Notes de lecture

Les leçons de l’histoire politique en Afrique

par Maurice Mouta Wakilou Gligli , le 23 avril 2008, publié sur ufctogo.com

 

La rumeur au Zaïre de Mobutu. Radio- trottoir à Kinshasa. est un ouvrage écrit par le journaliste congolais Corneille Nlandou-Tassa, paru aux éditions l’Harmattan en 1997. C’est un recueil d’histoires drôles, un livre plein d’anecdotes à vous faire mourir de rire debout. Comme tel, il nous permet de découvrir, à travers des méandres, le quotidien d’un pays jadis dirigé par l’une des pires dictatures que l’Afrique n’ait jamais connue. Ce pays, c’est l’ex-Zaïre de Mobutu, surnommé le léopard ou le dévoreur de son peuple.

A l’intention du lecteur togolais, nous avons relevé quelques passages du livre qui ont retenu notre attention. Ainsi et souvent, il suffit, dans ce texte, d’intervertir, comme dans un jeu, le nom de Zaïre par celui de Togo, Mobutu par Eyadema, palais présidentiel par Lomé 2, dignitaire zaïrois par dignitaire togolais pour voir le puzzle reconstitué. Cet exercice permet de s’apercevoir que les dictateurs détruisent tous de la même façon leur peuple. Au Togo, au Zaïre ou dans un autre pays d’Afrique. Le narrateur du récit précise : « Que toute liberté, si elle existait, devait s’insérer dans le cadre des intérêts du chef, de son entourage direct ou des autres dignitaires du régime » page 7.
Ce fut et ça continue d’être le cas au Togo, ce qui nous conduit à nous demander si, pour mettre fin au long règne tyrannique et despotique de la horde des sauvages en place au Togo, nous ne sommes pas en droit, nous peuple togolais, de recourir aussi à la recette expérimentée avec succès par Kabila père ? Devons nous continuer à penser que par le dialogue nous viendrons un jour à bout de la monarchie tentaculaire des Gnassingbé ? Voilà une bonne question à méditer !
En revenant au livre de Corneille Nlandou, nous dirons que nous ne partageons pas du tout le respect avec lequel ce journaliste traite le dictateur Mobutu en lui donnant du monsieur le président et en l’affublant de tant d’autres épithètes comme celle de guide de la révolution.
Voici, pour finir, ces quelques passages du livre que j’ai glanés pour mieux illustrer le propos de l’auteur reflété dans mon analyse :
Mariez- moi ce journaliste à l’écran

Cette fois-ci, c’est une dame qui profite de sa position de proche du Guide. C’est, en effet, la sœur de Mama Mobutu qui allume le téléviseur du salon présidentiel. A l’écran, un jeune journaliste présente le journal télévisé du soir. La dame est fascinée par le charme du jeune homme. Elle appelle sa sœur, qui n’est autre que la défunte épouse du Président.

« Je veux ce garçon. Qu’on me l’amène ici directement après le journal », dit-elle.
Une voiture quitte illico le Mont-Ngaliéma, avec deux bérets verts qui vont attendre à la porte du journal télévisé. La diffusion terminée, Ngongo Kamanda est amené manu militari devant la belle sœur du Président. Celle-ci lui propose le mariage. Plutôt, c’est un ordre, puisque venant de la famille présidentielle.
M. Ngongo sera obligé de quitter son foyer pour s’unir à cette dame, plus âgé que lui. Il est rapidement nommé ambassadeur du Zaïre en Argentine comme pour le tenir éloigné de son ancienne femme. Puis, lorsqu’on a été convaincu que le couple est soudé, il est rappelé à Kinshasa où il est promu ministre, fonction qu’il occupera dans plusieurs gouvernements successifs. La mort le surprend en Afrique du Sud, en 1994, en pleine opulence. Par la suite, plusieurs Zaïrois solliciteront la main des jeunes filles de la famille présidentielle, avec l’assurance d’être portés à des postes de haute responsabilité. Le plus heureux d’entre eux sera sans nul doute le premier à avoir emboîté le pas, M. Bosekota Watshia. Celui-ci se retrouvera ministre pratiquement dans tous les gouvernements de la 2é république, après son mariage avec une fille du Guide. L’union est rapidement rompue pour infidélité du conjoint. En effet, l’épouse le surprend un jour en flagrant délit sexuel d’acte homosexuel, au cours duquel son partenaire se livrait à la sodomie sur lui. Néanmoins, il conservera longtemps ses acquis politiques, malgré ce scandale peu commun dans les sociétés africaines.
(Page 16)
Le Chef parle à votre épouse. Défense d’entrer.
Mais, Mobutu ne se limite pas toujours à une simple médiation. Un jour, le président délégué général de la société nationale d’électricité (SNEL), M. Kala Eber, est envoyé en mission en province pour une semaine. Très expéditif, il parvient à épuiser l’objet de sa visite de travail en deux jours, prend son vol le lendemain et regagne son domicile. Arrivé à proximité de sa villa, il remarque quatre bérets verts armés jusqu’au dent, postés à l’entrée. Les quatre sbires lui interdisent l’accès à sa propre villa.
- Vous ne passez pas, monsieur. Le chef est à l’intérieur, en train de parler de l’avenir du pays avec un responsable du Comité Central, Mme Mayuma Kala (justement l’épouse du PDG).
Il comprend alors pourquoi il a été si brusquement envoyé en mission. L’homme reste dehors, impuissant devant le muscle et les armes des militaires. Plus d’une heure plus tard, il voit une limousine sortir de sa maison et les bérets verts sauter dans une jeep. Il a à peine le temps d’apercevoir la toque de léopard à travers les vitres de la grosse voiture. Dans de pareilles circonstances, il est interdit de divorcer de peur de s’attirer les foudres de la République !
Il intègre son foyer le plus calmement du monde, comme si rien ne s’est produit, et ainsi il conservera son fauteuil de chef d’entreprise.
(Page 18)
Coupure d’électricité à Bandal
Il est 23 heures 30. Brusquement, une panne d’électricité intervient sur toute l’étendue de la commune de Bandalungwa. Vers 2 heures, le courant est rétabli. Le lendemain, la nouvelle fait le tour de la commune, puis de toute la ville : Mobutu était passé voir sa femme de Bandal, la nuit.
Chaque fois que le Maréchal rend visite à cette dame, dit-on, l’électricité est coupée dans cette partie de la ville. La jeune femme en question avait été danseuse dans le groupe d’animation politique du Shaba, venue à Kinshasa le temps d’un festival. Elle restera pour toujours dans la capitale zaïroise afin de mieux « servir la république », dit-on.
(Page 19)
L’incorrigible Bobozo
En juin- juillet 1975, des hauts dignitaires du régime, notamment le ministre Tshomba ainsi que le gouverneur de la Banque du Zaïre, Albert Ndele, sont impliqués dans un complot visant à renverser Mobutu. Quelques officiers, dont les majors Mpika, Fallu et Omba, sont également dans le coup. Et comme il faut s’y attendre, l’affaire monopolise « la une » de tous les journaux.
Seulement voilà. Le général Bobozo qui allume son téléviseur apprend qu’on qualifie Mpika, Fallu et compagnies de conspirateurs. Il n’en croit pas ses oreilles. Il saute sur la première jeep militaire disponible et s’en va, une fois de plus, protester auprès du Chef suprême :
Comment des petits enfants qui viennent à peine de terminer leur formation militaire, tu les proclames déjà conspirateurs, alors que moi, je suis toujours général ? A partir d’aujourd’hui, moi aussi tu me nommes conspirateur, mais alors conspirateur en chef.
Il a cru qu’il s’agissait d’un nouveau grade.
(Page 46)
Sakombi et la mobutitude
En octobre 1987, Sakombi Inongo, alors ministre de l’information et de la mobilisation, reçoit une délégation du parti unique togolais. Tableau à l’appui, il explique à ces visiteurs ce qu’est le mobutisme. Il le définit textuellement comme suit :
- Le mobutisme veut dire les pensées, les paroles et les actions du Président Fondateur du M.P.R, Mobutu Sese Seko.
Et il ajoute, en affichant un air solennel :
- Le mobutisme a tellement évolué qu’aujourd’hui, nous tendons vers la mobutitude, qui est la perfection du mobutisme.
Eclats de rire de la part de l’assistance. (Page 52)
La téléspeakerine annonce un documentaire sur les testicules
Mobutu est tranquillement chez lui, dans l’après midi, en compagnie de son épouse et d’une dizaine de proches. Ils bavardent devant un verre de bière et s’adonnent à leur hobby favori, le jeu de dames. En face, le téléviseur, qu’ils regardent d’ailleurs de façon distraite, reste allumé. Soudain, la téléspeakerine annonce :
Et maintenant, nous vous proposons un documentaire sur les testicules.
Les téléspectateurs du salon présidentiel se ressaisissent. Mobutu arrange son siège bien en face du petit écran et dit à ses invités, d’un ton de satisfaction :
Ah bon ! La télévision de Sakombi commence à devenir intéressante. Ils ont même un documentaire sur les testicules. Espérons au moins qu’il ne s’agit pas des testicules de vaches, mais bien ceux des humains. Voyons voir.
La salle de séjour devient silencieuse. Tous les yeux sont rivés sur la boîte à images. Et le documentaire est lancé. D’abord le générique, avec tous les noms qui défilent. Ensuite, un véhicule transportant quelque chose comme de la neige. Enfin, une usine, avec des Africains qui s’affairent et qui manipulent justement ces drôles d’objets ressemblant à des flocons de neige.
Une voix s’élève alors dans l’assistance présidentielle :
Mais je reconnais cette unité de production ! Il s’agit de l’usine textile de !Gandajika, au Kasaï !
Eclats de rires dans la salle. On se rend vite compte que la téléspeakerine a voulu dire textiles en lieu et place de testicules.
Fâché, ou peut être déçu, le Guide décroche son combiné et compose le numéro du ministre Sakombi. Il tonne :
Vous ne devez pas continuer à vous moquer des gens comme ça ! Votre téléspeakerine annonce un documentaire sur les testicules. Nous ici, nous attendons, et c’est l’usine textile de Gandajika que vous nous diffusez ! Soyez sérieux, quand même.
Il raccroche brusquement. Le ministre Sakombi, après avoir vérifié l’information, va purement et simplement décider une nouvelle affectation de la charmante téléspeakerine, qui est consignée au service des archives.
(Page 85).
Conclusion
Avis est donc lancé aux journalistes et autres écrivains togolais afin qu’ils puissent s’inspirer des exemples d’ailleurs pour consigner aussi dans des livres pour les générations futures la rumeur sous Eyadema et son fils Faure. Le livre de Corneille est aussi un corpus pour les sciences de la communication. Nous recommandons la lecture de cet ouvrage.
Note de lecture tirée de La rumeur au Zaïre de Mobutu. Radio- trottoir à Kinshasa.
de Corneille Nlandu-Tsasa publié aux éditions l’Harmattan. 1997.
Maurice Mouta Wakilou Gligli
Bruxelles, le 23 avril 2008

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