Droits de l’enfant

Les enfants sont toujours victimes de maltraitance et d’abus

par IPS Inter Press Service , le 1er avril 2004, publié sur ufctogo.com

’’Ma tante m’a mis du feu dans les deux mains parce que j’ai pris de la viande dans la sauce’’, avoue Afi Atikpo, huit ans, une orpheline qui vit chez sa tante à Lomé, la capitale du Togo.

 

JPEG - 12.3 ko
© www.droitsenfant.com

La maltraitance et les diverses formes d’abus commis sur l’enfant constituent des ’’phénomènes d’importance considérable qui touchent tous les quartiers de Lomé’’, révèle le rapport d’une étude publiée mercredi (31 mars) dans cette capitale ouest-africaine.

Réalisée en septembre 2003 à mars 2004 par la branche togolaise du Réseau africain pour la prévention et la protection contre les abus et négligences faits aux enfants (APPCAN), l’étude met en exergue quatre formes de maltraitance : les abus ou violences physiques, les abus émotionnels, les abus sexuels, et ceux liés à la négligence des enfants par les parents.

L’étude a été effectuée avec un échantillon de 366 individus hommes, femmes et enfants. Elle mentionne des cas d’emplois clandestins ; de pédophilie ; de discrimination due à des handicaps, à l’appartenance ethnique ; de harcèlement sexuel ; de trafic interne et transfrontalier.

’’On note une uniformité dans les comportements des populations’’, affirme Abla Dotsé, membre de l’APPCAN. ’’Ni l’origine ethnique, ni la religion, ni le niveau d’instruction ne constituent des facteurs de différentiation’’ parmi les auteurs des abus, ajoute-t-elle. Selon le rapport, 113 des 183 adultes interrogés - soit 70 pour cent - ont indiqué avoir utilisé une fois la punition corporelle contre des enfants.

Du côté des enfants interrogés, sur 181, seuls deux - un garçon et une fille - ont déclaré n’avoir jamais subi une punition physique. Ce qui signifie que 98,9 pour cent d’enfants connaissent des punitions corporelles marquées par des bastonnades avec séquelles, des travaux harassants et la torture.

’’Les fesses d’un enfant ont été brûlées par un réchaud de cuisine’’, témoigne Cléophas Maly de l’organisation non gouvernementale (ONG) ’World Association Orphan’ (WAO Afrique) basée à Lomé.

Selon le rapport, l’application de la punition corporelle est générale. ’’Dans leur réponse, certains parents soutiennent que c’est l’idéal pour éduquer les enfants actuels trop têtus’’, explique Dotsé.

L’étude fait également état d’abus émotionnels, notamment les insultes, les intimidations de l’enfant, les accusations injustifiées, les offenses aux parents défunts d’un enfant orphelin. Environ 54,4 pour cent des personnes interrogées avouent connaître ces cas.

’’Chaque fois que l’enfant est en erreur, ma voisine insulte ses parents qui sont morts, et use des ustensiles de cuisine ou des boucles de ceinture pour la frapper’’, rapporte, à IPS, Alida Mathia, secrétaire de direction à Lomé. ’’La dernière fois, elle a violemment frappé la fille avec une louche et l’enfant s’est blessée à la tête’’. L’étude révèle que des fillettes de 11 à 14 ans, parfois moins, sont exploitées par des ’’parrains’’ au profit de qui elles font le trottoir. Lundi dernier (29 mars), les forces de l’ordre ont interpellé un groupe de jeunes filles à Lomé, dont l’âge varie entre 12 et 17 ans, employées par un proxénète. Ce dernier est activement recherché par la police.

’’Je vis chez ma tante qui ne me donne pas d’argent, et pour pouvoir manger, je suis obligée de me prostituer’’, affirme Manavi Koumaka, 14 ans.. Avec 500 francs CFA (environ un dollar US) la passe, dont 200 FCFA (moins d’un demi-dollar US) pour le proxénète, elle arrive à survivre. La plupart de ces filles vivent par groupes de 10 à 15 dans des maisons communes, sous la protection d’une ’’tante’’ qui n’a aucun lien de parenté avec ces travailleuses sexuelles, souligne Dotsé de l’APPCAN. Le rapport révèle que 50 pour cent des adultes interrogés affirment avoir connaissance de cas concrets d’abus sexuel.

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) indique également, dans un rapport rendu public au début de cette année, qu’en 2002, sur un échantillon de 821 enfants de sept à 17 ans, 77 pour cent ont subi une violence physique, 22 pour cent une violence psychologique et 6 pour cent une violence sexuelle. ’’Huit enfants sur 10, de cinq à 14 ans, exercent un travail domestique’’, précise le document de l’UNICEF.

Selon l’étude de l’APPCAN, les causes de ces abus sont liées à la pauvreté et à la méconnaissance des droits des enfants. Elle recommande un débat public autour du thème ’’De la nécessité de la punition corporelle’’ pour en tirer des leçons positives en faveur des enfants.

Le relèvement du niveau moral de la société, la mise en place rapide de lois protégeant les mineurs et réprimant les délits et autres abus commis contre eux, ainsi que la lutte contre la misère et la pauvreté dans les quartiers les plus pauvres des villes du Togo, constituent les grandes recommandations de l’étude.

Le Togo a ratifié en août 1990 la Convention relative aux droits de l’Enfant, adoptée par les Nations Unies en novembre 1989 ; et en décembre 1997, la Charte africaine du Bien-être de l’enfant, adoptée par la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples en juillet 1990.

’’Ces deux textes devaient garantir aux enfants une protection efficace de leurs droits, mais ils subissent quotidiennement des violences sous toutes les formes’’, regrette Dotsé de l’APPCAN. ’’Nous devons lancer une véritable campagne de sensibilisation pour freiner le phénomène’’, ajoute Maly de ’WAO Afrique’.

Noël Kokou Tadégnon

 

© Copyright IPS Inter Press Service - Visiter le site

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
dimanche
26 mars 2017
Lomé °C (à 0h)