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Le couac belge de Charles Debbasch

par L'Express (France) , le 18 mai 2007, publié sur ufctogo.com

Poussé dans l’ombre de nombre de potentats africains, dont, dernier en date, le président togolais Eyadéma, Charles Debbasch a été arrêté à Bruxelles à la demande de la justice française, qui l’a condamné en 2005 à deux ans de prison pour des malversations financières. Portrait d’un conseiller très spécial.

 

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Le juriste égaré en aura-t-il jamais fini avec la justice ? Comme le révèle ce lundi le quotidien Libération, le Français Charles Debbasch, 69 ans, conseiller juridique de la présidence togolaise, a été interpellé le 16 mai à l’aéroport de Bruxelles, en vertu d’un mandat d’arrêt délivré à Paris. Condamné le 11 mai 2005 à deux ans de prison - dont un ferme - pour un détournement d’œuvres d’art d’un montant estimé à plus de 400 000 euros au détriment de la Fondation Vasarely, le "doyen Debbasch" a été remis en liberté dimanche, avec obligation de rester sur le territoire belge dans l’attente d’une décision des autorités hexagonales.

40 ans de droit, tout le reste de travers

Quoi qu’il en dise, le chef d’orchestre de la pantalonnade constitutionnelle qui, voici deux ans, déblaya au profit de Faure Gnassingbé le chemin menant au trône de son père, décédé en février 2005, se sent un peu à l’étroit dans son exil doré de Lomé. De la Libye au Burkina Faso, il accompagne volontiers l’héritier hors les murs. On l’a ainsi croisé fin septembre 2006 à Bucarest (Roumanie), théâtre du 11e sommet de l’Organisation internationale de la francophonie, en compagnie de sa fille Sophie, danseuse classique établie sur les bords de la Tamise, et du concepteur, français lui aussi, du site officiel republicoftogo.com. De même, en avril de la même année, il a séjourné à Paris sans encourir une mise à l’ombre instantanée, et ce en vertu d’une disposition de la loi dite Perben II. L’article 723-15 du Code de procédure pénale dispose en effet que tout condamné à une peine de prison inférieure ou égale à un an peut obtenir la levée du mandat qui le vise pour examiner in situ l’éventuel aménagement de son châtiment ou ses modalités. La rumeur, que l’intéressé ne dément que mollement, lui prête d’autres escapades en France, illégales celles-là, via Londres notamment.

Puisque Charles Debbasch se prévaut dans l’épreuve d’un inaltérable sens de l’humour, il nous pardonnera d’emprunter à Coluche la boutade qu’inspire sa trajectoire : quarante ans de droit, et tout le reste de travers. Car son épopée, romanesque et tragi-comique, est avant tout l’histoire du dévoiement d’un talent hors norme. L’ascension du gamin chétif natif de Tunis fut météorique. Chargé de mission au cabinet d’Edgar Faure, alors ministre de l’Education, en mai 1968, Debbasch fut aussi dix ans plus tard conseiller à l’Elysée sous Valéry Giscard d’Estaing. Mieux, ce bosseur, virtuose de la jurisprudence et du droit constitutionnel, décroche à 36 printemps la présidence de l’Université d’Aix-Marseille-III. Il prétendra même avoir formé un tiers des magistrats tricolores. Des décennies plus tard, ses anciens élèves louent encore le savoir-faire d’un pédagogue dont la virtuosité envoûtait les amphis. L’aura de ce surdoué ne tarde pas à franchir les frontières. Il sera ainsi, à la demande du roi Hassan II du Maroc, le précepteur du futur Mohammed VI. Mais avant d’oeuvrer dans l’ombre de Gnassingbé Eyadéma, il jouera avec des fortunes diverses les marabouts blancs auprès du Tunisien Habib Bourguiba, du patriarche ivoirien Félix Houphouët-Boigny et de son successeur Henri Konan-Bédié, ainsi que du Congolais Denis Sassou-Nguesso.

L’emprise de Debbasch sur la dynastie togolaise aura donc survécu à son protecteur, l’ancien sergent-chef de l’armée coloniale Etienne Eyadéma, rebaptisé entre-temps Gnassingbé. A tel point que dès le lendemain d’une élection tumultueuse et entachée de fraudes, le fils confirme par décret l’ami Charles dans ses fonctions de conseiller juridique de la présidence, avec rang de ministre. Mieux - ou pis - Faure Gnassingbé adresse au début de l’été 2006 à Jacques Chirac un courrier lui suggérant de coucher le nom de son mentor sur la liste des amnistiés du 14 juillet... Le Château se bornera à accuser réception. D’autant que règne alors à la cellule africaine de l’Elysée un autre Aixois, Michel de Bonnecorse, que "le doyen" poursuit d’une haine vigilante.

S’il s’estime victime d’un ignoble complot, allant jusqu’à assimiler le verdict de l’affaire Vasarely à un "Outreau culturel", s’il endosse volontiers le cilice du martyr, s’il se montre volontiers féroce pour ses frères humains, Charles Debbasch chérit le règne animal. Le juriste déchu vénère notamment les yorkshires, chiens d’agrément au long pelage fin et soyeux, au point d’avoir consacré un hommage posthume et littéraire à son regretté Love. On l’a vu aussi, à l’aube d’un jeudi de juillet 2006, échanger quelques civilités avec un perroquet gris à queue rouge, fétiche de l’hôtel le plus huppé de Kara, au nord du Togo, bastion du clan Eyadéma.

Doté d’un esprit vif et ironique, le frêle sherpa de Lomé peut avoir la rancune tenace : pour l’avoir égratigné dans un ouvrage paru en janvier 2007 chez Fayard - Les Sorciers Blancs, Enquête sur les faux amis français de l’Afrique - l’auteur de ces lignes a eu droit à un papier rageur et infamant, diffusé sous pseudonyme sur le site Web de la présidence togolaise et obligeamment repris depuis lors dans quelques feuilles ouest-africaines...

Vincent Hugeux

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