Ressources naturelles

Le pétrole, une malédiction pour l’Afrique

par Le Pays (Burkina) , le 10 octobre 2003, publié sur ufctogo.com
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Le problème de l’Afrique est moins un problème de ressources que de mal gouvernance. Et la rente pétrolière ne fait qu’accentuer l’emprise des tyranneaux sur leurs concitoyens. Avec plus d’argent, ils auront donc plus d’armes, plus de police et plus de moyens pour corrompre. Le pétrole, au lieu de servir de catalyseur pour un développement harmonieux de l’Afrique, constitue, paradoxalement, une malédiction pour le continent.

 

C’est aujourd’hui, 10 octobre, que le Tchad entre officiellement dans le cercle "juteux" des pays africains producteurs de pétrole.

La cérémonie aura lieu dans la ville de Doba, au sud du pays.

La population attend beaucoup des retombées de l’or noir (pétrole) dans un pays déchiré par quarante ans de guérilla permanente où les différents seigneurs de guerre qui se sont succédé à la tête du pays ont été aussi féroces les uns que les autres. Mais comme une malédiction, le pétrole, à l’exception de quelques pays (Libye, Algérie...) a causé plus de problèmes à l’Afrique qu’il n’en a résolus. Les champs pétrolifères tchadiens, situés au sud du pays, sont reliés par des oléoducs au port camerounais de Kribi. Déjà, lors de l’aménagement des sites et de l’installation des oléoducs, les habitants de la zone ont été contraints de céder maisons, terres et champs contre de ridicules indemnisations sans compter les dégâts causés dans la forêt tropicale camerounaise sur le trajet des oléoducs. Le drame tchadien est que les fruits de la vente du pétrole, au lieu de servir au développement de l’ensemble du pays, risquent d’aller sans doute gonfler davantage les comptes bancaires déjà bourrés des groupes d’intérêts qui se bousculent déjà au portillon du Tchad. Avec les milliards de F CFA investis dans la rente pétrolière, on aurait pu réduire de manière significative le niveau de pauvreté des dix millions de Tchadiens.

Mais avec les gros bénéfices du pétrole entre les mains, le régime de N’Djaména en butte à une rébellion larvée, va certainement faire face à une recrudescence de la violence politique suscitée par la convoitise du pactole. La nécessité de contrôler et de sécuriser les oléoducs a déjà attiré au Tchad des sociétés de sécurité proches du mercenariat. Ces hommes, sans état d’âme, pourront être utilisés à tout moment par le régime Deby pour mâter toute velléité d’agitation des populations spoliées. Idriss Déby se vante d’avoir fait voter une loi pour assurer une transparence sur l’utilisation des ressources générées par le pétrole. En attendant de le voir à l’oeuvre, il faut craindre que le Sud tchadien ne connaisse le sort de l’Ogoniland au Nigéria. Cette région regorge de la quasi-totalité du pétrole nigérian. Pourtant, l’Ogoniland est l’une des régions les plus pauvres du pays, de surcroît ravagée par une pollution insoutenable où vit une population sous-payée dans les sites pétrolifères exploités par des compagnies occidentales avec la complicité du régime d’Abuja.

A ce propos, le dernier rapport de Transparency International est assez édifiant. Il place le Nigeria en tête des pays les plus corrompus du monde. Et la récente grève des syndicats contre la hausse vertigineuse du prix du carburant est révélatrice de l’état de déliquescence dans lequel végète une grande partie de la population. Sur ce plan, le Gabon, pays également producteur de pétrole, n’est pas loin du Nigeria. Voici un pays de moins de trois millions d’habitants, aux trois quart du territoire recouverts par la forêt vierge, qui exporte douze millions de tonnes de pétrole par an. Pourtant, le Gabon, jadis qualifié "d’émirat" de l’Afrique équatoriale, éprouve régulièrement du mal à assurer le salaire de ses fonctionnaires, accuse un déficit de 500 milliards de francs CFA et se bat bec et ongles pour entrer dans le carcan "honteux" des pays pauvres très endettés (PPTE). C’est un scandale pour ce pays aux énormes ressources économiques dont l’utilisation se perd dans les arcanes d’un pouvoir aux accointances avec le monde des multinationales pétrolières. La Libye n’est pas plus nantie que le Gabon. Mais elle a su redistribuer équitablement la manne de la rente pétrolière. C’est d’ailleurs le seul pays africain sans dette extérieure. C’est regrettable de voir certains Etats africains, véritables bénédictions des dieux, incapables d’assurer le minimum vital pour leurs populations. Leurs dirigeants se comportent plus en prédateurs qu’en hommes d’Etat. Le problème de l’Afrique est moins un problème de ressources que de mal gouvernance. Et la rente pétrolière ne fait qu’accentuer l’emprise des tyranneaux sur leurs concitoyens. Avec plus d’argent, ils auront donc plus d’armes, plus de police et plus de moyens pour corrompre. Le pétrole, au lieu de servir de catalyseur pour un développement harmonieux de l’Afrique, constitue, paradoxalement, une malédiction pour le continent. Il importe donc de redistribuer les cartes en toute transparence afin que les dividendes de l’or noir soient au service de l’intérêt général. Les dirigeants actuels le peuvent-ils ?

Le Pays

 

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