Paludisme

Le paludisme peut reculer en Afrique, affirme un médecin

par Washington File (USA) , le 6 mai 2003, publié sur ufctogo.com

Washington - Principale cause de décès chez les enfants de moins de
cinq ans, le paludisme n’est cependant pas invincible : il est
possible de le faire reculer notablement "au moyen d’outils que nous
possédons d’ores et déjà", alors même que la science progresse vers la
mise au point d’un vaccin qui préviendra cette maladie, estime le Dr
Bernard Nahlen, du département du paludisme à l’Organisation mondiale
de la santé (OMS), qui a son siège à Genève.

 

Le Dr Nahlen et d’autres médecins qui travaillent en Afrique ont
présenté des rapports sur la situation de la maladie dans leur région
lors de la célébration de la "Journée du paludisme en Afrique" qui a
eu lieu le 25 avril au Club National de la Presse, à Washington. Le
Dr. Nahlen a souligné la nécessité de donner la primauté à la lutte
contre le paludisme en Afrique, déclarant : "Quatre-vingt dix pour
cent des ravages causés par le paludisme surviennent en Afrique. Si
nous ne remportons pas la lutte sur ce continent, le mouvement "Faire
reculer le paludisme" échouera. C’est pourquoi mon rapport se
concentre sur l’Afrique."

"La mise au point de vaccins est très prometteuse mais elle exigera un
certain temps. Quand je suis arrivé au CDC (Centre épidémiologique des
Etats-Unis), en 1986, on nous disait que dans dix ans, nous aurions un
vaccin antipaludique, or nous l’attendons toujours.

"Des progrès remarquables ont été réalisés dans ce sens, a-t-il
ajouté, mais en attendant, il est très clair que les outils dont nous
disposons d’ores et déjà peuvent considérablement aider à alléger le
fardeau du paludisme. Ces outils doivent être améliorés et nous devons
poursuivre la recherche pour y parvenir."

Le mouvement "Faire reculer le paludisme" en Afrique recourt à divers
moyens, notamment les moustiquaires imprégnées d’insecticide, la
gestion de l’environnement et les médicaments. Il est géré
conjointement par l’UNICEF, la Banque mondiale et l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) et bénéficie d’une aide importante d’autres
organismes, notamment l’Agence des Etats-Unis pour le développement
international (USAID) et les ministères de la santé des gouvernements
africains intéressés.

La date du 25 avril avait été baptisée "Journée du paludisme en
Afrique" par les chefs d’Etat africains réunis en 2000 à Abuja
(Nigeria) dans le cadre du Sommet sur le paludisme et ces responsables
ont continué à donner la preuve de leur volonté de faire reculer puis
d’éradiquer cette maladie.

Le Dr Hawley, qui fait partie du service d’épidémiologie du paludisme
au CDC, est un expert international en transmission du paludisme. Il
représentait une équipe de chercheurs de l’Institut de recherche
médicale du Kenya et du CDC qui a procédé à "une étude longue et
complexe sur l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’un
pyréthrinoïde qui tue les insectes dès leur contact avec le rideau".
Des essais ont eu lieu dans les villages de Gem et d’Asembo, dans la
campagne kényane : ils constituent des exemples remarquables de
participation communautaire à une initiative de ce genre.

Des membres de la communauté "ont mis le projet en chantier, procédé
aux interviews, pris des échantillons de sang, accompli tout le
travail et réuni les données nécessaires à cette analyse, a dit le Dr
Hawley. L’un des principaux problèmes vient du fait qu’il y a du jour
sous la saillie des toits, si bien que les moustiques peuvent entrer
et sortir facilement des habitations. Et en Afrique, c’est en pleine
nuit, quand les gens dorment, que les moustiques vecteurs du paludisme
sont le plus actifs, si bien que l’utilisation de moustiquaires
imprégnées d’insecticide est une solution logique."

Des études semblables ont été réalisées en Gambie, au Ghana, dans les
zones côtières du Kenya et au Burkina Faso, et "elles ont toutes
montré la même chose, à savoir que l’utilisation de moustiquaires
traitées permet de réduire la mortalité infantile". Cependant, "aucune
étude n’avait été faite dans les zones de transmission continuelle
intense, si bien que la documentation comportait une lacune" et on
n’était pas sûr de l’efficacité de cette mesure. C’est pourquoi
l’USAID est intervenue et a financé les essais de contrôle aléatoire.

Une loterie a été organisée "et chaque village participant a envoyé un
représentant qui a tiré un numéro au hasard pour savoir si sa
communauté ferait l’objet d’un contrôle ou d’une intervention. Bien
que nous ayons parlé de premier et de deuxième tours, tout le monde
savait que ceux du premier tour recevraient leurs moustiquaires
sur-le-champ et les autres au bout de deux ans. Heureusement, à la fin
de l’étude, tout le monde a obtenu des moustiquaires et le suivi à
long terme se poursuit", a précise le Dr Hawley.

Les résultats obtenus ont montré que l’utilisation des moustiquaires
avait permis :

- une réduction de 95 % des anophèles, principal vecteur du paludisme
 ;

- une réduction de 90 % de la transmission du paludisme (la diminution
du nombre de moustiques a mené à des grossesses plus saines) ;

- une réduction de 38 % de l’infection chez les femmes enceintes ;

- une réduction de 47 % des anémies pernicieuses chez les femmes
enceintes et moins de risque, pour le fétus, d’être affecté par
l’infection du placenta ;

- une réduction de 35 % de l’infection du placenta par le paludisme ;

- enfin, fait essentiel, une réduction de 28 % des cas d’insuffisance
pondérale à la naissance. Le poids du nouveau-né, principal
déterminant de ses chances de survie et de croissance normale, est
fonction de l’état de santé et de la condition nutritionnelle de la
mère.

Compte tenu de tous ces facteurs, a dit le Dr Hawley, "cela se traduit
par un meilleur taux de survie des nouveau-nés et des jeunes enfants,
par une réduction de 26 % de la mortalité infantile quand les
moustiquaires ont été promptement traitées, et par une réduction de la
mortalité chez les enfants de un à quatre ans."

Une autre étude a confirmé que les moustiquaires sauvaient des vies
enfantines. Dans les zones où une transmission intense du paludisme a
lieu toute l’année, les moustiquaires "réduisent la mortalité
d’environ 15 % et 22 % de ces réductions portent sur les nouveau-nés.
Si bien que, dans une région comme le Kenya occidental, un enfant sur
cinq survit parce que l’habitation de ses parents est équipée de
moustiquaires imprégnées d’insecticide", a dit le Dr Nahlen.

Plusieurs médecins ont évoqué la nécessité de retraiter les
moustiquaires à l’insecticide au bout d’un certain temps, pour assurer
une efficacité durable. Cela demande de l’argent, 0,25 dollar environ
par traitement, ce qui dépasse les moyens de la plupart des villageois
africains. Cette réimprégnation est offerte gratuitement dans certains
cas mais il faudrait que cette pratique se généralise.

Parmi les autres mesures, a dit le Dr Nahlen, on note une tendance à
réduire ou à éliminer les taxes et droits de douane sur les
moustiquaires. "Quelque 18 pays africains ont réduit ou éliminé leurs
taxes ou droits de douane sur les moustiquaires traitées à
l’insecticide et sur d’autres produits liés à la lutte contre le
paludisme", dit-il, ce qui facilite l’accès des ménages pauvres à ces
moyens préventifs.

Dans le même esprit, le ministère malawien de la santé et le CDC, avec
le concours de l’USAID, ont concentré leur attention sur la prévention
du paludisme chez les femmes enceintes "en leur administrant
simplement deux doses très peu coûteuses de
sulfadoxine-pyriméthamine", a dit le Dr Nahlen. Ce médicament permet
"une réduction remarquable de l’infection du placenta chez les femmes
qui ont reçu ces deux doses".

Le Dr Juliana Otieno, conseillère en pédiatrie dans la province de
Nyanza (Kenya), a, elle aussi, mis l’accent sur l’importance de la
prévention qui, dit-elle, "ne peut pas être le fait d’une personne
mais nécessite la participation de la communauté. Quelles que soient
les mesures que vous adoptez, vos initiatives seront vouées à l’échec
si la communauté ne les accepte pas."

Elle a cité en exemple la gestion de l’environnent dans les fermes du
Kenya, où les cultures sont situées à proximité des habitations, "si
bien que vous avez du maïs, de la canne à sucre, des bananiers dont
les feuilles retiennent l’eau, attirant les moustiques. Les gens ont
besoin de ces récoltes, soit pour se nourrir soit comme source de
revenu, mais ils créent un environnement qui permet aux moustiques de
vivre et de survivre."

"Dans les plaines, l’eau est recueillie dans des nappes d’eau
artificielles qui attirent les moustiques, mais si vous dites aux
villageois qu’ils doivent assécher ces mares, ils vous demanderont de
leur dire où ils pourront obtenir l’eau dont ils ont besoin. Ces mares
sont une source d’eau pour les humains et pour les animaux. Si bien
que, pour gérer l’environnement, il faut que la communauté discute de
la façon de procéder."

Le Dr Otieno déclare que les gens doivent comprendre les raisons qui
justifient ces changements. Ils veulent gérer l’environnement,
souligne-t-elle, "mais il y a des problèmes à résoudre. Une fois
qu’ils sont mis au courant des exigences de la gestion de
l’environnement, ils éloignent leurs cultures un peu de leur
habitation et la situation s’améliore."

Par Susan Ellis - Rédactrice du "Washington File"

 

© Copyright Washington File (USA)

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