Economie

Les criquets pèlerins envahissent l’Afrique de l’Ouest

par Libre Belgique , le 2 octobre 2004, publié sur ufctogo.com

Les criquets pèlerins envahissent l’Afrique de l’Ouest et du Nord. 200 millions de personnes risquent d’être touchées si une lutte efficace et rapide n’est pas menée.

 

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Photo © FAO, 2004

L’invasion de criquets pèlerins qui frappe actuellement la région du Sahel est plus dramatique encore que celle qui fit des ravages de 1987 à 1989 et coûta plus de 250 millions d’euros à la communauté internationale. La situation est grave et il faut faire vite au risque d’assister à une véritable catastrophe humanitaire.

Trois millions d’hectares, soit la surface des Pays-Bas, sont déjà infestés et 300000 hectares seulement ont été traités jusqu’à présent. Ce n’est pas suffisant. 200 millions de personnes en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord risquent d’être touchées si une lutte efficace et rapide n’est pas menée. Dans 45 jours, il sera trop tard, a averti la FAO et le désastre coûtera plus de 400 millions d’euros.

Cette catastrophe naturelle n’est pas nouvelle. Déjà la Bible évoquait une invasion de sauterelles. C’était la « huitième plaie d’Egypte ». Depuis les temps les plus reculés, l’homme est confronté aux nuées ravageuses de ces insectes migrateurs. Les criquets sont une terrible menace pour l’agriculture. Certaines espèces détruisent chaque année les cultures de pays dont l’équilibre alimentaire est déjà fragile. Ceci est aussi lourd de conséquences pour l’élevage puisque le bétail ne trouvera plus de quoi s’alimenter. Au nord du Sénégal, les criquets s’attaquent même à l’habitat et dévorent les huttes de paille.

En Ethiopie en 1958, 167000 tonnes de céréales avaient été détruites, soit la nourriture d’un million d’hommes pendant un an. En 1974, 368000 tonnes de céréales avaient été perdues dans le Sahel africain. Au Mali, un million de tonnes de blé va être dévoré en dépit des efforts du gouvernement.

Depuis juillet 2003, des conditions écologiques particulièrement favorables ont stimulé la reproduction des larves au Sahel. Sous l’effet des pluies régulières succédant aux périodes de sécheresse, la végétation s’est développée et a favorisé le phénomène de pullulation et la formation d’essaims gigantesques. Rassemblées en bandes, les jeunes larves se comptent par milliers au mètre carré. Plus âgées, elles peuvent parcourir jusqu’à 200 kilomètres en un jour et ravager des centaines d’hectares.

Les criquets ne connaissent pas de frontières. Leur aire d’invasion couvre l’Afrique, au nord de l’Equateur, le Moyen Orient, les péninsules arabique et indo-pakistanaise. Cela représente au total 57 pays et plus de 20 pc des terres émergées.

Ces populations d’acridiens se sont donc reproduites rapidement pendant la période estivale 2003, et conformément à leur circuit naturel, elles ont quitté les pays du Sahel au début 2004 pour remonter vers le Maghreb.

La Mauritanie, le Sénégal, le Mali, le Niger et le Burkina Faso sont gravement touchés. Dès le début de ce mois les criquets vont se diriger vers le Maroc et l’Algérie. Les larves mettent entre 35 et 45 jours pour se développer. Si rien n’est entrepris dans ce laps de temps, la Gambie, la Guinée, le Cameroun et même une partie du Soudan seront infestés à leur tour en décembre.

Les conséquences de ce fléau sont redoutables. La destruction des récoltes pousse les paysans à abandonner leurs villages et à gonfler le nombre des chômeurs dans les villes, comme c’est déjà le cas en Mauritanie, fragilisant encore l’équilibre économique et social.

Pour contenir l’invasion, il faut faire vite et traiter massivement les terrains infestés. La FAO a lancé une demande de 100 millions de dollars et n’a reçu jusqu’à présent que 37 millions de promesses de dons. C’est insuffisant ! La communauté internationale doit se mobiliser, sinon les conséquences sociales et économiques seront d’une ampleur sans précédent. Les impacts financiers et environnementaux seront énormes.

Un traitement massif est donc nécessaire pour donner un coup d’arrêt à ce fléau : des avions pour épandre l’insecticide, du kérosène pour les avions et les véhicules, des équipements pour protéger le personnel spécialisé. Dans un deuxième temps, il faudra renforcer les moyens de lutte déjà existants.

Après la dernière grande invasion, une stratégie préventive a été mise en place. En 1994, la FAO a lancé, avec ses partenaires, le programme d’alerte EMPRES (Système d’urgence et de prévention) dans neuf pays traditionnellement touchés par le fléau : Djibouti, Egypte, Erythrée, Ethiopie, Oman, l’Arabie Saoudite, la Somalie, le Soudan et le Yémen. Malheureusement la région occidentale n’a pas bénéficié de fonds pour mettre en place des projets similaires. Ce système de réaction précoce nécessite de nombreux moyens et il n’en a pas eu suffisamment pour rendre la lutte préventive opérationnelle avant le début de la recrudescence des insectes.

Renforçons donc la coordination. Augmentons les capacités nationales et régionales pour être en mesure de détecter les premiers foyers. Multiplions les équipes de lutte nationales contre le criquet qui se concentreraient sur la prospection et le traitement de petites invasions. La surveillance des conditions écologiques nécessite des personnels spécialisés, une imagerie satellitaire, des prospections aériennes et terrestres. Tout cela a un coût, certes, mais permettra aux populations des pays les plus pauvres d’éviter la famine et à la communauté internationale d’économiser des millions à l’avenir.

JAN EGELAND
Secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires de l’Onu
Coordinateur aux Secours d’urgence

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