Terrorisme d’Etat

Les Nations unies attribuent au régime togolais la "responsabilité principale" des violences.

par Le Monde (France) , le 27 septembre 2005, publié sur ufctogo.com

"Exécutions sommaires perpétrées par les forces armées" , "actes de torture atroces et aveugles commis à grande échelle" , "arrestations arbitraires" d’opposants... Le document dresse une liste implacable d’exactions, établie en juin, lors d’une "mission d’établissement des faits" sur place. Sans exonérer les dirigeants de l’opposition dont les militants, révoltés par la fraude électorale, ont parfois eux-mêmes engagé le cycle violences-représailles, la mission de l’ONU désigne le pouvoir en place à Lomé comme le premier commanditaire des tueries. Alors qu’en juillet, Amnesty International avait établi une liste de 150 victimes, le bilan dressé par le Haut-Commissariat évoque "entre 400 et 500 morts et des milliers de blessés" dans les deux camps.

 

La coïncidence est fâcheuse pour le régime togolais. Au moment même où le président Faure Gnassingbé, élu en avril, fait assaut de diplomatie pour tenter de renouer avec ses bailleurs de fonds européens, un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, publié lundi 26 septembre, attribue à l’Etat togolais "la responsabilité principale de la violence politique et des violations des droits de l’homme" commises au moment du scrutin contesté qui l’a porté au pouvoir.

"Exécutions sommaires perpétrées par les forces armées" , "actes de torture atroces et aveugles commis à grande échelle" , "arrestations arbitraires" d’opposants... Le document dresse une liste implacable d’exactions, établie en juin, lors d’une "mission d’établissement des faits" sur place. Sans exonérer les dirigeants de l’opposition dont les militants, révoltés par la fraude électorale, ont parfois eux-mêmes engagé le cycle violences-représailles, la mission de l’ONU désigne le pouvoir en place à Lomé comme le premier commanditaire des tueries. Alors qu’en juillet, Amnesty International avait établi une liste de 150 victimes, le bilan dressé par le Haut-Commissariat évoque "entre 400 et 500 morts et des milliers de blessés" dans les deux camps.

Si les violences ont débuté dès février, après la mort du général Eyadéma Gnassingbé, après trente-huit ans de règne, elles se sont aggravées lorsque sont fils, Faure, a été porté au pouvoir avec le soutien des militaires, grâce à une manipulation de la Constitution. Citant le juriste français Charles Debbasch, le document de l’ONU évoque "le rôle douteux (...) d’experts étrangers". Mais les brutalités ont atteint leur paroxysme après l’élection de Gnassingbé fils. Mettant en lumière "l’existence d’une réelle stratégie de la tension orchestrée par un groupe occulte au coeur du pouvoir", le rapport de l’ONU pointe le recours aux unités d’élite de l’armée pour maintenir l’ordre après la proclamation des résultats, et les pratiques destinées à faire disparaître certains cadavres.

La Mission évoque le fait que "2500 soldats habillés en civil et armés de coupe-coupe (...) " auraient été utilisés pour appuyer les militants du parti au pouvoir dans la répression des manifestations de l’opposition. Des actes de torture ont été commis par "des milices, des militants du RPT - Rassemblement du peuple togolais- et des militants de la coalition - de l’opposition -", souligne le document, qui cite des cas de "viols et -de- sévices sexuels". Les destructions d’habitations par les forces de l’ordre et l’incarcération de personnes dans des "conditions dégradantes" complètent le tableau.

"IMPASSE POLITIQUE"

Près de six mois après ces événements, le Togo suivrait-il le chemin de la démocratie ? Sans répondre à la question, le rapport de l’ONU permet d’en douter, qui insiste sur la dimension ethnique du conflit, et qualifie d’"impasse politique" la constitution d’un gouvernement sans participation réelle de l’opposition.

Le président Faure Gnassingbé ne ménage pourtant pas ses efforts pour tenter de conquérir une respectabilité et obtenir la reprise de l’aide économique de l’Union européenne, interrompue depuis 1993 pour manquements aux droits de l’homme. A New York, récemment, le président togolais a annoncé son intention d’organiser des élections législatives "le plus vite possible" et il n’a pas écarté l’idée de réhabiliter Sylvanus Olympio, premier président du Togo, tué en 1963 lors d’un coup d’Etat mené par son père, Eyadéma Gnassingbé. Ces déclarations de bonnes intentions ont porté leurs fruits puisque l’UE vient de débloquer 9 millions d’euros destinés au recensement de la population, à la réforme de la justice et à l’organisation des élections législatives. Mais l’exigence européenne d’un calendrier précis de réformes n’a reçu pour l’instant qu’un accord verbal. Un voyage de M. Gnassingbé à Londres, Paris et Bruxelles est aussi programmé.

Réfugié en France, l’ancien ministre de l’intérieur François Boko estime que le pouvoir togolais "joue sur la lassitude" des Européens. Il regrette que l’UE "cautionne" la volonté d’organiser des élections en l’absence de tout dialogue avec l’opposition. Il doute enfin de la volonté de "réconciliation" affichée par un régime qui vient de baptiser l’aéroport de Lomé du nom du dictateur mort en février.

Philippe Bernard - Le Monde

 

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