Dictature

Le régime Faure Gnassingbé : quelle nouveauté ?

par Koffi Agbéssi GBONOUGBE , le 27 juin 2006, publié sur ufctogo.com

Force est de constater que Faure Gnassingbé est en train d’évoluer tout bonnement dans la continuité du règne de son père. Le cahier de charge du « jeune héritier » n’a pas épargné la terreur, l’impunité, le tribalisme ou le gaspillage économique. Comme son papa, il peut à la limite tout accepter sauf l’alternance politique ou le partage du pouvoir !

 

A l’heure actuelle où le régime Togolais ne ménage aucun effort pour faire croire à la communauté internationale qu’un changement démocratique semble apparaître au Togo, le devoir civique et l’honnêteté intellectuelle nous interpelle une fois encore pour analyser en quoi le régime Faure Gnassingbé diffère de celui de son papa ? Au fait dans cette intervention, nous n’avons pas l’intention de dresser des bilans. Au contraire, nous voulons tout simplement indexer quelques similitudes, voir même quelques amplifications, entre le régime du père et celui du fils.

Rappelons que depuis l’accession de notre pays à la souveraineté internationale en 1960 jusqu’au début de l’année 2005, soit sur une période de 45 ans, le Togo n’a connu que 3 chefs d’Etat, dont les deux premiers n’ont totalisé en tout que 7 années de gouvernance. Il est donc tout à fait normal que l’on s’interroge toujours sur les fameux 38 ans de pouvoir.
Nous le savons tous. Ce sont des souvenirs amers, caractérisés par la dictature sous toutes ses formes ; à savoir, le despotisme, la terreur, le culte de la personnalité, le tribalisme, le gaspillage économique etc. Devant cette situation, le peuple togolais, épris de paix et de liberté, ayant manifesté en vain ses désirs de changement au travers des urnes, devait espérer en une intervention divine qui ne s’accomplira qu’en février 2005. En effet depuis cette date jusqu’à ce jour, « les héritiers du clan Gnassingbé » ont réussi une fois encore à usurper la magistrature suprême de notre pays.

Aujourd’hui nous nous posons la question de savoir quelles sont les nouveautés dans la gestion des affaires de l’Etat au Togo ? puisque après le coup de force électoral de Faure Gnassingbé, on pouvait noter quelques commentaires d’auto consolation selon lesquels ce dernier étant jeune et ayant fait des études supérieures, ne pourra pas suivre les pas de son papa. Par conséquent il essayera probablement d’introduire un changement bien qu’il soit mal élu. Au fait, le peuple togolais peut-il aujourd’hui identifier une trace de la réalisation de ces rêveries ?

Au contraire, force est de constater que Faure Gnassingbé est en train d’évoluer tout bonnement dans la continuité du règne de son père. Le cahier de charge du « jeune héritier » n’a pas épargné la terreur, l’impunité, le tribalisme ou le gaspillage économique.
Comme son papa, il peut à la limite tout accepter sauf l’alternance politique ou le partage du pouvoir ! Les conditions dans lesquelles se déroulent les actuels pourparlers inter-togolais ainsi que les attitudes du RPT et ses acolytes lors de ce dialogue sont assez significatives.

Plusieurs autres faits peuvent à juste titre corroborer nos propos :
Tout récemment, quelques domaines stratégiques de l’économie togolaise tels que le port autonome de Lomé, la douane, la direction générale des impôts... ont connu des remaniements. Ces actions ont été vantées aux yeux des Togolais et de la communauté internationale comme un signe d’une volonté pour la transparence et la bonne gouvernance. Toutefois, nous sommes étonnés que ces changements n’ont pas pu toucher la direction de la société d’administration de la zone franche industrielle(SAZOF), que monsieur Kpatcha Gnassingbé, également l’un des fils du feu dictateur, s’est appropriée depuis plusieurs années déjà ! Quand ont sait que ce dernier accumule à lui seul les fonctions de ministre de la défense et des anciens combattants en plus du directeur de la SAZOF. Il convient de souligner aussi que M. Kpatcha Gnassingbé est l’actuel symbole de la terreur et de l’insécurité au Togo. Il a le mérite d’avoir orchestré personnellement des expéditions répressives contre les militants et sympathisants de l’opposition démocratique en avril 2005. Il est en outre le chef suprême de la milice dans laquelle le régime ne cesse d’investir au Togo tout comme à l’étranger.
Quant à la Fédération Togolaise de Football, elle est plus que jamais une propriété privée de M. Rock Gnassingbé, également l’un des fils héritiers. Il gère cette institution comme bon lui semble depuis plusieurs années. Grâce à son savoir-faire, le Togo vient d’être affiché comme le seul pays à problème au monde, en pleine coupe du monde. Notre pays étant connu que part des choses négatives, nous avions cru que notre participation à ce grand événement planétaire devrait être une occasion pour nous de soigner notre image mais hélas !

Sur le plan économique, les constants sont déplorables comme par le passé ! Il convient de remarquer qu’après plus d’une année de pouvoir, M. Faure Gnassingbé est toujours à la phase de lancement de son « nouveau produit » qu’il veut proposer au peuple togolais.
En effet, étant mal élu, le fils président consacre une bonne partie du budget de l’Etat au maintien de son régime et à soigner son image auprès de la communauté internationale. C’est ainsi que des millions de nos francs sont débloqués pour des promenades de santé à travers le monde entier, en vue de duper et de racheter des consciences. C’est justement dans cette optique que le ministre de la coopération, M. Gilbert Bawara et son premier ministre, M. Edem Kodjo ont choisi la Suisse comme cible où il débarqueront respectivement les 22 mars et le 8 juin 2006. Dieu merci ! Les vaillants compatriotes résidant en Suisse ne se sont pas laissés faire.

Tout comme le régime de son papa, le régime du « fils héritier » ignore toutes notions de développement d’un pays.
Et pourtant, abordant la question de la pauvreté lors de sa visite au Brésil le 22 mars dernier, le président français, M. Jacques Chirac s’exprimait en ces termes : « Il faut créer des conditions favorables développement. C’est une nécessité pour la vie, pour le moral... » Pour notre part, nous sommes étonnés que cet « ami personnel » du feu Eyadéma ne pouvait pas prodiguer de pareils conseils aux héritiers du trône ?

En ce moment même où le chômage et la pauvreté ne cessent d’engloutir le pays, le nouveau régime « de fait » se donne le plaisir dans des projets somptuaires qui n’ont rien à voir avec les besoins immédiats les plus importants pour notre pays. Après des centaines de milliards de francs CFA qui viennent d’être investis dans la construction d’un palais présidentiel, la construction d’une nouvelle capitale au centre du pays est en vue. Pour cela, notre pays devrait contracter une dette de plusieurs milliards de francs CFA, échelonnée sur 40 ans ! auprès d’une institution financière dans une principauté italienne.
L’efficacité de l’administration et la réconciliation du peuple sont les principales raisons qui militent en faveur de ce projet somptuaire. Au fait nous pensons à notre avis que la raison de réconciliation évoquée n’est que l’expression inconsciente du tribalisme et du régionalisme qui étaient des vieilles habitudes de la maison.

Nous ne saurons quoi relever comme nouveauté et qui sera à l’actif de l’actuel régime togolais.
Notre pays était taxé par la commission de l’Union Européenne de « déficit démocratique et de graves atteintes aux droits de l’homme ». Raison d’ailleurs pour laquelle le siège des ACP-UE quittera Lomé pour Cotonou, mettant ainsi fin aux propagandes selon lesquelles, sous le régime du feu dictateur, notre pays était « la Suisse de l’Afrique ». Aujourd’hui, les rapports des Nations Unies et d’autres institutions de défense des droits de l’homme ne disent pas le contraire.
C’est ici le lieu pour nous de rappeler à M. Faure Gnassingbé et les siens que le peuple Togolais n’est pas dupe ! Ils ont donc intérêt à libérer le destin de ce peuple. Car nous croyons que nous avons aussi les potentialités de pouvoir évoluer comme les autres Nations en ce 21 ème siècle.

Nous voulons par la même occasion rappeler à la communauté internationale et à toute personne soucieux du cas Togolais, que la fixation d’un calendrier électoral n’est pas une panacée pour une sortie de crise durable au Togo.
Nous pensons donc que, tant qu’il n’y a pas une prise en compte des aspirations profondes des populations togolaises, comme l’exige l’UFC, notamment celles relatives à la révision du cadre électoral, à la réforme de l’armée, aux réformes institutionnelles, à la cessation de l’impunité, on peut beau faire des élections mais les loups finiront toujours par dévorer les agneaux.

Koffi Agbéssi GBONOUGBE
(Berne, Suisse.)

 

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