Indépendance et Françafrique

Le mois d’avril et les symboles

par Eyidi Clara & Agou Wood , le 27 avril 2004, publié sur ufctogo.com

Article envoyé par l’auteur à la rédaction de ufctogo.com le lundi 28 juin 2004.

 

- La révolution des œillets a eu lieu au Portugal le 25 avril 1974. C’était une révolte conduite par des soldats et officiers opposés à la dictature et à la politique coloniale de Salazar et de Caetano.

- C’est le 20 avril 1964 que Nelson Mandela a prononcé devant la Cour Suprême de Pretoria (Procès « Rivonia »), un réquisitoire sans concession contre le régime raciste qui prédominait en Afrique. C’est dans cette allocution qu’il a confirmé publiquement sa foi dans la lutte menée avec ses compagnons contre leurs oppresseurs. Aujourd’hui encore, la conclusion du plaidoyer de Nelson Mandela demeure remarquable et doit rester un idéal pour tous « During my lifetime I have dedicated myself to this struggle of the African people. I have fought against white domination, and I have fought against black domination. I have cherished the ideal of a democratic and free society in which all persons live together in harmony and with equal opportunities. It is an ideal which I hope to live for and to achieve. But if needs be, it is an ideal for which I am prepared to die. ».

- Trente ans après le brillant plaidoyer de Mandela, le 27 avril (1994), date des premières élections démocratiques et multiraciales depuis la Constitution de 1910, est devenu le « Freedom Day » en Afrique du Sud. Cette date, synonyme d’espérance pour la majorité des Sud-Africains, a fermé l’une des plus sinistres pages de l’histoire récente de l’humanité.

- Pour les Togolais, le 27 avril 1960, date de l’indépendance, signifie tout simplement liberté. Cette date aurait dû marquer le début d’une ère nouvelle de joie et de prospérité. Avec le recul que l’on peut avoir aujourd’hui, on peut affirmer que la situation actuelle est très éloignée de l’espoir suscité par la conquête de l’indépendance et n’a rien à voir avec l’idéal défendu par les véritables pères de la nation togolaise.

Que peut-on dire d’un rapprochement entre les trois pays ?

- Si l’on compare la situation actuelle des trois pays cités en exemple ici, un contraste saisissant apparaît entre le Togo et les deux autres nations, l’Afrique du Sud et le Portugal.

- La dictature est rangée dans les arcanes de l’histoire au Portugal. Elle fait désormais partie des mauvais rêves que l’on s’empresse d’oublier. De fait, la démocratie est durablement et irréversiblement instaurée au Portugal. De ce point de vue, la révolution des œillets a été plutôt couronnée de succès. En outre, l’économie portugaise « tourne » bien, même si elle est confrontée comme ses voisines aux problèmes inhérents à toutes sociétés capitalistes (chômage, injustice et inégalité diverses, etc.).

- L’apartheid est banni à jamais en Afrique du Sud. Un retour sur un système politique si inique n’est plus possible dans ce pays dirigé maintenant par les représentants de la majorité de la population. La démocratie s’est installée de plein pied à Pretoria. La remarquable organisation et le déroulement sans anicroche des dernières élections démocratiques en sont l’une des preuves. Certes, la forte paupérisation de la majorité de la population demeure préoccupante mais l’Afrique du Sud est, sans doute, sur la bonne voie. La résorption des inégalités doit se poursuivre pour asseoir complètement la démocratie dans ce grand pays.

- Le Togo, indépendant bien avant l’initialisation des processus démocratiques qui ont ramené l’Afrique du Sud et le Portugal vers des régimes plus humains et plus libres, est à la traîne. Il patauge dans des difficultés dues, en grande partie, à l’incurie de ses dirigeants actuels. Eyadéma a confisqué toutes les espaces de liberté du peuple et règne sans partage sur le pays. Il impose la terreur à une très large majorité de la population. Il a appauvri le pays et a renforcé la corruption et la gabegie devenues des armes politiques. Enfin, le Togo n’a jamais été autant divisé (au niveau des ethnies) que sous Eyadéma. Sur le plan des libertés, le Togo est, probablement, l’un des états les plus arriérés en Afrique.

- Le Togo se retrouve donc loin, très loin derrière les deux autres pays sur l’échelle de la démocratie. En outre, même si l’on ne peut pas dire que tout était parfait au début des années 60, il n’a jamais été question de « déficit de la démocratie ». Or, depuis plus de dix ans, ce terme est utilisé par l’Union européenne pour qualifier les faits d’arme du régime Eyadéma. C’est un sévère camouflet adressé à ce régime, en place depuis 1967.

Que faire ?

- Au Togo, la spirale de la dictature doit être brisée. Le retour à des règles politiques démocratiques est une exigence de survie pour le Peuple. Pour cela, toutes les forces vives de la Nation doivent être mobilisées. Nous avons un seul et même pays. L’intérêt de la majorité se trouve dans la sauvegarde de notre patrimoine qui passe par le respect scrupuleux des libertés individuelles et collectives.

- La mobilisation que nous appelons de nos vœux ne doit négliger personne. Elle concerne toutes les couches de la population, toutes les catégories socio - professionnelles, tous les corps de métier y compris les forces armées. La révolution des œillets qui a mis le Portugal sur les rails de la démocratie a été organisée et conduite par des soldats vivant sous une dictature comparable à celle qui sévit au Togo aujourd’hui. Cette révolution a été une réussite parce que les officiers Portugais ont eu l’adhésion du peuple à leur projet. Par certains côté, la situation qui prévalait au Portugal en 1974 ressemble à celle du Togo : l’omniprésence d’une dictature inhumaine. De fait, un rapprochement entre la population spoliée et la frange de l’armée soumise à des exactions et humiliations pourrait aboutir à la chute de la dictature. N’avions nous pas trop souvent classé les soldats aux côtés du dictateur ? Certes, l’armée togolaise est tribale et ethnique. Toutefois, elle fait aussi face à des répressions violentes et à des assassinats extra-judiciaires. Elle est loin d’être homogène ; elle a eu également ses « martyrs ». De fait, des « démocrates » y existent comme ailleurs. Nous avons le devoir de les retrouver et de les inciter à promouvoir et à mettre en pratique la démocratie et le respect des droits de l’homme.

- Le quarante quatrième anniversaire de l’indépendance du Togo est une occasion pour demander aux membres des forces armées de ne plus soutenir le despote de Lomé II et de méditer l’exemple de leurs frères d’armes portugais de 1974. Les forces armées sont redevables à la nation et non à un homme. C’est à la Nation seule que ses membres doivent loyauté et fidélité. Garder une position attentiste alors que le pays est mis à feu et à sang, que tout est subordonné à la volonté d’un seul clan voire d’un seul homme et que les libertés les plus élémentaires sont confisquées, ne va pas dans le sens du devoir du soldat. Les membres des forces armées sont censés, avant tout, protéger la population contre toutes les formes d’agression. Ceci est leur premier devoir envers la Nation, s ’y soustraire est un crime.

- On ne pourra rêver d’un avenir radieux et meilleur que si la dictature disparaissait de manière irréversible. A son niveau, chacun a un devoir envers la Nation : aider la population toute entière à s’émanciper sur tous les plans. On peut citer ici cette phrase de Goethe et l’adopter comme devise : « ceux qui méritent la liberté et la vie doivent chaque jour les conquérir ». En la faisant nôtre, la lutte contre l’arbitraire sera plus aisée. Le retour vers une société démocratique dans laquelle les libertés fondamentales redeviendront des acquis, sera bénéfique pour tout le monde.

- L’avenir du Togo est une affaire qui nous concerne tous. C’est sur la volonté des Togolais qu’il convient d’abord de compter. Les discussions initiées ici et là sont les bienvenues mais elles ne donneront rien si la majorité du peuple n’adhère librement au schéma proposé. Filles et fils du Togo,
- que nous soyons du Nord ou du Sud de l’Est ou de l’Ouest,
- que nous soyons enseignants ou militaires, médecins ou ingénieurs, commerçants, menuisiers ou maçons, _le Togo nous appartient au même titre.

Nous avons le devoir suprême de le préserver et de l’enrichir surtout pour les futures générations. Abattre la dictature pour faire face enfin aux problèmes sociaux, économiques, techniques, culturelles ou sanitaires latents, fera « sauter » un frein à l’accomplissement de ce devoir. Exhortons l’armée nationale ensemble pour qu’elle prenne conscience de ses devoirs envers le Peuple et la Nation en optant pour l’abandon du dictateur. Elle doit, comme les autres corps, œuvrer pour la chute du système inique dont nous subissons tous les effets dévastateurs.

- En outre, la dictature ne disparaîtra pas si elle continue de s’appuyer sur une frange de la population. L’armée, un corps organisé et discipliné, doit prendre position dans le processus devant conduire à l’instauration d’une démocratie pérenne au Togo. L’armée doit donc se désolidariser du despote de Lomé II et se ranger résolument et indéfectiblement du côté du peuple. Il y va de notre intérêt et de notre salut.

Paris, le 27 Avril 2004
Eyidi Clara & Agou Wood
Courriel : Agou_eyidi hotmail.com


Lire aussi : Tout soutien à la dictature togolaise est « politiquement incorrect et humainement condamnable »

 

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