Législatives 2007

Législatives au Togo : Un vote hybride à l’issue incertaine

par Le Pays (Burkina) , le 17 octobre 2007, publié sur ufctogo.com

 

Comme on le sait désormais, les Togolais ont été aux urnes le dimanche 14 Octobre dernier pour élire les 81 députés prévus pour siéger à la nouvelle Assemblée nationale. Au nombre de 3 millions environ, les électeurs se prononceront pour les candidats d’une trentaine de partis engagés chacun à sa manière, "à remettre ce pays sur la voie du développement" qui, elle-même, passera nécessairement par celle de la démocratie. Et ce n’est pas rien que de le rappeler, surtout pour ce pays, le Togo, mis au ban de la communauté internationale faute d’une politique démocratique et d’une gestion républicaine des Affaires de l’Etat. Pendant plusieurs décennies en effet, le peuple togolais a vécu sous un régime dictatorial fort qui ne finit pas de compromettre les chances de développement socio-économique du pays qui ne manque pas, du reste, de véritables atouts pour cela. D’où l’espoir légitime que ce peuple a placé en ces dernières élections législatives retenues, depuis les rencontres des partis politiques à Ouagadougou, comme la condition préalable au retour de la paix et de la stabilité, socle traditionnel de tout développement, à travers l’opportunité qu’elles offriront pour l’avènement d’une vie politique démocratique et républicaine au Togo.

L’exigence d’élections libres, transparentes et justes sera-t-elle satisfaite ? Si les législatives du dimanche 14 octobre se sont déroulées dans le calme et avec un réel engagement des électeurs et des partis politiques, très conscients de leur enjeu, il reste à savoir si, à cause de son caractère hybride dans la pratique électorale, ce vote ne laisse pas craindre une issue incertaine ? Car , d’hybride, ce vote l’aura été , incontestablement, si l’on pense à l’évolution interne qu’il a connue suite à la "rupture" de timbres à Lomé. En effet, si dans un premier temps, les protagonistes de la scène politique togolaise avaient unanimement accepté cette "formule" des timbres apposés sur le dos des bulletins de vote pour attester de leur authenticité, la CENI a, par la suite, devant la rupture réelle ou feinte des vignettes, autorisé la mise en pratique de la proposition initiale des partis de l’opposition, à savoir les signatures de 2 des membres du bureau électoral sur chaque bulletin avant son introduction dans l’urne. Toutes ces "précautions" visaient à protéger l’authenticité des votes, à leur garantir une plus grande crédibilité et ... surtout à éviter ou au moins à limiter, les fraudes et les bourrages d’urnes. C’est ce verrou qui a sauté, et au finish, on a accepté des bulletins ni timbrés, ni signés.

Dès lors, tout devient possible y compris ce qu’on voulait justement éviter, la fraude à grande échelle avec les risques évidents d’instabilité qu’elle engendrera à l’issue des votes. Et les déclarations de la faune des observateurs étrangères, n’y changeront rien, eux qui s’empressent de "bénir" la régularité des votes , alors même que la pénurie de timbres constitue en soi, au moins une insuffisance grave dans l’organisation générale d’élections pourtant tant attendues par tout le peuple togolais, à commencer par les partis politiques dans leur entièreté. Il s’agissait d’une opération purement matérielle qu’on devrait pouvoir maîtriser. Les autorités de la CENI du Burkina Faso ont même affirmé que le nombre de vignettes était suffisant et même au-delà de celui des électeurs. Alors ! Ne s’agit-il pas d’une rupture prévue et exécutée à la lettre ? Et dans ce cas fort probable, à qui doit-elle profiter ? Ce n’est certainement pas à l’UFC de Gilchrist Olympio qui avait fait de la transparence des élections son exigence fondamentale de participation, convaincue qu’elle est, d’en sortir victorieux... seulement à cette condition. Tout aussi naturellement, on est contraint de tourner le regard vers le RPT au pouvoir qui craindrait de perdre en garantissant une réelle transparence des votes.

En tout état de cause, cette situation cache mal la profonde volonté du pouvoir de s’assurer, vaille que vaille, la victoire électorale nécessaire pour se maintenir à la tête de l’Etat malgré le profond désir de changement des populations ... L’Etat est plus que jamais conscient de la puissance des forces de changement organisées et canalisées par les partis de l’opposition qui voient venir leur ère malgré le fait qu’ils ne disposent pas de grille d’évaluations des forces fiables puisqu’ils ne sont, en réalité, qu’à leur première participation à des élections nationales.

Mais quoi qu’il en soit, plus rien ne sera comme avant au Togo, même s’il est rare, sous les tropiques africains, qu’un pouvoir organise des élections et les perdre. Certes, il y a des contre-exemples (Cap vert, Sénégal et plus récemment la Sierra Leone). Mais le peuple togolais est fatigué de voir voler ses résultats électoraux. L’opposition n’admettra plus que le pouvoir la dépossède frauduleusement de sa victoire, si elle parvient à ses fins, et la communauté internationale sera contrainte de dire la vérité et le droit. Le Burkina Faso qui s’enorgueillit d’avoir joué un rôle déterminant dans la naissance de cet espoir légitime du peuple togolais, et qui a participé à l’organisation matérielle des élections (fabrications, impressions des bulletins de vote, des timbres...) se devra d’être conséquent, même s’il doit heurter le pouvoir de Faure Yadema. Or, par rapport à cette rupture de timbres, le Burkina ne dit mot. Complaisance ou complicité ? L’Union européenne et les partenaires qui ont financé ces élections à coup de milliards devraient être vigilants... et fermes car l’avenir du peuple est fortement engagé. La stabilité politique, la paix sociale et les chances de développement du Togo tout entier en dépendent. Souhaitons que cette pénurie fort probablement provoquée de timbres ne soit pas très importante au point de changer la physionomie des résultats et d’éteindre les aspirations de tout un peuple au changement et à la paix sociale.

 

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