Togo

Législatives du 14 octobre 2007, verdict du Parlement Européen : « on ne peut donc caractériser ce scrutin de transparent »

par Liberté Hebdo (Togo) , le 23 janvier 2008, publié sur ufctogo.com

 

Au-delà de ses contributions financières, l’Union Européenne était témoin oculaire du scrutin du 14 octobre 2007. Elle était représentée par deux groupes d’observateurs : la Mission d’Observation Electorale (MOE) présidée par Mme Fiona Hall et une Délégation du Parlement Européen de cinq (05) membres conduite par Mme Marie Arlette Carlotti. Cette dernière mission vient de rendre publics les résultats de ses observations. Si la délégation a loué le caractère pacifique du scrutin, c’est en somme un rapport qui donne raison à l’Union des Forces de Changement (UFC), à l’Alliance et au Parti Démocratique Panafricain (PDP), les formations politiques à avoir ouvertement exprimé leur contestation des résultats.

L’un des griefs portés au scrutin par le parti de Gilchrist Olympio pour contester les résultats donnés par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) est l’annulation massive de bulletins. Ce parti a dénoncé des annulations fantaisistes de bulletins votés en sa faveur, dans le but manifeste de réduire ses voix. L’UFC parle d’« annulations intentionnelles, injustifiées et massives de bulletins votés UFC sur toute l’étendue du territoire, alors que le choix précis et clair de l’électeur n’est pas contestable », dans un communiqué rendu public le 16 octobre 2007, 48 heures après le scrutin. Ce que le Parlement Européen confirme tacitement aujourd’hui. « Un problème s’est posé quant à la qualification des bulletins nuls, les membres des différents bureaux de vote ayant des interprétations divergentes. Ainsi, le bureau de vote EPP Marina E ( ndlr : Lomé) a fait preuve d’une très grande rigueur et a invalidé 71 bulletins parce que la marque n’était pas une croix, ou qu’elle mordait sur le cadre. Sur ces 71 bulletins, nous avons observé que 58 auraient pu être comptabilisés comme valables (56 voix pour l’UFC, une pour le RPT et une pour la CDPA) », lit-on dans le rapport du Parlement Européen. Et là aussi, c’est dans un seul bureau de vote, et encore à Lomé. Qu’en sera-t-il alors de l’intérieur du pays où la surveillance et l’observation électorale ne sont pas aussi rigoureuses ? Et dans le Nord du pays considéré par le RPT comme sa chasse gardée et où la fraude est légitimée ? Justement l’UFC avait parlé d’annulation de 5485 bulletins votés en sa faveur dans la circonscription électorale de Tchaoudjo, 5106 dans le Bassar, 3353 dans l’Est-Mono, 2373 dans l’Amou, 1885 dans l’Assoli, 4055 dans le Kloto, 3981 dans le Sotouboua, 1949 dans le Doufelgou, 5468 dans l’Avé, 5714 dans le canton de Sagbado dans le Golfe, visant à chaque fois à priver le parti d’un siège. De toute vraisemblance, ces allégations étaient donc fondées.

A l’époque, le Parti Démocratique Panafricain (PDP) de Bassabi Kagbara a réagi aux résultats du scrutin, dans un communiqué. « A coté de la transparence générale proclamée jusqu’ici sur les législatives de dimanche, le PDP a eu à dénombrer tellement d’anomalies, d’abus et de trafic de tout genre » et a requis l’annulation pure et simple des résultats dans la Binah et la reprise du scrutin dans cette préfecture.

L’Alliance de Dahuku Péré avait aussi fustigé le déroulement du scrutin. Le parti a rapporté de nombreux cas de fraudes dans le Nord du pays, témoignages à l’appui. L’Alliance avait parlé, entre autres cas de fraudes, d’un trafic d’influence, et fait état de ce qu’à Kara, des consignes de vote étaient données jusque dans les bureaux de vote, par des membres des CELI ou du bureau de vote, et ce au vu et au su de tout le monde. Des anomalies qui ont révolté son leader Dahuku Péré qui cracha : « La Communauté Internationale nous a trompés ! ». Un pan de ces anomalies a été rapporté par le Parlement Européen. « L’équipe qui s’est rendue à Kara a fait une expérience complètement différente…La population était intimidée, elle avait même peur, cette crainte était amplifiée par la présence de gradés…Les observateurs ont également noté que les membres d’un bureau de vote n’ont pas tenu compte d’un écart entre le nombre de bulletins trouvés dans l’urne (572) et le nombre de votants indiqués sur la liste d’émargement (541). Des personnes non autorisées se trouvaient dans le bureau lors du comptage des voix », peut-on lire dans le rapport, des faits qui ont poussé le Parlement Européen à donner le verdict : « on ne peut donc caractériser ce scrutin de transparent ».

Au demeurant, ce rapport vient démentir la transparence béate qu’on ressasse du scrutin du 14 octobre. Mais à plusieurs vues, il vient trop tard dans un monde trop vieux, car la page de la contestation des résultats est tournée il y a bien longtemps.

TINO Kossi

 

© Copyright Liberté Hebdo (Togo)

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
dimanche
23 avril 2017
Lomé 32°C (à 13h)