Dialogue

Le pouvoir et l’opposition reprennent langue au Togo

par Le Monde (France) , le 13 juin 2004, publié sur ufctogo.com

L’Union européenne a posé 22 conditions pour reprendre sa coopération, rompue depuis dix ans.

 

Ce n’est qu’un premier pas, mais il est d’importance. A Lomé, le gouvernement et l’opposition ont entamé, jeudi 10 juin, les premières consultations d’un dialogue interrompu depuis plusieurs années. Ni l’issue, ni le cadre exact, ni même le calendrier n’en sont encore clairs, mais l’enjeu de ces pourparlers dépasse l’horizon de l’apaisement du climat politique togolais.

Pour le gouvernement, il s’agit de satisfaire au premier des vingt-deux points consacrés à l’amélioration des droits de l’homme et de l’exercice de la démocratie au Togo, sur lesquels ses représentants se sont engagés en signant un accord de l’Union européenne (UE), le 14 avril, dont l’objet est de conduire à une pleine reprise de la coopération économique avec le pays, interrompue depuis les violences graves qui ont entaché le processus démocratique en 1993.

Pour juger des progrès accomplis, une première mission d’évaluation de l’UE s’est rendue au Togo début juin. De retour à Bruxelles, ses membres ont fait savoir, mercredi, qu’il était encore "beaucoup trop tôt pour faire un bilan". Le lancement du dialogue est donc observé avec attention par Bruxelles. Jusqu’ici, tout contact était rompu entre pouvoir et opposition. Le Togo se trouve dans un état de tension presque permanent depuis que le pays, dans les années 1990, a connu des élections marquées par la fraude et des violences. Toutes les tentatives pour normaliser la vie politique ont échoué, y compris l’accord-cadre de Lomé, signé en 1999, qui prévoyait le départ en 2003 du président Eyadéma, au terme du dernier mandat que lui accordait la Constitution. Depuis, la Constitution a été modifiée et le chef de l’Etat togolais a été réélu, à la faveur de fraudes massives.

ARRESTATIONS SUSPENDUES

A Lomé, pendant deux semaines, les formations de l’opposition vont commencer par rencontrer les autorités séparément. La plus importante d’entre elles, l’Union des forces pour le changement (UFC), sera finalement du nombre. La venue de son chef et principal opposant au régime, Gilchrist Olympio, qui a déjà échappé à une tentative d’assassinat dans le pays et vit en exil, n’est plus suspendue qu’à l’obtention d’un visa dans un pays de la région pour lui permettre d’entrer au Togo par la voie terrestre, jugée par son conseiller, Isaac Tchiakpe "moins dangereuse pour sa sécurité". Celui-ci déclare également se méfier "d’une ouverture à peu de frais".

Le mélange, dans ce forum, des partis politiques et de nombreuses organisations de la "société civile" risque, en particulier, de brouiller l’exercice, s’inquiète déjà Edem Kodjo, un des opposants "historiques" du président Eyadéma : "Depuis 1991, le Togo a eu beaucoup de rencontres organisées sur le même mode. Il y a eu beaucoup de déballages, toujours en vain."

C’est ce moment qu’a choisi la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) pour publier, mercredi, un rapport sévère sur la situation des droits de l’homme dans le pays, dont le titre, "Togo : l’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature", donne la tonalité. La FIDH, dont une équipe s’est rendue au Togo en février, y dénonce "la torture systématique dans les commissariats en toute impunité, la justice aux ordres du pouvoir, les prisons surpeuplées et les élections truquées".

Depuis février, et la signature de l’accord avec l’UE, la situation a-t-elle changé ? "Sur certains points", le gouvernement a tenté des "améliorations", note Adoté Ghandi Akwei, président de la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH). Les arrestations de journalistes, par exemple, ont cessé. Un nouveau code de la presse, qui supprimerait les menaces judiciaires lourdes qui pèsent sur les journalistes, est à l’étude. Les arrestations de militants politiques ont été suspendues. Plusieurs opposants, en détention préventive depuis plusieurs années, ont été libérés après des simulacres de procès, comme Marc Palanga, de l’Union des forces du changement (UFC).

Ces avancées sont considérées avec prudence par Benoît van der Meerschen, chargé de mission de la FIDH et l’un des auteurs du rapport : "Il faut espérer que personne, à Bruxelles, ne se satisfera de quelques mesures superficielles"et que le Togo pourra passer bientôt "du règne de l’Etat de force à celui de l’Etat de droit", conclut-il.

Jean-Philippe Rémy

 

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