Dictature Gnassingbé

Les équations macabres d’un système moribond

par Ali Fousseni , le 11 mai 2003, publié sur ufctogo.com

 

Tout le monde retient son souffle devant les équations dangereuses dont le régime moribond d’Eyadema est manifestement en train de chercher en vain des solutions au fil des jours et des heures :

(1) Comment faire accepter de gré ou de force, à un peuple meurtri par 40 ans de dictature féroce, la consécration d’une monarchie autocratique, alors que ce peuple aspire plus que jamais au recouvrement de sa liberté si longtemps confisquée ?

(2) Comment massacrer les contestataires de ce gangsterisme institutionel sans s’attirer la foudre de la communauté internationale, étant donné que la répression aveugle est le seul moyen de se garantir le maintien au pouvoir ?

(3) Comment massacrer le peuple qui résiste en faisant porter le chapeau de la violence ã l’opposant principal, Gilchrist Olympio ?

Voilà à mon humble avis, le souci majeur du dictateur et de ses amis. Face à cette situation, l’opposition toute entiere au régime de terreur qui sévit dans notre pays se doit d’être très lucide. L’équation opposée que l’opposition doit résoudre n’est pas celle d’une candidature unique. Raisonner ainsi, c’est se jeter (de plein gré) dans le piège oh combien visible tendu par le pouvoir. Ce piège est, pour ceux qui sont incapables de le voir, le suivant : si l’opposition va voter tranquillement avec ses supporters, la cour constitutionelle proclamera Eyadema vainqueur. Que cette situation (qui a réellement gagné ?) corresponde à une quelconque réalité ou pas n’a aucune importance. L’opposition qui a pris part aux élections se verra alors obligée de contester ex-post, la légitimité des institutions qui sont actuellement créées pour gérer ces élections (en fait pour simplement consacrer Eyadema vainqueur), alors même qu’elle les reconnaît implicitement ex-ante.

La question qui surgit est alors celle-ci : pourquoi repousser cette lutte légitime contre ces institutions alors que tout prédit son caractere inéluctable ? Pourquoi après et pas maintenant ? Ce qui me parait constituer une (sinon la) difference de taille entre l’après et le maintenant a un nom : Monsieur Gilchrist Olympio.
C’est à un calcul aussi dangereux que puéril que se livre l’ opposition qui, au regard de l’évolution de la situation politique dans notre pays, peut être aisément répartie en deux tendances : les AVANT-istes et les APRES -istes. Cette opposition semble unanime pour dire qu’elle ne permettra pas à Eyadema d’utiliser son appareil de hold-up institutionel pour se proclamer vainqueur des élections. La différence réside seulement dans le moment à partir duquel cet appareil est qualifié d’illégitime. Mais, connaissez-vous un appareil légitime de hold-up électoral ? Moi pas ! Notons que Monsieur Gilchrist Olympio a été APRES-iste jusqu’à sa disqualification. Son excuse, s’il en faut une, me semble tout à fait recevable, vu le soupçon de violence et de revanchard qui a toujours pesé sur lui : il a voulu prouver au peuple togolais et à toute la communauté internationale qu’il est vraiment pour une alternance par les urnes. Cette preuve est largement faite : maintenant, il prône l’AVANT-isme pur et dur. Il est vrai que personne ne se faisait d’illusion (à commencer par Mr. Olympio) quant à sa disqualification.

Quel argument a une partie du reste de l’opposition pour justifier son APRES-isme ? Que veut-elle prouver qui ne l’est pas encore ? A la question : « quand faudra t-il commencer à combattre ces institutions fantoches ? » les APRES-istes nous conseillent d’aller voter et d’attendre que ces institutions (qui, du reste, ont déjà amplement fait leur preuve de fidélité au régime moribond ) fassent la preuve de leur mauvaise foi.

Chacun est dans son équation à mille inconnues. J’invite ceux qui croient fermement qu’une candidature unique est notre salut, à réfléchir à la manière dont les APRES-istes convaincront les AVANT-istes dans quelques semaines qu’une chose (les institutions d’Eyadema) qu’ils ont légitimée ex-ante est illégitime ex-post parce qu’elle ne sert plus leur stratégie de conquête du pouvoir.

Enfin, que tous ceux de l’opposition à la dictature sanguinaire, que j’ai blessés par mes mots, veuillent bien me pardonner ma maladresse. J’ai simplement écrit ce qui me semble relever du simple bon sens.

Ali Fousseni
Etats-Unis

 

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