de la nature humaine.

Il y a quarante deux ans, dans la nuit du 12 au 13 Janvier, un père de famille, premier fonctionnaire de son état vaquait paisiblement à ses occupations à son domicile
lorsqu’un groupe d’hommes munis d’armes de guerre firent irruption pour « dialoguer ».
Un nouveau type de dialogue auquel ce fonctionnaire n’était ni habitué ni préparé et qui s’est rapidement mué en un monologue sanglant.
De l’aveu du général lui-même dans une émission sur TV5, il y aurait eu des coups de feu en direction du « fugitif ».
Comment un président de la république en fonction, chef d’une lutte d’indépendance peut-il se retrouver fugitif dans son domicile suite à un dialogue avec des soldats de surcroît démobilisés ? Pourquoi être arrivé à une heure aussi tardive, armes aux poings pour une discussion ?
Autant de questions que suscite chaque nouvelle version que nous servent les mêmes témoins du même évènement.
Une chose est sûre, c’est qu’au petit matin de ce 13 Janvier 1963, le père de notre indépendance s’est effondré sur la terre de nos aïeux, le flambeau de notre indépendance à la main.

Triomphants, sans doute inconscients, ses bourreaux n’ayant aucun outil pour mesurer l’étendue de leur erreur croyaient avoir tué le père de notre indépendance.
Ils pensaient peut être qu’en l’obligeant à rendre son dernier souffle, ils mettaient fin à sa vie et à son œuvre nationaliste.
Ce qu’ils ne savent pas, c’est que les actes que le président Sylvanus Olympio a posé, les services qu’il a rendus à la nation Togolaise transcendent sa personne.
Les projets qu’il a mené avec succès pour ce pays dépassent sa personne.
Lorsque nous disons que le président Sylvanus Olympio était un grand homme, un grand Togolais c’est qu’il a fait de grandes choses pour ce pays.
Il a fait des choses qui devaient bénéficier à des millions de gens sur plusieurs générations.

Il a mis le Togo au dessus de sa personne et a pu ainsi accomplir avec succès la lutte pour l’indépendance puis a tracé le sentier qui devait nous mener au développement économique et à la prospérité.

Il nous a affranchis du colonialisme et a tracé le sentier que plusieurs générations de Togolais devaient emprunter pour se diriger vers un peu plus de bonheur, un bonheur acquis au prix du travail.

La force des baïonnettes et des complices civils ont obligé les Togolais à changer de sentier.
Depuis 42 ans, nous sommes sur le sentier de la prestidigitation et de la faillite.
Faillite politique, faillite économique, faillite sociale, faillite morale, faillite générale.
Le général qui effraie son peuple par la brutalité de son armée n’arrive pas à développer le pays. En 2005, Le Togo et les Togolais ne sont ni libres ni développés.

Pourtant, Sylvanus Olympio avait au moins réussi à nous libérer, il a rendu la tâche facile à quiconque devait lui succéder, même par accident.
En vain, les diverses faillites que traverse ce pays sont évocatrices de ce cancer qui ronge le Togo. Les différents maquillages savamment appliqués par les maîtres de la prestidigitation n’arrivent pas à masquer la dure réalité qu’est l’échec du régime RPT.

Les défaites les plus cinglantes sont présentées comme des victoires éclatantes.
On fête la mendicité et la dépendance de notre pays jusqu’à mourir dans les jardins présidentiels, le tout maquillé par le magique chiffre libérateur 13.
Cette façon cynique d’exploiter de façon primaire la misère des Togolais est abominable et condamnable en tout points.

Parlant de 13, nous devons sérieusement nous demander que fête on le 13 Janvier ?
Fête de la libération nationale, nous répond t-on.
De quoi a t-on libéré un peuple libre et indépendant ?
Cette journée qui devrait être une journée de deuil et de recueillement est arrogamment fêtée année après année.

Le père de notre indépendance qui devrait reposer dans un mausolée au cœur de la capitale Lomé est au Bénin, privé du droit d’être enterré sur la terre qu’il a pourtant libérée au prix de sa vie.

La terre tremble chaque 13 Janvier sous les bottes des militaires défilant devant leur chef.
Le message véhiculé par ce défilé est que le Togo est sous le général, les FAT et le RPT.

Tant que le Togo sera sous ses dirigeants, il ne sera pas libre et ne se développera pas.
Le Togo doit être au dessus de ses dirigeants pour pouvoir évoluer.

Ces dirigeants qui devaient rivaliser d’ingéniosité pour servir cette terre et ce peuple, rivalisent d’ingéniosité pour mettre tout ces 56 790 km2 et ces 5 millions de Togolais au service de leurs petites personnes.
Le pays est délibérément orienté dans la mauvaise direction.

C’est en mettant le Togo au dessus de sa personne et en le servant loyalement que le président Sylvanus Olympio s’est immortalisé.
C’est en allumant cette flamme de liberté dans le cœur des Togolais qu’il s’est immortalisé.
C’est en traçant un sentier dans la bonne direction pour son peuple qu’il s’est immortalisé.
C’est en faisant des choix pas toujours faciles mais pertinents qu’il s’est immortalisé.
C’est en ne renonçant pas à sa dignité et à son combat qu’il s’est immortalisé.

La somme des actes qu’il a posés permettent même à ceux qui ne l’ont pas connu physiquement comme nous de cerner le personnage, de le connaître sous plusieurs aspects et de dire que le Togo a perdu quelqu’un de vraiment bien.
Quand on a perdu quelqu’un de bien, on l’enterre pas au Bénin et on ne tente pas de falsifier l’histoire.
Quand on a perdu quelqu’un de bien, on ne fête pas sa mort chaque année de cette façon.
Quand on a perdu quelqu’un de bien, on ne dit pas du mal du bien qu’il a fait.

En ce quarante deuxième anniversaire de l’assassinat du président Sylvanus Olympio , je dirai qu’il a semé la vie sur son passage sur la terre Togolaise et cette vie se poursuit après celui-ci, c’est pourquoi nous disons que les morts ne sont pas morts.
Il est bien vivant parmi nous, vivant par les actes qu’il a posé, par la vie qu’il a mené et par les victoires qu’il a fait remporter au peuple Togolais.
Il est vivant par son œuvre, vivant par la flamme qu’un 27 avril il a allumée dans le cœur des Togolais et qui nous permet de voir que le Togo n’est pas sur le bon sentier.
Enfin, il est vivant parce que le combat qu’il a mené ne s’est arrêté pas avec son souffle.

J’aimerais inviter les Togolais qui ne l’ont pas encore fait à mettre le Togo au dessus de leur petite personne et à rejoindre le sentier sur lequel le président Olympio nous avait mis, le sentier de l’amour de la patrie, le sentier du travail et de la rigueur, le sentier de la liberté, le sentier d’un développement sur des bases solides.
Sur ce sentier que beaucoup à l’époque ont déserté par peur ou par trahison se trouve la majorité des Togolais avec à leur tête le président Gilchrist Olympio qui a repris le Flambeau et mène la lutte pour le changement que souhaite la majorité des Togolais.

Le problème au Togo actuellement n’est pas une affaire de législatives, d’aide de l’UE ou de toutes ces pagailles organisées par le général et ses deux béquilles (RPT - FAT) pour nous distraire de l’essentiel. Ces pagailles masquent les vrais problèmes et ont pour unique but de nous occuper jusqu’aux prochaines élections présidentielles.
C’est principalement un problème de changement de système politique que nous avons.
Le système politique qui a cours au Togo ne satisfait pas l’écrasante majorité des Togolais

Nous avons une dictature fascisante qui s’est mué en médiocratie sous l’effet de la contestation.
Un autre problème est que le général Eyadema doit se retirer du pouvoir étant donné qu’il l’a lui-même promis et qu’il a mis l’honneur de l’armée en jeu en garantissant son engagement par son statut de militaire, il est de surcroît chef de cette armée.
Il a perdu au moins deux fois et cela très clairement les élections présidentielles également.
Autre point, le RPT qui est un parti régulier se conduit comme un parti état.
Dernier point, l’armée et les forces de sécurité ne servent pas la république mais un homme et la crème du système RPT.

Au vu de ces problèmes, cette pagaille organisée s’explique et les difficultés que rencontre l’opposition sont compréhensibles.
Malgré la brutalité et la tricherie qui caractérise ce régime, elle reste à la table du dialogue pour sortir le Togo de l’impasse.

On ne peut pas dire que l’opposition n’a pas mis de l’eau dans son vin, actuellement c’est de l’eau au vin qu’elle consomme alors qu’elle a gagné les présidentielles.
Ces problèmes indiqués plus haut sont plus importants et leur perpétuation est plus dommageable à notre pays que la coopération suspendue.
La lutte pour le respect de la vie humaine et l’amélioration des conditions de vie des Togolais se poursuit et se poursuivra indépendamment du calendrier d’activités qu’essaie d’imposer le RPT aux Togolais.
Dans un sursaut patriotique nous devons reprendre la contestation et la lutte pour mettre fin à ce régime.
Chacun à son niveau doit essayer de faire perdre du terrain à ce régime jusqu’à ce qu’il ne s’effondre. Les partis politiques y travaillent, la société civile et d’autres groupes y travaillent avec les moyens qu’ils ont mais chacun doit mettre la main à la pâte pour en finir avec ce régime.
C’est une fois libéré du joug de cette médiocratie que nous pourrons nous mettre en route vers l’idéal que la majorité des Togolais aura délibérément choisi.
Il y aura de nouveaux sacrifices à consentir pour finir cette lutte et reconstruire notre pays mais nous aurons appris les leçons de la dictature et de la médiocratie dans laquelle nous sommes actuellement et c’est grandi par cette douloureuse expérience que nous bâtirons notre pays.

La lutte continue.

Détia Kpoé le yi, Éblia Kotokou mé bé nona.

Séna Alipui

 

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