Crise politique togolaise

Le dialogue n’a toujours pas commencé

par UFC , le 7 septembre 2004, publié sur ufctogo.com

Observations sur la « synthèse »
de la séance de travail du 25 août 2004.

 

Le 25 août 2004, à l’initiative du gouvernement, une séance de travail a réuni à la salle Entente du CASEF, une délégation du gouvernement, des délégations des partis UFC, CAR, CDPA, CPP, PDR et celle du RPT ainsi que des représentants de deux associations GF2D et REFAMPT.

A l’issue de cette réunion, le gouvernement a promis d’envoyer à chaque participant, la « synthèse » des travaux. Ce document, parvenu à l’UFC le mardi 31 août 2004, appelle de sa part, les observations suivantes.

1- Le Gouvernement, protagoniste de la crise et partie aux discussions, ne peut, à lui seul, produire et faire publier une « synthèse » crédible et définitive des travaux. Le document adressé par lui aux participants ne peut qu’être un « projet de synthèse » à soumettre à l’amendement et à l’adoption de ceux-ci. Il ne peut s’intituler « synthèse de la séance de travail du 25 août 2004 » mais « projet de synthèse ... ».

2- Le document est un condensé d’inexactitudes aussi bien dans le contenu des discussions que dans les conclusions qu’il présente. Ce qui dénature ce contenu en faveur des thèses gouvernementales.

La présentation du document est fortement critiquable parce que ne reflétant pas la réalité des discussions conduites en désordre et sans ordre du jour, et manifestement orientées vers les objectifs que se fixe le gouvernement pour éviter d’organiser le dialogue conformément à l’engagement 1.1. En effet, après avoir fait état des interventions du Premier Ministre, les rédacteurs prétendent « regrouper l’ensemble des échanges qui se sont déroulés à bâtons rompus par centres d’intérêts », ce qui leur permet d’occulter les réponses de l’opposition aux vues du gouvernement. De sorte que la lecture de cette « synthèse » laisse l’impression que toutes les positions du gouvernement ont été acceptées par les partis les plus représentatifs de l’opposition.

A titre d’exemple, la déclaration du gouvernement selon laquelle il poursuit scrupuleusement la mise en œuvre des 22 engagements et que « le compte est bon » a été contestée par des partis notamment l’UFC.

Tout en prenant acte de la délivrance des pièces d’identité à son président national Gilchrist Olympio et de la libération de ses militants détenus politiques, l’UFC n’a pas manqué d’adresser une série de reproches et d’observations de fond au gouvernement, particulièrement sur les détours, circonvolutions et manœuvres de celui-ci visant à lui permettre d’échapper à la révision du cadre électoral prévu à l’engagement 1.3 ; le subterfuge étant la mise en place d’un pseudo comité de réflexion sur le Code Electoral. L’UFC a conclu que, contrairement aux déclarations de la délégation gouvernementale, « le compte n’est pas bon ».

3- Les inexactitudes dans le texte

- Le gouvernement rapporte : « Les participants ont pratiquement adhéré à l’idée que le libellé de l’engagement 1.1 n’est pas un modèle de clarté ». Comment peut-on pratiquement adhéré à une idée ? Ceci est une contrevérité très grave qui traduit l’esprit dans lequel s’est déroulée cette réunion, esprit malicieux qui a présidé à la rédaction de cette « synthèse ». C’est une manœuvre visant à imputer à l’opposition, une position exprimée par M. Edem Kodjo, Président de la CPP, selon laquelle il existe des ambiguïtés dans le libellé des engagements. Celui-ci a en effet déclaré : « Je me félicite d’avoir participé à Bruxelles à la réunion du 14 avril 2004. Le texte des 22 engagements a été rédigé par l’Union Européenne qui est venu le délivrer à la fin. Cela spécifie clairement la nature de cet Accord. Le Libellé du Point 1.1 n’est pas un modèle de clarté ».

Cette position n’engage que M. Edem Kodjo. C’est en vain que la « synthèse » l’impute aux autres participants qui n’ont pas manqué d’appeler le gouvernement à respecter l’esprit et la lettre de l’engagement 1.1 relatif au dialogue.

C’est le lieu de relever que notre indifférence à l’égard de positions que nous ne partageons pas, ou dont nous jugeons l’expression inopportune, ne peut signifier adhésion à ces positions qu’on ne peut nous imposer.

- Le Gouvernement rapporte : « Le cadre du dialogue : Globalement, les participants ont convenu de faire du cadre de la présente rencontre, le cadre du dialogue qui doit se poursuivre. Il s’agit donc du gouvernement, des six partis invités et des deux (2) associations de femmes. »

L’UFC n’a cessé de dire qu’étant donné la confusion dans laquelle se déroulait cette rencontre sans ordre du jour précis, où l’on parlait de tout à la fois, il fallait éviter de se quitter sur des malentendus.
Le cadre accepté par l’UFC pour le dialogue est le cadre prévu à l’engagement 1.1 : « le gouvernement, l’opposition traditionnelle et la société civile ».

« L’Opposition traditionnelle » est composée de 5 partis. Le RPT ne fait pas partie de « l’opposition traditionnelle ». Il ne peut participer à cette reprise du dialogue qu’au titre de la Mouvance présidentielle (Gouvernement, RPT et alliés) aux côtés de « l’opposition traditionnelle » et de la société civile.
- Le Gouvernement rapporte que le Président du CAR a déclaré : « En poussant la réflexion plus loin, on constate finalement que la discrimination ethnique joue un rôle majeur dans le mal togolais, tout comme au Burundi ou en Afrique du Sud. »

L’auteur de l’intervention incriminée n’a jamais fait état de discrimination ethnique s’agissant du Togo. Il a dit que le Togo « est un pays à base de discrimination » et qu’il fallait attaquer le mal à la source. L’indignation suscitée par cette intervention est disproportionnée par rapport à la thèse que l’auteur a développée.

- Le Gouvernement rapporte : « Après de longs échanges auxquels ont pris part les autres délégations. »

Toutes les délégations n’ont pas pris part aux échanges suscités par l’intervention sur la discrimination dans le pays. Certaines délégations ont même demandé d’y mettre fin. Cette phrase est donc inexacte.
- Le Gouvernement rapporte : « Le Premier Ministre a rappelé que la réunion de ce jour est une réponse à l’engagement 1.1 qui suggère que le dialogue rassemble l’opposition traditionnelle et la société civile. Il s’agit donc pour le gouvernement d’un cadre restreint qui n’est pas définitif car dans son entendement, le dialogue doit rester ouvert, permanent et sans exclusive en tenant compte de l’apparition de nouvelles forces dans le pays qu’elles soient politiques ou de la société civile. »

Ce paragraphe est un chef-d’œuvre de circonlocutions qui démontrent la confusion entretenue par le gouvernement lors de cette rencontre. Il n’est pas possible de prétendre que « l’engagement 1.1 suggère. » Un engagement ne peut suggérer, il ne peut qu’imposer. En outre, « le dialogue ouvert, permanent et sans exclusive » est en totale contradiction avec le dialogue de l’engagement 1.1. Voilà ce que l’UFC a eu à répondre à cette affirmation et qui ne figure pas dans cette « synthèse ».

4- Les inexactitudes dans la conclusion

- Le Gouvernement conclut : « Le cadre du dialogue retenu : Globalement, les participants ont convenu de faire du cadre de la présente rencontre, le cadre du dialogue qui doit se poursuivre. Il s’agit donc du gouvernement, des six partis invités et des deux (2) associations de femmes. » Ceci est inexact.

Comme indiqué plus haut, le cadre retenu est celui de l’engagement 1.1 avec comme participants, le gouvernement, les 5 partis de l’opposition traditionnelle et la société civile. Le choix des participants au titre de la société civile n’a même pas été discuté. Ce qui veut dire qu’aucun accord n’est intervenu sur les deux associations REFAMPT et GF2D. Car il n’appartient pas au gouvernement, composante de la Mouvance présidentielle, de retenir seul les deux membres de la société civile.

- Le Gouvernement conclut : « Le gouvernement écoutera les autres acteurs politiques et versera les conclusions au débat. »

Ce qui a été suggéré par la délégation de l’UFC pour empêcher le gouvernement de prétendre organiser un dialogue à plusieurs niveaux, est que le gouvernement verse le résultat de ses précédentes consultations tous azimuts au cadre du dialogue et si nécessaire, que le dialogue lorsqu ‘il s’ouvrira, recueille les futures contributions écrites éventuelles pouvant émaner de la société civile.

- Le Gouvernement conclut : « Le contenu du dialogue repose essentiellement sur les engagements auxquels pourraient être associés des questions qui leur sont proches. »

Une telle formulation prête à confusion. Il est clair qu’un dialogue sérieux pour être crédible doit pouvoir se pencher sur des questions visées ou non par les 22 engagements et dont la solution pourrait permettre un apaisement de la situation politique. L’UFC a indiqué que le dialogue devra avoir deux objectifs fondamentaux : permettre un assainissement de la situation politique et l’organisation d’élections libres, transparentes et démocratiques.
Si le gouvernement veut réduire le contenu du dialogue à l’exécution des 22 engagements, il devrait accepter, afin que les choses soient claires, que l’ordre du jour de l’engagement 1.1 relatif au dialogue aborde tous les sujets concernant l’apaisement de la situation politique et les élections.

- Le Gouvernement conclut : « Un Comité préparatoire n’est pas nécessaire ». Ceci est inexact. Il a été dit que le cadre retenu dans l’engagement 1.1 peut remplacer le Comité préparatoire si le gouvernement ne veut pas du Comité préparatoire.

- Le Gouvernement conclut : « Le gouvernement aura la maîtrise de l’application des décisions en rapport avec le contenu et les contraintes de temps des engagements. »

Prétendre qu’un tel accord a été obtenu est inimaginable. Cela discrédite toute cette « synthèse » qui n’est finalement faite que de contrevérités. Car les partis représentatifs de l’opposition ont opposé une fin de non recevoir catégorique à cette vue du gouvernement, qui ne serait qu’une exécution léonine des engagements souscrits et n’aurait aucune justification dans le contexte de crise de notre pays.

En réalité bien qu’il soit trop tôt pour débattre d’un tel sujet, la préparation du dialogue étant à ses balbutiements, l’UFC, le CAR et la CDPA ont fermement rejeté cette vue du gouvernement.

Qu’auraient donc conclu les rédacteurs de la « synthèse » si l’opposition, estimant qu’il n’était pas opportun de répondre à cela, avait réservé sa réponse pour le moment où la question viendra à l’ordre du jour du dialogue, lorsque celui-ci commencera réellement ?

Pour conclure sur nos observations

Il est clair que ce ne sont pas les engagements pris par le gouvernement à Bruxelles le 14 avril 2004 qui sont ambigus parce que mal rédigés, mais c’est le gouvernement qui s’ingénie à user, comme d’habitude, de manœuvres dilatoires pour éviter de mettre en oeuvre ces engagements.

Il est temps que le gouvernement cesse de perdre du temps en répétant que « le dialogue est ouvert, permanent et sans exclusive ».

Il est temps que le gouvernement cesse de répéter que le « dialogue doit être essentiellement thématique. »

Il est temps que le gouvernement cesse de semer la confusion en faisant usage, à tort et à travers, du mot dialogue qui ne doit être réservé qu’à la rencontre entre le « gouvernement, l’opposition traditionnelle et la société civile », telle que prévue à l’engagement 1.1. Ce dialogue, dans l’esprit de l’UFC ainsi que dans celui des autres partis les plus représentatifs de « l’opposition traditionnelle », n’a pas commencé.

Il est temps que le gouvernement cesse de dire une chose et son contraire en déclarant que le cadre est retenu dans le même temps qu’il affirme que le cadre n’est pas définitif !

Les manœuvres dilatoires du gouvernement ayant échoué, celui-ci doit accepter courageusement la « reprise du dialogue » interrompu avec « l’opposition traditionnelle » et accepter un ordre du jour qui traduise une volonté de résoudre la crise togolaise par un réel dialogue national. L’UFC n’acceptera pas un semblant de dialogue parce que c’est l’avenir du Togo et de tout son peuple qui se joue.
Le gouvernement a déjà fait perdre sciemment, environ 5 mois à la reprise du dialogue. Si certains délais ne peuvent être tenus, s’agissant notamment des engagements qui relèvent du dialogue, ce serait la faute exclusive du gouvernement. Le gouvernement ne peut tirer prétexte de cette situation, créée exprès, pour bâcler la tenue d’un dialogue véritable et compromettre ainsi le nécessaire assainissement de la situation politique et l’organisation d’élections libres, démocratiques et transparentes, élections dont les résultats doivent être conformes à la volonté populaire et acceptés par tous.

L’UFC réaffirme que « l’opposition traditionnelle » est partie prenante au dialogue : au choix des représentants de la société civile, à l’élaboration de l’ordre du jour, à la direction du dialogue, et à l’application des décisions du dialogue.

L’UFC reste disponible et ouvert, mais fera preuve d’une grande vigilance et d’une grande fermeté.

Lomé, le 7 septembre 2004

Pour le Bureau National,
Le Premier Vice-Président,
Emmanuel AKITANI BOB

 

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