Pollution

Les autorités cautionnent le rejet des déchets polluants dans la mer

par IPS Inter Press Service , le 4 juin 2004, publié sur ufctogo.com

A l’occasion de la célébration, ce 5 juin, de la Journée mondiale de l’environnement dont le thème cette année est ’’Avis de recherches ! Mers et océans : morts ou vifs ?’’, la pollution des eaux maritimes béninoises focalise l’attention des défenseurs de la nature.

 

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Photo © www.astrosurf.com

"Tous les excréments de la ville de Cotonou sont jetés au bord de la mer avec la permission des autorités gouvernementales", constate Camille-Alex Dagba, chef de département à l’Agence béninoise pour l’environnement (ABE).

Dagba indique à IPS qu’il n’existe pas jusqu’à ce jour, au Bénin, une politique réelle de gestion des déchets liquides dans les grandes villes de ce pays d’Afrique de l’Ouest, et principalement à Cotonou, la plus grande d’entre elles et la capitale économique.

Lorsque les sociétés privées vident les fosses sceptiques traditionnelles, elles déversent directement le contenu de leurs camions citernes sur une plage sommairement aménagée pour recevoir de tels rejets dans la commune de Sèmè-Kpodji, à une vingtaine de kilomètres, à l’est de Cotonou.

Sous l’action des vagues, ces excréments humains sont absorbés par la mer, les poissons s’en régalent, et les hommes bouffent ensuite les poissons, avec toutes les conséquences éventuelles que cela peut avoir sur la santé humaine.

Les autorités le savent, elles le cautionnent même, puisqu’elles délivrent des agréments aux sociétés de vidange des fosses septiques et leur prélèvent des impôts.

Mais il y a pire, selon Dagba. A Grand-Popo, ville côtière située à environ 90 km à l’ouest de Cotonou, "il y a très longtemps que la mer a jauni à cause des déchets du phosphate togolais qu’une usine déverse dans la mer au Togo, et qui, sous l’effet du courant marin dérivant vers l’est, se retrouvent sur les côtes béninoises", explique-t-il à IPS.

La conséquence de cette pollution - par les déchets de phosphate - est qu’il n’y a presque plus de poissons au large de Grand-Popo. Toutes les espèces se meurent ; et le fond marin de la région, riche en coraux de toutes sortes, est en train de se couvrir de boue, selon Dagba.

L’Agence béninoise pour l’environnement a réalisé, sur ce cas de pollution marine, des études et dossiers techniques qu’elle a remis au ministère de l’Environnement pour attirer son attention sur le drame de cette mer et des pêcheurs marins de Grand-Popo. Mais le gouvernement n’a pas encore réagi aux différents rapports de l’ABE, déplore Dagba.

Les populations de Grand-Popo, des pêcheurs pour la plupart, ont protesté, organisant des marches et envoyant des lettres adressées aux autorités. Mais sans aucune suite concrète.

Ces populations ont même déposé une plainte devant la Cour internationale de justice de La Haye sans aucune suite non plus, affirme à IPS, Joséa Dossou-Bodjrenou, directeur exécutif d’une organisation non gouvernementale (ONG) Nature tropicale qui s’occupe de la protection de l’environnement.

Fatiguées, les populations, en particulier les jeunes, ont abandonné Grand-Popo. On les retrouve comme pêcheurs en majorité à Cotonou, en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Gabon. Le reste conduit les taxis-motos, appelés ’’zémidjans’’, à Cotonou.

"Les gens s’étonnent que le ministère de l’Environnement soit là et que ce genre de drame se produise sous ses yeux. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que ce sont des questions très délicates qu’il faut gérer avec beaucoup de diplomatie", confie à IPS, sous anonymat, un cadre de ce ministère.

Le Togo et le Bénin sont deux pays voisins et leurs chefs d’Etat sont des amis qui se connaissent de vieille date. Cela fait qu’on ne peut pas régler ce problème par la force comme certaines personnes le souhaiteraient, dit-il à IPS.

Ce haut fonctionnaire reconnaît tout de même que la pollution est réelle et qu’une étude de la Banque mondiale, réalisée en 2001, l’avait prouvée. Un comité inter-Etats, créé la même année, a pour mission de "régler convenablement" ce différend ainsi que tous les autres qui concernent les deux pays, notamment le problème de l’érosion côtière, ceux du pâturage transfrontalier et du braconnage, ajoute-t-il à IPS.

"Le Bénin a le génie de toujours vouloir bien se comporter avec ses voisins alors que les autres n’en font pas autant", critique Dagba. Il craint que si cette pratique n’est pas vite arrêtée, les tortues ne viennent plus pondre leurs œufs le long des côtes béninoises de juillet à septembre, "car les tortues n’apparaissent qu’en milieu non pollué", souligne-t-il à IPS.

A ces deux problèmes majeurs de pollution marine, Dossou-Bodjrènou ajoute le rejet, dans la mer, des eaux usées de quelques usines béninoises de textile de brasserie ainsi que les déchets des abattoirs de Cotonou.

Face à toutes ces agressions contre la mer, "la police environnementale ne réagit pas. Elle ne verbalise pas, elle ne vient même pas constater les faits qui lui sont signalés", déplore Dossou-Bodjrènou devant IPS.

Tout ceci est le résultat d’une mauvaise politique, voire d’une absence de politique de gestion de l’environnement au Bénin, regrette Christophe Djossou Gbèmiga, président de l’Association des jeunes reporters pour l’environnement et la santé (AJEREB) qui vise à "sensibiliser la couche juvénile sur les dangers qui menacent l’environnement partout dans le monde".

Pour y parvenir, l’AJEREB compte éditer, au cours de cette année, trois journaux, dont un quotidien, avec pour seul et unique combat la défense de l’environnement. Tous ces projets seront financés par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), à précisé à IPS, le président de l’AJEREB.

"Notre objectif, c’est d’amener les jeunes à avoir un esprit de protection de l’environnement depuis leur maison, avoir le simple geste qui ne détruit pas l’environnement, mais qui le sauve", a déclaré à IPS, Djossou Gbèmiga.

De son côté, l’Etat béninois a pris plusieurs textes de loi pour protéger l’environnement. Le Bénin possède un code de l’eau, un code de l’hygiène publique, une loi cadre sur l’environnement, un décret fixant les normes de qualité des eaux résiduaires. Pourtant, la pollution ne recule pas sensiblement dans le pays...

C’est "le laxisme et l’affairisme dans l’application de ces textes qui ont conduit le pays à sa situation d’aujourd’hui", déplore devant IPS, Lucien Zinsou, professeur de biologie à Cotonou, qui adopte, comme nombre de Béninois, une attitude plutôt résignée. Par exemple, les terrains des zones inondables de Cotonou continuent d’être morcelés et vendus en dépit des textes qui l’interdisent.

"Si le gouvernement attend que tout le monde soit malade à Cotonou avant d’arrêter ce désordre, nous le regardons faire", ajoute-t-il.

Michée Boko - COTONOU (IPS)

 

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