Culture clanique

Les "Papamadi", une race de prédateurs

par Le Pays (Burkina) , le 13 janvier 2006, publié sur ufctogo.com

 

Le pouvoir moderne, en Afrique, continue de s’exercer comme une chefferie traditionnelle. Chaque dirigeant, sitôt parvenu à la tête de l’Etat, se donne pour priorité de s’entourer de tous les membres de sa famille. Proches et lointains parents sont appelés à la rescousse, faisant de la gestion de l’Etat une affaire privée.

Cette culture clanique de l’exercice du pouvoir en Afrique a atteint toutes les ramifications de l’Etat, de sorte que quiconque exerce une parcelle d’autorité se croit obligé de rameuter les siens. Priorité donc à la famille pour les différents postes stratégiques.

Le drame ne réside pas forcément dans cette propension à la gestion par affinité. Le vrai problème, c’est que l’on fait appel très souvent à des personnes incompétentes dont le seul mérite est d’appartenir aux mêmes ethnie, village ou région du chef. Résultat : la médiocrité est hissée comme règle de promotion, pendant que les cadres méritants sont relégués à des tâches où ils ne peuvent valoriser leur expertise. Toute l’administration publique et les sociétés ou entreprises d’Etat jugées juteuses sont ainsi aux mains d’une sorte de camorra.

L’influence négative que peut avoir la famille présidentielle sur la vie de la Nation est un danger supplémentaire. Quand un fils de président fait de la politique, occupe de hautes fonctions ou s’investit dans les affaires, il a forcément un avantage psychologique qui fait de lui soit un intouchable, soit un passage obligé pour diverses transactions ou opérations.

Qui oserait faire ombrage à un tel homme, dont la puissance et le pouvoir découlent directement du père, comme dans une monarchie ? Pas sous nos cieux en tout cas. Les rejetons des dirigeants s’érigent en présidents-bis et deviennent des centres de décisions parallèles incontournables. Bien entendu, les abus ne sont pas à exclure, du fait de l’impunité qui règne en maîtresse.

Le bon mot qui dit que "nul n’est au-dessus de la loi" ne s’applique, en Afrique, qu’aux sans-culotte ou aux puissants qui osent défier le pouvoir en place. Dans le contexte démocratique africain, on voit mal un quidam dénoncer les abus de la famille présidentielle sans s’attirer les foudres du régime. L’Afrique n’a toutefois pas le monopole du pouvoir familial. Des chefs d’Etat de pays développés font appel à leurs proches au sein de leur cabinet.

En France, Jacques Chirac s’est attaché les services de sa fille Claude, en qualité de conseillère en Communication. On dit qu’elle a une influence importante sur son père de président. Avant Chirac, François Mitterrand avait aussi propulsé son fils Jean-Christophe conseiller à la présidence pour l’Afrique.

Les relations et les transactions coupables du fils, qui a sans doute abusé de sa position, d’où son sur-nom de "Papamadi", lui valent toujours des poursuites judiciaires. La grande différence cependant, entre Etats africains et européens, c’est que l’impunité continue d’être cultivée chez les uns, alors qu’elle est combattue chez les autres. C’est pourquoi Jean-Christophe continue de payer ses liaisons dangereuses des années Mitterrand.

En Afrique par contre, les "Papamadi" continuent d’avoir pignon sur rue. Les cas les plus évocateurs sont ceux du Togo et du Gabon, où l’Etat se réduit à la famille du président. A l’instar d’Eyadema, il n’est pas exclu que Bongo lègue le pouvoir à un de ses fils. Le système Bongo est très flagrant, et un journaliste du "Monde" décrit le Gabon comme "un pays de Cocagne où le président, au fil de près de quarante années de pouvoir ininterrompu, a placé au coeur de l’Etat les rejetons d’une famille pléthorique".

C’est cette image d’une Afrique sous la férule de clans qu’il faut à jamais effacer. Et cela passe par une vigilance accrue et une indépendance totale de la Justice, pour que personne ne soit vraiment au-dessus de la loi, y compris la famille du président. A défaut d’un tel sursaut, les peuples africains doivent se donner les moyens d’éviter d’être sous l’emprise de médiocres qui ne pensent qu’à s’enrichir.

L’idée d’une réglementation qui interdise aux proches d’un président en exercice d’assumer certaines fonctions n’est pas saugrenue. Pour éviter les dérives, il vaut mieux attaquer le mal à la racine. Le président Amadou Toumani Touré du Mali a envoyé sa fille passer un test de recrutement au lieu de compter sur l’entregent du père. Les dirigeants africains, s’ils le veulent, peuvent donc mettre de l’ordre dans la gestion de leur entourage. Ils ne rendraient que service à la Nation.

"Le Pays"

 

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