Dictature

Le totalitarisme du régime Eyadema

par Mawuko Séléagodji , le 4 juillet 2004, publié sur ufctogo.com

Depuis 1967, année du second coup d’Etat militaire qui l’a porté au pouvoir, (l’ex-Sergent de l’armée coloniale française) Etienne Gnassingbé Eyadema a toujours régenté le Togo avec des mains de fer. Durant trente-sept (37) ans de pouvoir absolu, son régime est devenu tristement célèbre dans la violation systématique et répétée des droits, même les plus élémentaires, de la personne humaine. Les Togolais ont toujours vécu sous l’emprise d’une terreur indescriptible. L’armée tribale de plus de quinze mille (15 000) hommes du sanguinaire fait du Togo l’un des pays les plus militarisés d’Afrique.

 

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Sous d’autres cieux, les hommes en uniforme ont pour mission d’assurer la sécurité de leurs concitoyens. Au Togo, la soldatesque de l’autocrate Gnassingbé Eyadema, composée essentiellement des gens de son ethnie (Kabyè) reçoit une formation qui lui permet de faire violence afin de contrecarrer toute forme d’opposition. Ces militaires rassemblés au sein des FAT (fauves armés du tyran) sont censés protéger leurs compatriotes. Mais en réalité, ils sont engagés pour la garde du maître de Lomé 2. Ils sont aussi prêts à mater ceux qui ont des choses à dire contre celui-ci. Munis de gourdins, de gaz lacrymogènes et autres matraques, ces jeunes enrôlés dans l’armée du vieux dinosaure, sont souvent en faction dans les endroits stratégiques sur toute l’étendue du territoire national. Généralement, ils sont recrutés lors des cérémonies d’initiation localement appelées « Evala » qui ont lieu chaque année en juillet, dans la Kozah, la région natale du « chef ». N’ayant habituellement pas fait d’études en tant que telles, ils apprennent plutôt les rudiments de la torture, dans les innombrables camps de brimades dont regorge le pays.

Par le biais de son armée personnelle, pléthorique et ethniciste, le valet Eyadema, protégé de Jacques Chirac, tient en respect tout un peuple. Et pour cause. Les étudiants sont constamment réduits au silence, avec la présence sur le campus de l’Université de Lomé des hommes en treillis. A bord ou à côté de leurs chars, ils sont armés de fusils mitraillettes. S’ils ne les ont pas en bandoulière tout en faisant la ronde autour des amphis, d’autres paraissent prêts à tirer sur tout ce qui bouge. Leur seul rôle sur le terrain est, sans nul doute, de terroriser ces jeunes qui empêchent le Général de fermer les yeux de la nuit.
Au temps fort du parti-Etat, le RPT (Regroupement des pilleurs du Togo) et au faîte d’une « gloire » dont il jouissait au moyen d’un autoritarisme sans pareil, le Général-dictateur a tout fait pour réussir le musellement de toutes les composantes de la société togolaise. Les élèves qui refusaient de participer aux séances d’animation politique étaient vus d’un très mauvais œil. Les parents qui défendaient à leurs filles d’aller dandiner leurs fesses, d’exhiber leurs poitrines et de tournoyer leurs hanches rien qu’en dansant devant le satrape et ses invités au cours des onéreux dîners de gala organisés aux frais du contribuable, étaient jetés arbitrairement en prison. En attendant de leur trouver le chef d’accusation (atteinte à la Sûreté de l’Etat ou à l’honneur du Chef de l’Etat ; tentative de déstabilisation du régime ; complicité avec des jaloux des acquis de la « révolution » togolaise) par lequel les juges et magistrats aux ordres vont facilement les condamner, sans appel.

Des contestataires qui osent descendre dans la rue afin de crier leur ras-le-bol sont accusés de « fauteurs de trouble à l’ordre public ». Molestés, ils sont taxés de « manipulés » et se retrouvent condamnés à de très lourdes peines d’emprisonnement par une justice à deux vitesses. Les quelques rares journalistes de la presse privée - les opportunistes plumitifs (à l’instar des Lucien Messan, père et fils) sont vite repérés et achetés à coup d’espèces résonnantes et clinquantes - qui osent dénoncer et critiquer ouvertement les abus du pouvoir RPT se retrouvent très vite derrière les barreaux à « Azintimé », à Lomé. D’autres, dans leurs efforts de recherches pour le plein exercice de leur tâche on ne peut plus difficile pour informer objectivement le peuple, sont suivis de très près par des cyberpoliciers à la solde du régime. Accusés « d’offense au guide bien-aimé », ils sont jetés en prison où ils sont soumis à des tortures à décharge électrique. Dans le cas d’espèce, Dimas Dzikodo, Colombo Kpakpabia et Filip Evenyo en ont fait, l’amère expérience, en juin 2003.

Les routiers, les taximen et les conducteurs de « Zémidjan » sont quotidiennement rackettés par des hommes en tenue, sans vergogne. Des mamans qui, durant les premières heures du processus de démocratisation, se montraient audacieuses pour réclamer la libération de leurs fils enfermés injustement dans les geôles (déjà surpeuplées) du tortionnaire, étaient priées de la fermer avec des gourdins aux têtes bien rondes, made in Lomé 2.

Les syndicalistes et les défenseurs des droits de l’Homme ne sont pas épargnés. Ils sont, eux aussi, dans la ligne de mire de Lomé 2. Bref, toutes les couches socio-professionnelles de la société togolaise sont prises en étau par Eyadema et ses sbires. Cette psychose de peur réelle et régulièrement entretenue par la mafia qui les gouverne fait que les togolais n’arrivent pas à parler des multiples maux qui les gangrènent. Ils craignent de voir abattre sur eux la foudre de Lomé 2. Les téméraires qui se donnent la peine de parler de politique le font, même dans leur chambre à coucher, après avoir promené furtivement leurs yeux pour vérifier s’il n’y a pas de taupes ou « enquêteurs » dans leur entourage proche. Surtout, s’ils vivent avec des colocataires... Les travailleurs des services publics qui, pour des raisons qui leur sont propres, refusaient de se rendre à l’aéroport de Lomé-Tokoin ou de se masser le long du parcours du cortège du despote Eyadema, étaient soit affectés (le lendemain même) ou soit licenciés purement et simplement, sans être dédommagés. Sans aucune raison valable donc. D’autres qui se montrent courageux pour observer un mouvement de débrayage afin de réclamer des meilleures conditions de traitement salarial sont convoqués devant leur chef hiérarchique qui les humilie et les menace de licenciement imminent. Quelquefois, ils sont prévenus de ne pouvoir gagner une quelconque plainte qu’ils voudront porter contre X ou Y. Jugeant meilleur et bon de permettre à leurs familles de survivre dans une atmosphère politique depuis longtemps « polluée », certains n’osent vraiment pas le faire.
D’autres qui veulent, par contre, rentrer dans leurs droits qu’ils voient ainsi bafoués, crient haut et fort à qui veut les entendre l’injustice dont ils sont victimes. Ils le font toutefois à leurs risques et périls. Les conséquences de ces revendications légitimes ne se font pas attendre. Les protestataires sont kidnappés, portés disparus ou carrément contraints à l’exil.
Eu égard à tous les excès du régime RPT (tentatives d’assassinat, arrestations et emprisonnements arbitraires et exécutions extra-judiciaires), n’est-il pas temps que ce peuple, trop longtemps opprimé et trompé, redéfinisse de nouvelles stratégies pour empêcher le satrape Eyadema de s’appuyer tout le temps sur son armée afin d’entretenir la terreur ?

Mawuko Séléagodji
Bruxelles, le 4 juillet 2004

 

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