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Le roi Eyadéma est mort, vive le roi !

par L'Humanité (France) , le 6 mai 2005, publié sur ufctogo.com

 

« C’est pire que du temps du Vieux. Lui, au moins, il savait tricher... » Prononcé mardi soir dans les rues de Lomé, juste après la validation par la Cour constitutionnelle de la victoire à l’élection présidentielle de Faure Gnassingbé, ce commentaire en dit long sur la façon dont les Togolais perçoivent les promesses du fils du défunt dictateur Eyadéma. Ancien gestionnaire de la fortune paternelle, placé à la tête de l’État par les militaires avant de devenir le candidat du Rassemblement du peuple togolais (RPT), parti créé par son père, Faure peine à convaincre de sa volonté de réformes. D’autant que les conditions d’arrivée au pouvoir de celui qui, en prêtant serment mercredi, a promis d’être guidé par « l’intérêt général et le respect des droits de la personne humaine », démentent ces déclarations apaisantes.

DES FRAUDES DE TOUTES NATURES

Le scrutin qui a permis à Faure de bénéficier de 60,1 % des suffrages a été entaché de fraudes de toutes natures : nombre plus élevé d’électeurs dans les préfectures acquises au pouvoir que dans celles, pourtant plus peuplées, proches de l’opposition ; taux de participation tombant à moins de 50 % dans les bastions de l’opposition ; électeurs mineurs ou votant plusieurs fois ; vols d’urnes par des militaires en armes faisant irruption dans les bureaux de vote... Le processus électoral a également été marqué par une violente répression. Entre le dimanche 24 avril, jour du scrutin, et le jeudi suivant, les forces de sécurité ont réduit le mouvement de résistance populaire à coups de tirs à balles réelles, de lacrymogènes et de bastonnades systématiques. Loin d’être définitif, le bilan est déjà d’au moins 50 morts et plusieurs centaines de blessés, dont une majorité par balles. De plus, selon le HCR, au moins 18 500 Togolais ont fui dans les pays voisins et, plus nombreux encore, ont quitté les villes pour se réfugier dans les villages. Sans oublier le musellement de la presse indépendante, la coupure de toutes les communications téléphoniques et la propagande des médias d’État, culminant mardi avec une demi-heure de clips sur la télévision publique à la gloire du nouveau président.

Ces dérapages n’ont pas empêché la communauté internationale de valider la victoire de Faure Gnassingbé. Chargée de surveiller le déroulement des élections, la CEDEAO a estimé dès le 27 avril que « les anomalies et les incidents » lors du scrutin ne remettaient pas en cause sa « crédibilité » - déclaration démentie par deux de ses observateurs. Dimanche soir, le président libyen, Kadhafi, a reçu Faure, dont la victoire n’avait pas encore été validée, avec les honneurs dûs à un chef d’État. L’ONU s’est contentée d’exprimer son inquiétude face à la « violence indiscriminée ». Et les déclarations mercredi de la ministre française de la Défense, assurant que Paris « n’allait pas faire de l’ingérence dans le fonctionnement du Togo », ne suffisent pas à faire oublier l’empressement avec lequel Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères, avait estimé les élections « satisfaisantes ». Paris peut difficilement lâcher un régime qui a longtemps assuré le financement des campagnes électorales de plusieurs partis politiques français et qui détient des secrets embarrassants. La présence, révélée par le Canard enchaîné, d’agents de la DGSE chargés là-bas de récupérer les dossiers gênants atteste la crainte de voir sortir des informations sensibles. Au-delà de ces intérêts, la communauté internationale semble avoir préféré soutenir un régime décrié plutôt que de risquer une alternance jugée porteuse de désordre.

« diviser pour régner »

Une visée à court terme tant le désastre électoral a accru la division du pays. Faute de garanties sérieuses, les appels à la formation d’un gouvernement d’union nationale, lancés par le nouveau président, pourraient ne pas trouver d’écho. Les leaders de l’opposition savent qu’accepter une telle offre les déconsidérerait aux yeux de leur base. L’hypothèse la plus crédible reste la participation de partis politiques mineurs, servant de caution au régime, avec le risque d’un délitement de la coalition de l’opposition dont certains éléments pourraient céder à la tentation de participer au pouvoir. Une technique de « diviser pour régner » qui a déjà fait ses preuves sous Eyadéma. Mais qui ne suffira pas à pacifier un débat politique qui se radicalise. Mercredi soir, les militants du RPT qui fêtaient leur victoire discréditaient les opposants en les accusant d’être tous « des bandits ou des étrangers ». De l’autre côté, l’abattement est total. Face à l’impossible alternance par la voie politique, les jeunes veulent quitter le pays ou bien réclament des armes. « C’est la meilleure solution, estime l’un d’eux, parce que si ça n’explose pas, rien ne changera dans ce pays. »

Camille Bauer

 

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