Gilchrist Olympio

« Le combat politique est difficile mais nous devons persévérer malgré les déceptions »

par Liberté Hebdo (Togo) , le 16 février 2008, publié sur ufctogo.com

 

Bonjour M. Gilchrist Olympio. Le 22 janvier 2008, vous avez eu des entretiens avec les autorités allemandes à Berlin. Vous venez également de rencontrer le ministre allemand des Affaires Etrangères Frank Walter Steinmeier à l’occasion de sa visite à Lomé. Quelles sont les préoccupations que vous avez partagées avec vos interlocuteurs ?

Je voudrais avant tout féliciter les autorités allemandes pour cette visite de haut niveau, qui permettra sans doute de renouer l’amitié traditionnelle entre la République Fédérale d’Allemagne et le Togo.
J’ai eu à Lomé, des discussions approfondies avec le Vice-chancelier, Ministre fédéral allemand des Affaires étrangères, Docteur Frank Walter Steinmeier. Mais auparavant j’ai été très longuement reçu à Berlin par Dr Gernot Erler, Vice-ministre fédéral allemand des Affaires étrangères. Ces rencontres nous ont permis de faire le point de la situation politique au Togo suite aux élections législatives du 14 octobre 2007.

Nous avons très clairement exprimé à nos interlocuteurs les préoccupations des populations togolaises défendues par l’Union des Forces de Changement (UFC) et contenues dans le mémorandum que nous avons remis au Vice-Chancelier. Ce document porte sur les actions concrètes à mener de manière consensuelle. Il vise l’adoption et la mise en œuvre rapide des réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’Accord Politique Global (APG). Il vise également la mise en œuvre sans délai des recommandations pertinentes des deux rapports des missions d’observation de l’Union Européenne ainsi que du rapport d’établissement des faits des Nations Unies sur l’élection présidentielle d’avril 2005 auxquels l’UFC adhère pleinement.

Nous leur avons rappelé que les risques liés aux prochaines élections, notamment la présidentielle de 2010, exigent de la part de la communauté internationale une attention particulière quant à l’amélioration du cadre électoral ainsi que les conditions de préparation et d’organisation des prochains scrutins, que nous souhaitons réellement transparents, équitables et sans violence.

Avez-vous le sentiment qu’ils vous ont bien écouté et qu’il y aura un apport de l’Allemagne dans l’enracinement de la démocratie et de l’Etat de droit au Togo ?

Nous nous félicitons de l’intérêt que la République Fédérale d’Allemagne a toujours porté à notre pays et de sa disponibilité à l’accompagner dans cette phase cruciale de réformes politiques nécessaires à l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit au Togo.

En effet, les autorités allemandes nous ont donné l’impression de maîtriser parfaitement le dossier togolais. Tout particulièrement le Vice-chancelier allemand qui est une personnalité européenne de premier rang. En bon démocrate, il a souligné au cours de nos entretiens que : « la démocratie exige le respect des droits de ceux qui ne sont pas au pouvoir ».

Il y a un mois, vous avez tenu à Lomé une conférence de presse au cours de laquelle vous avez exprimé le souhait d’avoir des discussions bilatérales entre votre parti et le RPT, les deux principales forces politiques au Togo. Comment se présente ce dialogue et quels sont les sujets qui seront traités ?

A l’UFC, nous avons pris la mesure des résultats des dernières élections législatives, résultats qui nous sont imposés par le pouvoir en place, j’allais dire de facto puisque, comme vous le savez, nous les contestons en raison des diverses fraudes et dysfonctionnements qui ont émaillé le processus. Ces résultats font néanmoins de l’UFC et du RPT, les deux principales forces politiques du pays en raison du nombre de suffrages obtenus (environ 9 00 000 voix chacune). A partir de ce moment, il est normal que nos deux formations discutent dans un cadre bilatéral, des grandes questions qui engagent l’avenir du pays.

Aujourd’hui de nombreux sujets d’intérêt national restent encore à discuter dans le domaine des réformes constitutionnelles et institutionnelles, de l’impunité, des droits de l’homme, de la sécurité des populations togolaises, etc.

Cette proposition a provoqué des remous au sein de la classe politique nationale. Les autres partis de l’opposition ont exprimé leur désapprobation face à cette démarche qu’ils considèrent comme contraire à l’esprit et à la lettre de l’APG. Ils pensent notamment que l’UFC cherche à écarter les autres entités. Qu’en dites-vous ?

En réalité, nous ne faisons que poursuivre avec le RPT les discussions bilatérales entamées depuis San’Egidio.

Un cadre de discussions bilatérales UFC/RPT n’est dirigé contre personne et n’exclut personne. L’objectif évident d’une telle démarche est d’aplanir les difficultés et de faciliter l’adoption et la mise en œuvre des grandes réformes prévues par l’APG, dans l’intérêt bien compris des populations togolaises. Il importe donc que la classe politique nationale accompagne cette démarche dans un esprit de sérénité et de responsabilité.

De toutes les façons, le RPT reçoit bien les partis politiques qu’il souhaite. Quant à l’UFC, elle n’empêche personne d’avoir des discussions avec le RPT.

Il y a quelques jours, le pouvoir a commémoré le 13 janvier, une fête qu’il a placée cette année sous le signe de la sobriété. En lieu et place de cette célébration, vous demandez qu’une « enquête internationale soit ouverte pour que les auteurs de ce crime soient retrouvés et poursuivis même s’ils sont dans leur tombe ». Est-ce la meilleure façon d’aborder la question de l’impunité et le processus de réconciliation au Togo ?

Contrairement au régime RPT qui en a fait une fête, à l’UFC nous avons toujours commémoré, dans le recueillement, le 13 janvier qui est la date anniversaire de l’assassinat du premier Président du Togo indépendant, démocratiquement élu.

Placer, cette année, le 13 janvier sous le signe de la sobriété ne rétablit en rien la vérité historique et ne contribue pas non plus à la lutte contre l’impunité. Car c’est de cela qu’il s’agit.

Les populations togolaises ont le droit de savoir ce qui s’est réellement passé le 13 janvier 1963 et de connaître les tenants et les aboutissants de tous les autres crimes qui ont jalonné l’histoire récente de notre pays et qui sont restés impunis, y compris les crimes économiques.

Un responsable de parti politique a affirmé récemment que vous avez l’aura de Nelson Mandela mais que vous l’exploitez mal. Comment appréciez-vous cette remarque ?

Nelson Mandela est un grand homme d’Etat africain dont l’aura dépasse largement les frontières de son propre pays l’Afrique du Sud et celles de l’Afrique tout entière. Me comparer à cet homme est un compliment qui me touche profondément. Encore faut-il que le responsable politique qui fait cette déclaration prenne la juste mesure des enjeux nationaux et apporte une contribution franche et conséquente à la lutte commune pour le véritable changement que le peuple togolais appelle de ses vœux.

L’ANC tout comme l’UFC a eu à mener une longue lutte pour la dignité de son peuple. Le parti de Nelson Mandela a su réconcilier les populations sud-africaines et dirige avec détermination, ce grand pays africain depuis près de 15 ans. Ce qui suscite respect et admiration dans le monde entier.

Les actions et la vision de l’UFC s’inscrivent dans le même sens, bien sûr dans un environnement politique différent.

Que dites-vous quand le même responsable vous accuse d’avoir une conception biologique de la lutte politique et de vous employer à éliminer les autres leaders ?

Ce responsable politique n’a certainement pas les mêmes repères que nous et ne se retrouve nullement dans les valeurs d’Ablodé que nous défendons. C’est son droit !

Le combat de l’UFC dont la cible est bien connue des populations togolaises puise sa force dans la pure et authentique tradition d’Ablodé qui a mobilisé le peuple togolais dans sa lutte pour l’indépendance. L’Ablodé s’illustre par une quête permanente de liberté, de démocratie, de progrès social, de justice et de paix.

Depuis quelques jours, certains de vos collègues du Bureau national affirment que vous êtes le candidat naturel du parti à l’élection présidentielle de 2010. Vous confirmez ?

Tous les premiers responsables de partis politiques ont cette lourde responsabilité d’être le porte-flambeau de leur parti. Il n’y a rien de plus naturel. Ceci dit, je rappelle que l’UFC est un parti démocratique. Le moment venu, le congrès du parti décidera en toute souveraineté.

Est-ce que vous pensez que vous allez remplir les conditions contenues dans la Constitution actuelle ?

Je suis surpris que vous me posiez cette question. Notre principale préoccupation est de parvenir à doter notre pays de lois justes et équitables pour tous, et non au gré des circonstances et des personnalités. La réconciliation nationale dont tout le monde parle, exige l’abrogation des mesures discriminatoires introduites unilatéralement par le régime RPT dans le cadre électoral.

La Constitution et le Code électoral, dans leur état actuel, fourmillent d’imprécisions, d’ambiguïtés et d’incohérences suite aux nombreux tripatouillages qui rendent ces deux textes inacceptables pour le peuple togolais.

Dans ce contexte, l’organisation d’élections transparentes et crédibles requiert un cadre électoral transparent et non discriminatoire, purgé de toutes les dispositions antidémocratiques et d’exclusion, pour permettre à tous les Togolais de se porter candidats.

D’ici là, quelles sont les actions que vous comptez mener tant envers le peuple qu’en direction des autres partis de l’opposition ?

D’abord et avant tout, remercier les populations togolaises pour leur courage, leur dévouement, leur disponibilité et leur mobilisation permanente. Elles sont à la fois notre repère et notre appui.

Nous devons également les appeler à surmonter leurs déceptions et frustrations pour une mobilisation encore plus accrue dans la perspective des prochaines échéances électorales.

Les suffrages qu’elles ont massivement portés sur nous lors des dernières élections législatives, nous confient le leadership de l’opposition. L’UFC entend jouer pleinement ce rôle en oeuvrant inlassablement au rassemblement des forces de changement. De nombreux contacts sont pris dans ce sens.

L’UFC, votre parti, est souvent accusée de ne s’intéresser qu’à la politique et de délaisser les questions économiques, sociales…Votre réaction ?

Je voudrais tout d’abord dire que la politique est avant tout un combat pour le bien-être des populations.

Notre pays vit une crise politique profonde depuis des années et les graves difficultés que connaissent nos populations au quotidien procèdent de la crise politique.

C‘est à partir de cette analyse politique que l’UFC a conçu et adopté un manifeste qui est son engagement pour contribuer au développement économique et social du pays.

Ceci dit, mon parti a saisi l’occasion du vote de la Loi de finances gestion 2008 pour relever que non seulement les ressources budgétaires ont été insuffisamment mobilisées mais aussi mal affectées oubliant la misère dans laquelle croupissent les populations. On ne peut donc pas dire que nous négligeons l’économique et le social au profit du politique. Tout est intimement lié.

Au cours de la rencontre avec le ministre allemand, vous avez évoqué la question de la pauvreté au Togo. Dites-nous comment se présente la situation et les actions que vous comptez mener ?

Après plus de quarante années d’indépendance, malgré les efforts et les sacrifices consentis par le peuple togolais pour le développement, près de 80% de la population vit aujourd’hui en dessous du seuil de la pauvreté.

Cette situation de précarité s’est considérablement aggravée aujourd’hui avec la hausse vertigineuse des prix des produits de première nécessité.

Nous pensons que pour sortir notre pays de la crise économique et sociale et permettre à nos populations d’accéder rapidement à des conditions de vie décentes, il faut engager des politiques volontaristes de croissance et de bonne gouvernance avec notamment, des actions urgentes en direction de l’agriculture, du développement rural et des services urbains, prendre des mesures d’assainissement des finances publiques, restructurer les entreprises du secteur public et soutenir le secteur privé.

Il faut aussi mettre en œuvre une vraie réforme agro foncière qui tienne compte de nos traditions pour faciliter l’accès à la terre et protéger les intérêts de groupes vulnérables.

Il faut par ailleurs mettre en place, dans le cadre d’une politique effective de décentralisation, des plans d’action régionaux et des fonds régionaux de développement pour donner aux communautés les moyens de s’organiser, de renforcer leurs capacités et de s’intégrer pleinement à la vie économique et politique du pays.

Un message à l’endroit de la population ?

Aujourd’hui, le peuple togolais est conscient de ce qui bloque son développement et en même temps il sait dans quelle direction il oriente son destin. C’est ce qui l’a motivé à voter massivement une fois encore pour l’UFC.

Le combat politique est difficile mais nous devons persévérer malgré les déceptions.

Nous savons que la stratégie de refus de l’alternance démocratique mise en œuvre par le régime RPT vise à décourager les populations de soutenir le véritable changement en votant UFC.

Nous devons continuer la lutte en vue d’obtenir le véritable changement nécessaire au bien-être et à l’épanouissement de tous.

Réalisée par Amétépé M. & Zeus A.

 

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