Afrique

Le rôle des Français en Côte d’Ivoire mis en cause

par IPS Inter Press Service , le 10 novembre 2004, publié sur ufctogo.com

La France essuie actuellement des critiques pour son action maladroite dans la destruction de toute la force aérienne de son ancienne colonie, la Côte d’Ivoire, en représailles à la mort de neuf soldats français et d’un travailleur humanitaire américain le week-end dernier.

 

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La France essuie actuellement des critiques pour son action maladroite dans la destruction de toute la force aérienne de son ancienne colonie, la Côte d’Ivoire, en représailles à la mort de neuf soldats français et d’un travailleur humanitaire américain le week-end dernier.

"Nous regrettons profondément ce fâcheux incident", a déclaré Philippe Djangone-Bi, ambassadeur de Côte d’Ivoire à l’ONU aux journalistes mardi.. "Mais la France a eu tort d’user de représailles de façon unilatérale", a-t-il ajouté.

Il a dit que son gouvernement voulait que le Conseil de sécurité fasse une déclaration sur "notre droit en tant que nation souveraine".

"Nous aimons la France, c’est un pays sympathique", a souligné Djangone-Bi, mais ses troupes n’avaient aucun droit de "tirer sur notre palais présidentiel, de détruire nos forces, de nous humilier, et de tirer sur nos populations civiles depuis des hélicoptères".

Prié de répondre, l’ambassadeur français Jean-Marc de La Sablière a indiqué aux journalistes mardi que les Forces armées ivoiriennes avaient effectué "une attaque délibérée" contre les troupes françaises.

"La France avait le droit de riposter. Personne (au sein du Conseil de sécurité) ne nous met en cause. Ce n’est pas un problème", a-t-il ajouté.

La décision du président français Jacques Chirac de détruire la Force aérienne de Côte d’Ivoire a été "largement soutenue par le Conseil de sécurité", a souligné de La Sablière.

Comme partie intégrante d’une force combinée franco-onusienne de maintien de la paix, Paris dispose de plus de 4.500 hommes en Côte d’Ivoire, où une guerre civile a divisé le territoire en deux : le sud aux mains du gouvernement et le nord tenu par des rebelles.

L’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), créée par le Conseil de sécurité de l’ONU en avril 2004, dispose d’une force militaire de plus de 6.000 hommes. Mais dans un arrangement inhabituel, les troupes françaises ont le droit d’agir seules et ne relèvent pas de l’autorité militaire de l’ONUCI. Les deux forces ont reçu mandat d’observer un cessez-le-feu de mai 2003 et un accord de paix qui a été signé par les forces rebelles et le gouvernement du président Laurent Gbagbo. "Les Français ne devraient pas être en Côte d’Ivoire", affirme Bill Fletcher Jr, directeur exécutif de Forum TransAfrica basé à Washington. "Il devrait y avoir soit une force des Nations soit une force de l’Union africaine (UA). Les Français ont manifestement intérêt à conserver leur rôle de puissance hégémonique sur leurs anciennes colonies", a indiqué à IPS, Fletcher. La Côte d’Ivoire a obtenu son indépendance vis-à-vis de la France en 1960.

Fletcher a également souligné que des tensions ethniques dans cette nation d’Afrique occidentale ont, par ailleurs, été "manipulées par des forces opportunistes qui sont plus intéressées par le pouvoir que par l’unité nationale".

Le président sud-africain Thabo Mbeki a été mandaté par l’UA et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest pour effectuer une visite dans la capitale ivoirienne, Abidjan, et une médiation dans la guerre civile de deux ans. Il devrait amener Gbagbo et le leader de l’opposition Alassane Ouatarra autour de la table de négociation, avec le président gabonais Omar Bongo et le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, deux autres chefs d’Etat africains.

Gbagbo a accusé la France de favoriser les forces rebelles et de saper sa position avant les élections de 2005. "C’est regrettable et c’est une grave erreur de calcul que le régime de Gbagbo ait lancé ses raids aériens surprises dans une tentative de reprendre le nord tenu par les rebelles, qui ont tué neuf soldats français et un Américain, violant l’accord de cessez-le-feu datant d’une année", déclare Kwame Akonor, directeur exécutif de l’Institut pour le développement en Afrique, basé à New York.

Il a dit que ce n’était pas surprenant que la contre-attaque de la France — "qui incluait la destruction de la force aérienne nouvellement constituée et la garantie d’un contrôle stratégique des plus grandes villes du pays" — soit en train de soulever des préoccupations sur les motifs réels de la puissance européenne, "étant donné son histoire en dents de scie et des intérêts bien établis dans son ancienne colonie".

Samedi, le Conseil de sécurité, fort de ses 15 membres, a condamné l’attaque fatale de la Côte d’Ivoire contre les forces françaises.

"Le Conseil de sécurité exprime son soutien total pour l’action entreprise par des forces françaises et l’ONUCI", a indiqué une déclaration de l’ambassadeur américain John Danforth, actuel président du conseil. La France, un membre permanent du Conseil de sécurité détenant un droit de veto, fait pression pour une action plus vigoureuse, y compris des sanctions militaires et une interdiction de voyager contre les responsables du gouvernement ivoirien. Une résolution demandant de telles mesures devrait être adoptée avant la fin de cette semaine. Mais elle donnera aux deux parties jusqu’au 1er décembre pour appliquer le cessez-le-feu et l’accord de paix avant d’entrer en vigueur.

Akonor a indiqué que l’intérêt de la France pour les développements dans son ancienne colonie, n’est pas simplement motivé par la politique : la Côte d’Ivoire a été pendant longtemps la principale plate-forme d’investissements pour des entreprises françaises en Afrique de l’ouest.

La France, a-t-il dit, est le plus grand partenaire commercial de la Côte d’Ivoire, le premier fournisseur dans le domaine de la défense et de l’aide bilatérale. Paris a également une base militaire dans ce pays africain.

"Etant donné ses intérêts politiques, économiques et militaires dans le pays, certains se demandent vraiment si la France peut jouer le rôle d’une force neutre de maintien de la paix", a ajouté Akonor.

Cette perception n’est pas favorisée par le fait que les troupes françaises constituent 40 pour cent de l’actuelle force de paix de l’ONU, et opèrent indépendamment d’elle", a-t-il souligné.

"Le sentiment anti-français a été davantage entretenu en Côte d’Ivoire lorsqu’une douzaine de soldats français de maintien de la paix ont été arrêtés et accusés d’avoir volé de l’argent d’une banque locale", a déclaré Akonor.

Il a suggéré, pour la crédibilité et l’efficacité du déploiement de l’ONU, que "la composition de sa force reflète alors ses principes de neutralité et d’impartialité".

L’ambassadeur ivoirien a dit aux journalistes que son gouvernement avait demandé qu’une commission indépendante d’enquête établisse les faits sur les attaques du week-end dernier.

A la question de savoir si la France soutenait les forces rebelles en Côte d’Ivoire, Djangone-Bi a affirmé que par ses récentes actions, Paris était visiblement perçue comme favorisant les rebelles.

Il a également accusé la France de "se précipiter" pour une action urgente du Conseil de sécurité et de dicter les termes avec sa "puissante diplomatie".

"La maison ne brûle pas", a déclaré l’ambassadeur. "Donnez à l’Afrique une chance de résoudre le problème".

Thalif Deen - Inter Press Service (Johannesburg)

 

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