Les faits

Le Traumatisme d’Atakpamé ou les carnages commandités par Kouloum Bilizim

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 9 février 2007, publié sur ufctogo.com

Kouloun Bilizim et ses acolytes sont responsables de graves et massives violations des droits de l’homme dans la région d’Atakpamé. Sans exagération, les événements d’ Atakpamé, tels que décrit plus bas, sont des crimes contre l’humanité ainsi que le définit l’article 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale en 1998
(http://www.icc-cpi.int/library/abou...).

Pourtant, ce sinistre personnage qui est jusqu’à ce jour membre du comité central du RPT circule en toute liberté, assuré de son impunité. L’homme est encore bien en cour : il est souvent reçu par Faure Gnassingbé, comme si de rien n’était !
Les victimes et leurs parents attendent toujours que justice soit faite ; Elle le sera de toute nécessité, car, les crimes commis à Atakpamé sont imprescriptibles. Qu’on se le tienne pour dit !

 

Témoignage d’un militant reçu le 06 mai 2005

Atakpame : un Etat dans l’Etat

En effet, la population d’Atakpame subit continuellement un double effet de la dictature du régime totalitaire en place.
Il existe dans cette préfecture, un groupe d’hommes dont les lois surpassent celles de l’Etat. En voici les noms par ordre d’importance :
- Ex major de la gendarmerie, accesseur de la famille Gnassingbé, coordinateur du RPT dans la préfecture de l’Ogou : M. Kouloum M’ma Bilizim
- Mr Abou Kérim ( libanais)
- Mr Arouna ( mairie d’Atakpame)
- Mr Agba ( SOTOCO)
- Mr Fabien
- Mr Tabo ( ex directeur du CEGA)

Les actes que ces messieurs ont posé sont multiples.
Tout a commencé à partir de la révision des listes électorales. Ainsi, Kouloum a mis toutes stratégies en place pour empêcher une bonne révision des listes électorales.

Il a fait positionner des éléments bien préparés pour faire du mauvais travail. Ce qui n’a pas plu aux jeunes de l’opposition et ensuite à la population d’Atakpamé.
Les premiers troubles ont occasionné la fermeture de certains centres tels que l’E.P.P. de Djama Aféye-Kpota, du quartier Gnagna de la mairie.
Il y a eu de sérieux accrochages, ce qui nous a emmené à une réunion tenue à la Préfecture en présence du Préfet lui-même.

L’ordre du jour n’est pas encore proposé au moment où Mr Kouloum a trouvé un motif pour accuser l’opposition.
Mr ATSIKI (ex-gendarme) qui était du côté de la coalition ne lui avait pas permis de nous écraser.
Ce qui s’est dégénéré en une véritable dispute où ils se sont jetés l’un sur l’autre jusqu’au balcon et finalement dans la rue. Toute la Préfecture en est témoin.
Et donc, nous nous sommes séparés en queue de poisson.

En conclusion, c’est un acte bien prémédité pour nous faire perdre le temps pour mieux s’organiser et sensibiliser la population.
Très inquiet, une délégation a fait le porte à porte au niveau de tous les chefs et chefs cantons de la commune. Tout ceci dans l’optique de bénéficier leur influence sur KOULOUM. Ainsi la même réunion est refixée puisque les incidents graves se succèdent toujours les uns aux autres dans toute la ville.

Mais cette fois-ci, la délégation est plus forte.
Elle est composée des membres du bureau exécutif de la Coalition, de KOULOUM et ses collaborateurs précités, du Préfet, du Procureur, du Commissaire, du commandant de la gendarmerie anti-émeute, du président du tribunal, des chefs et chefs cantons.
Un accord de non-agression s’en est découlé.
Il est question de former une Commission de contrôle de la ville. Elle est composée de deux membres de l’opposition et de deux du RPT.

Tout est toujours difficulté, véritable peine perdue, temps perdu.
La tension n’a jamais arrêté de monter. Ainsi toute la ville a décidé de marcher sur KOULOUM et ABUKERIM en intense activité de différentes sortes d’agressions de leurs milices.
Mais le Bureau exécutif de la Coalition a toujours empêché des actes de violence...
Mais finalement, elle ne nous écoute plus tellement et nous accuse d’être de mèche avec le RPT.
Ce qui nous a obligé à inviter le Premier ministre à être lui-même là pour rassurer la population des actes néfastes de KOULOUM et ABUKERIM(libanais).

Alors, nous nous sommes retrouvés avec le P.M. dans la salle de la SOTOCO.
Notons que la délégation n’a pas changé.
Le P.M. y a fait le joli cœur en nous affirmant qu’il ne cautionnerait pas qu’on détruise son propre milieu.
Ainsi, un protocole d’accord est sorti. Ceci a été signé par tous sauf nous autres. Car nous y avons constaté des insuffisances.
Et effectivement, la violence et intimidation font leur chemin. Notons que cette bonne volonté du P.M. est très fausse. Vous comprendrez plus loin.
Mais le climat de plus en plus tendu a obligé la délégation de se retrouver pour plus d’assurance.
De nouvelles garanties y sont ajoutées. Et nous avions à l’unanimité signé ce protocole d’accord qui a été lu à la radio-télévision.

Quelques jours après, des rapports nous arrivent de tous les coins au sujet des organisations militaires que font KOULOUM et ABOUKERIM.
En effet, KOULOUM encadre simultanément deux groupes de milices en formation.
- le premier groupe est formé en pleine ville. Dans la splendide maison du Feu président, derrière la piscine de la SOTOCO. Là, on leur donne des consignes, le plan d’action et l’entraînement aux armes blanches. Le nombre de milices devient de plus en plus important et la même formation se poursuit au siège du RPT, proche du lycée d’Atakpamé.
- Le 2ème groupe est formé plus loin. Probablement dans une des propriétés du feu président car KOULOUM en est le surveillant général. On peut compter plus d’un millier. On les a vu se déchaîner sur la population.
N.B. KOULOUM a toujours utilisé les camions et les bachées de la SOTOCO pour ces genres d’activité. Il va ramasser ces jeunes à Blitta, Sotouboua et leurs villages environnants jusqu’à Anié.

Peu avant la clôture de la révision des listes électorales, le Premier ministre est revenu à Atakpamé. Pas en visite officielle, mais comme membre du RPT. Il est venu encore ajouter l’huile au feu.
Il était accompagné de KOULOUM, FABIEN, AROUNA, de TABO, du Commissaire et de quatre policiers.
Il a choisi d’aller dans les centres où il y a eu de sérieux accrochages. Exemple : EPP du camp( en face du stade d’Atakpame).
Voici la déclaration du P.M. : « nous avons appris que les gens d’ici ont la tête dure. Nous avons eu à casser des maisons dans ce pays. Nous avons eu à tuer des gens dans ce pays. Il est dit dans la Bible : « si quelqu’un te gifle, il faut lui retourner la seconde joue. Mais moi je donne trois répliques ». Sil le faut, nous allons tuer des gens, nous allons rentrer dans les maisons et y semé de la terreur. »
Ensuite, il a demandé à ses sympathisants de bien travailler, en leur donnant une somme de 50.000. Et à Mr KOULOUM d’ajouter : « on ne prend pas notre argent pour rien. »
Ainsi, la visite des différents bureaux de vote a suivi de la distribution de la même somme a commencé dans toute la commune.
Cette dernière visite du P.M. a eu des conséquences très négatives sur la population d’Atakpamé.
Notons qu’il y a un important stock d’armes à Atakpamé(œuvre de KOULOUM).
En conclusion partielle, KOULOUM ne respecte pas les ordres, quelque soit leur provenance.

Période électorale

Elle est émaillée de difficultés. Deux enlèvements , quelques jours avant le scrutin. Cette opération a eu lieu à Awagome (banlieue d’Atakpame).
Les deux hommes sont ramenés à Lomé II. Un a retrouvé la vie, mais le deuxième non.
A la veille du scrutin, à 21 heures, un militaire du camp de Témédja est venu nous voir au siège.
Il nous a averti en confirmant que cinq gros camions de la SOTOCO et une dizaine de bus 15 places sont remplis d’hommes, en direction de Lomé. Il nous avait demandé de tout faire pour avertir Notsé et Tsévié pour qu’ils les interceptent. Mais il faisiat trop nuit pour réussir cette opération.

Le scrutin s’est déroulé dans de très mauvaises conditions à Atakpamé. En effet, tous les soupçons sont confirmés ce jour-là.
A partir de 14 h 00, les machines de fraude ont augmenté leur accélération. D’incroyables fraudes s’enregistrent dans tous les Bureaux de vote.
Tout a commencé avec l’entrée dans la ville d’une camionnette pleine d’étrangers venant du Mali et du Niger. Ces derniers sont dans les locaux du barrage Nangbéto. Spécialisés dans la pêche. Il y a aussi les éleveurs de bovins. La camionnette fut interceptée à Atsrimikomé. La grande bataille a donc commencé. Etant armé ; ils avaient commencé à tirer dans la foule, tuant quelques uns. Ce qui leur a permis de fuir. Mais les jeunes ont tué trois d’entre eux et le véhicule brûlé.

Mr Adjankari, chef d’Ahoyo s’est donné le droit de s’installer dans l’isoloir pour forcer les habitants du village à voter en faveur du RPT.
Je ne peux citer que ces exemples, parmi tant d’autres.
Notons que le véhicule brûlé appartient au libanais Aboukérim.
4 autres véhicules ont été brûlés dont un du ministre Méyisso(ancien ministre) ; il a lui aussi organisé des fraudes massives à Hihéatro.
Celui de l’ancienne ministre Ihou Apoline y est aussi passé, et deux de Kouloum, contenant parait-il une somme de 17.000000 F CFA.
La station « Radio la Paix » a été détruite le même jour.
Pour ce jour, il y a eu 16 morts.
Il est à noter, la violence exercée sur certains membres de bureau de vote.
Ainsi, à Anié, certains fanatiques du RPT appuyés par les forces de l’ordre, ont semé de la terreur et donc les membres des Bureaux de vote ont pris la fuite. Ce qui leur a permis de faire le bourrage d’urnes et de trafiquer les résultats sur les procès-verbaux.
Tout ceci est vérifiable dans la deuxième circonscription électorale de la préfecture de l’Ogou.
Sur plus de vingt bureaux de vote, la coalition n’a qu’une seule voix.
La différence de voix démontre qu’il y a fraude.
Exemple : tous les candidats ont 00 voix. Faure 750, Bulletin nul 00. chose impossible nulle part au monde.
La même chose s’est passée à Awagome où un gendarme a tiré sur l’épaule d’un membre de bureau de vote. Tous ont pris la fuite. Ils y ont fait encore du « choux gras ».
La même chose s’est produite dans les bureaux de vote d’Agbonou CEET où le chef de file de Kouloum dénommé Yoro a tiré dans les Bureaux de vote à partir de 16 heures. Les membres des bureaux de vote ont également pris la fuite.
La nature des résultats dans ces centres confirme ce qui vient d’être relaté.
Dès lors, la fusillade a commencé surtout à Agbonou, le fief de Kouloum et Aboukérim.

Il est impossible à nos membres de nous joindre avec les résultats et les procès-verbaux.
En effet, Kouloum a ordonné à ses milices armées au premier abord de gourdins d’empêcher les nôtres de remettre les résultats.
Ainsi, toutes les lignes des collectes de résultats que nous avions établies sont très perturbées.
D’où la nécessité de demander à nos militants d’appuyer les personnes déléguées pour faire les collectes des résultats.
Malgré ce grand effort, il y a eu des incidents graves.
Les trois personnes qui nous apportent les résultats de Gléï et d’Avêtè sont assassinées à l’entrée d’Agbo.
Ce fut le carnage. Les milices de Kouloum les ont intercepté et mis en morceaux à l’aide de leur hache et coupe-coupe.
Deux sont morts sur place. Impossible de soulever les corps. On les a ramassé dans des bassines. Le troisième a succombé avant d’arriver à l’hôpital.
Les preuves sont là. Il suffirait d’envoyer des enquêteurs à Gléï et à Avêtè pour s’en rendre compte.

La même pression est exercée sur la population des villages éloignées. Tout cela est facile pour eux, car tous les véhicules de la SOTOCO sont au service de Kouloum et ses milices en complicité avec certains agents de cette société.

Nous n’avons jamais eu la paix de travailler au siège. Car les milices de Kouloum essaient toujours de nous envahir par intermittence, mais ils se trouvent refoulés par la population.

N.B. il est nécessaire de démontrer que tout ce qui s’était passé à Atakpamé est prémédité, programmé et bien planifié par Kouloum et ses suites. Tout ceci exprès pour pouvoir faire tuer instantanément les membres actifs de la Coalition et ceci de façon synchronisée. Car, il est aussi question de faire tuer les personnes habillées de jaune, lors de la grande campagne présidentielle.
En définitive, c’est génocide qui a été organisé.

Je m’explique ; afin de pouvoir identifier la plupart des membres actifs de l’opposition démocratique, basé à Djama, fief des opposants intègres- ce quartier est comparable au quartier Bè de Lomé- une organisation incroyable a été faite comme suit :
Trois jours avant l’ouverture des campagnes présidentielles, nous avions reçu la visite d’un camion citerne blanc qui a pris la direction du faisceau hertzien.
Arrivé au niveau du grand carrefour, le camion s’est immobilisé là.
Il n’y avait pas de plaque d’immatriculation. Mais de marque : UNIC
Peu après, nous avions eu la visite de six militaires tous armés qui sont venus du camp Témédja.
D’après les renseignements, on nous faisait savoir que le chauffeur s’était trompé de chemin, qu’il se rendait normalement à Témédja avec de l’essence spéciale pour avion, et que malheureusement le camion est tombé en panne.
Ils viennent donc d’avoir un motif pour faire venir alternativement des militaires dans le quartier.
D’après les actes posés, nous concluons que tout ce montage a été fait exprès pour nous repérer porte à porte dans le quartier.
Il est à signaler que deux gendarmes enquêteurs n’ont pas pu vivre dans le quartier suite à la vigilance de toute la jeunesse. Les preuves sont là.

La troisième période est celle de la tuerie planifiée

Remarquons que très tôt, le matin, aux environs de 5h30, les cohabitants sont venus me réveiller, en me disant qu’il y a beaucoup de militaires dans le quartier.
J’étais sorti dehors pour vérifier. C’est bien vrai. Parmi les militaires, on y notait la présence d’une bachée de l’armée(marque Dacia) avec une mitrailleuse braquée au dessus.
On y notait aussi la présence de deux hommes blancs, mais ces derniers ne sont pas en tenue militaire. Ils avaient tous l’air grave. Ils ne payaient pas du tout la mine. On trouvait drôle qu’ils soient un peu partout que de coutume. Ils ne répondaient pas aux salutations. Vers 08h45, ils ont enlevé le camion citerne du quartier pour le camp Témédja.
Peu après, je suis descendu au siège dans la maison de monsieur Adjiba kossi, communément appelé VOGUE. Une belle maison où rien ne manque pour bien travailler. Elle est spacieuse et confortable. J’y étais à cet instant là pour travailler. J’avais procédé au classement par ordre numérique de tous les procès-verbaux à mon niveau. Le travail étant fini, notre président exécutif, monsieur Vogue me remit 6000FCFA pour faire faire la photocopie des PV. Juste après, le résultat partiel du scrutin est proclamé à la radio en faveur de Faure. Ce qui a surpris toute la population d’Atakpamé, comme partout d’ailleurs.
Les jeunes très révoltés ont commencé par se mobiliser dans tous les quartiers ; Le représentant de la CELI et moi, sommes malgré la tension vive qui règne un peu partout, obligés de nous rendre dans un cyber quelque part. ce dernier est l’un des nôtres et très confidentiel. Le reste est de l’espionnage.
Sur le chemin, au niveau du grand marché d’Atakpamé, nous sommes rentrés dans un grand nombre de militaires. Toute la ville est encerclée, partout, de quartier en quartier. On avait eu très peur.
Ils avaient tous le visage grave, avec un drôle de regard. Moi, j’avais salué un lieutenant par politesse. La réponse qu’il nous donna est celle-ci : « on ne va plus se laisser faire ; Nous allons leur montrer que nous sommes là. »
Nous nous sommes regardés dans les yeux mon second et moi en se demandant dans quel sens il a dit ça, lorsque soudain, ils ont commencé par tirer derrière nous, plus précisément sur un groupe de jeunes sans armes, qui avançaient pour allumer des vieux pneus. Ils sont tous loués par terre. Notre chance est que la foule que les militaires attendaient est celle du quartier opposé (Doulassamè). Elle n’avait pas apparu à temps. Sinon, nous étions dans la même direction. On serait tous rafalé.

Nous nous sommes ensuite débrouillé pour arriver dans le cyber. Nous nous sommes enfermés dedans et la photocopie des PV est faite. J’ai remis les originaux à mon second qui doit tout de suite se mettre sur la route de Lomé.
Ainsi, chacun a pris sa direction. Mais toutes les tentatives que j’ai faites pour atteindre notre siège sont vaines. Et donc, je suis obligé de me cacher à l’hôpital.
Le lieu ne me rassure pas du tout car la majorité est du RPT à l’hôpital d’Atakpamé. Tout le monde me connaît dans ce milieu pour ce que je fais. On peut donc me livrer facilement et surtout avec les papiers que j’ai sur moi.
Je suis donc sorti accompagné d’une femme dont le bébé a été hospitalisé. Pendant plusieurs mois m’a-t-elle dit. On s’en allait vers la préfecture où tout était calme, pour après retourner vers l’E.N.S. d’Atakpamé et ensuite dans notre quartier.
Nous avons à peine fait une centaine de mètres de route, lorsque deux militaires sortirent de la brousse, fusils bien braqués sur nous. Mais la femme et son bébé étaient du côté des militaires. Ils étaient nombreux en brousse-là. Un d’entre eux disait : il faut les laisser, et à un autre de demander : l’homme aussi ? C’est là où j’ai compris que je vais y passer. On dû faire demi-tour. Je me suis servi de la femme et de son bébé comme un bouclier jusqu’à l’hôpital de nouveau.
Quelques secondes après, j’ai pris fermement la décision de repartir au cyber quoi qu’ íl m’arrive à cause des P.V. Là, j’y serai tranquille, puisque c’est en même temps, une maison d’habitation. Ce que j’ai pu réussir par miracle.
Je vous rappelle qu’à l’hôpital, s’était confirmé que le siège a été attaqué. Tous les hommes qu’y s’y trouvaient ont été tués et la maison incendiée.
On était deux à être enfermés dans le cyber à proximité de la grande route.
De là, on a vu beaucoup de choses. Nos regard étaient fixés à travers les fentes des portes et fenêtres.
Toute la ville a été secouée à partir de l’instant où le résultat est proclamé, jusqu’à 21heures où il y a une légère pause. C’est le moment aussi où on a eu l’occasion de changer de chambre pour plus de sécurité.
Je jure, j’avais vu deux ambulances en train de ramasser les cadavres dans la nuit du 26 avril dans la direction ’Agbo
L’idée de fosse commune ne doit pas être exclue.
De notre chambre, nous entendons tout ce que disaient les militaires. J’en étais indigné. En voici une parole : ces bandits ne vont pas nous échapper ; on les aura tous. Et toi, monte un peu luis haut, ils sont là.
Effectivement, on a entendu des fusillades suivies de cris de douleurs. Quelques minutes plus tard, deux jeunes sont délogés et sont entrés dans un couloir sous notre fenêtre. Ils étaient déjà aperçus. Ils pouvaient s’échapper, mais une salle de bain les avaient empêchés. Ils ont tout de suite mitraillés. On les écoutaient agoniser jusqu’au dernier soupir.
Nous avons vécu cette terreur jusqu’à l’aube.
Les militaires sont préalablement positionnés de façon que, personne ne pouvait plus sortir de la ville, ni se déplacer de tel à tel quartier. Ainsi, toute personne n’étant pas chez lui à ce moment là est perdu, sauf les femmes et les enfants.
Toutes les maisons sont fermées...Imaginez la suite.
Toutes les lignes téléphoniques de n’importe quelle nature sont coupées.

Notons que la nature a mis deux portes de sortie à la portée d’une partie de la population. C’est la chaîne de montagnes partant du stade d’Atakpamé jusqu’à Doulassamé, au niveau du grand marché d’Atakpamé (près de 3km de long).
En effet, à ce moment chaud, toute la population en bordure a pris fuite dans la chaîne de montagnes, dans le souci de rejoindre les villages Akposso dans la plaine.
C’est cette occasion qui me sauva la vie.
Vers 5h30, j’avais décidé de partir, mais pas avec les P.V. sur moi car c’est trop dangereux. Celui chez qui j’ai trouvé refuge, ne veut pas non plus les garder. Soudain, l’idée m’est venue de les cacher dans un poulailler d’une maison voisine. Ce que je fis après les avoir bien protéger par plusieurs sachets en plastique.
Je me suis ensuite rendu chez les Frères Missionnaires au Collège Saint-Esprit sur la colline, pour leur expliquer spécialement mon cas. Ce qui a été fait avec un frère canadien.
Il m’a ensuite demandé d’attendre un instant. Il s’est pendant ce temps entretenu avec ses amis. Après, il est revenu à moi et m’a demandé d’aller à la chapelle.
Nous y étions, ensemble avec les aspirants.
Une messe a été dite à mon intention et à celle deux qui sont tombés et blessés. Ils m’ont fait communié.
A la sortie, ils se sont encore retrouvés ensemble. Ils sont ensuite revenus à moi et au Canadien de prendre la parole....

(Ndlr : Voir de manière plus ample les témoignages repris dans le rapport de la LTDH.)

(Les lignes suivantes sont extraites du rapport final de la LTDH sur les événements survenues au Togo entre le 5 février 2005 et le 24 avril 2005)

La Préfecture de l’Ogou

a- Atakpamé : état de la situation

L’élection présidentielle du 24 avril 2005 s’est déroulée dans un climat de tension généralisée dans la préfecture de l’Ogou et plus particulièrement dans la ville d’Atakpamé, chef lieu de la préfecture.

la population d’Atakpamé subit continuellement un double effet des exactions du régime de l’arbitraire du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), l’ancien parti unique créé par feu le Président Gnassingbé Eyadéma et de l’arbitraire d’un groupe d’hommes dont les lois surpassent celles de l’État.

En voici les noms par ordre d’importance :
- M. KOULOUNE M’ma Bilizim, ex-Major de la Gendarmerie, membre du Comité central du RPT dont il est le coordinateur général pour la Préfecture, régisseur local des biens de la famille GNASSINGBE, coordinateur du RPT dans la préfecture de l’Ogou, sorte de proconsul doté de pouvoirs étendus dans la Préfecture de l’Ogou et toute la Région des Plateaux où il ne respecte pas les ordres qui lui sont donnés par ses supérieurs hiérarchiques, quelle que soit leur provenance ;
- M. ABOU KÉRIM , un Libanais, soi-disant acheteur de troncs de teck. Il s’est dernièrement installé à Atakpamé, venant de la ville de Kpalimé d’où il aurait laissé de mauvais souvenirs.
- Monsieur AROUNA (Mairie d’Atakpamé) ;
- Monsieur AGBA (SOTOCO) ;
- Monsieur FABIEN ;
- Monsieur TABO (Ex-directeur du CEGA).

Par ailleurs, certains responsables locaux du RPT, notamment un certain M. BALA, ancien professeur au CEG-Agbonou et un autre M. BALA, instituteur à l’Ecole privée Gamaliel, étaient chargés d’exécuter et de coordonner les plans machiavéliques d’assassinats, de destruction et de haine, commandités par les sieurs KOULOUNE et ABOU KÉRIM . Ces derniers ont posé des actes pour lesquels ils ont constitué un important stock d’armes à Atakpamé, mettant notamment leurs véhicules et des fonds à la disposition de jeunes miliciens qu’ils ont recrutés dans plusieurs préfectures.
A ceux-ci, il faut ajouter les chefs traditionnels qui sont presque tous achetés par le régime RPT, souvent par l’intermédiaire du Major N’ma Bilizim KOULOUNE.

Le mardi 26 avril, jour de la proclamation des résultats, c’est très tôt le matin, aux environs de 5H 30 mn, que les militaires ont été massivement déployés dans tous les quartiers à bord de véhicules de toutes sortes parmi lesquels des voitures bâchées de l’armée (Marque DACIA) avec des fusils mitrailleurs installés dessus. Dans l’un de ces quartiers, on notait même la présence de deux hommes blancs, mais ces derniers n’étaient pas en tenue militaire. Tous avaient les visages fermés, l’air grave, un drôle de regard et la population s’étonnait de les voir un peu partout, ce qui était inhabituel. Ils ne répondaient pas aux salutations.
Vers 08H 45 mn, ils ont enlevé le camion citerne blanc du quartier Djama pour le Camp de Témédja.

Comme cela s’est passé dans les autres régions, la population de la ville d’Atakpamé a suivi avec stupéfaction à la télévision ainsi qu’à la Radio la proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle par la CENI annonçant la victoire de Faure GNASSINGBE.
Toute la ville a été secouée à partir de ce moment jusqu’à 21H où interviendra une légère pause. Tout le monde avait très peur.
Les jeunes, très révoltés, ont commencé par se mobiliser dans tous les quartiers, dressant des barricades, brûlant des pneus pour exprimer leur désapprobation bien que toute la ville soit encerclée de partout, quartier par quartier.

Révoltés par les résultats annoncés, les jeunes activistes de la coalition de 6 partis de l’opposition, parce qu’ils soupçonnaient des gens du RPT d’avoir falsifié les procès-verbaux de l’élection présidentielle, sont entrés dans leurs maisons et y ont effectivement trouvé des PV originaux, des cartes. Dans une maison du Président de la chambre des métiers, ils ont trouvé des bulletins de vote, des PV, des cartes d’électeurs, un ordinateur. Ils ont tout sorti, cassé et brûlé comme chez d’autres responsables du RPT où ils en ont trouvé comme :
- Komlan Peinter ;
- un professeur d’allemand M. DOSSOU qui a une Vespa ;
- M. AWADE Hodabalo.
C’est quand ils sont entrés dans ces maisons qu’ils ont entendu des coups de feu dans la rue.

Un activiste de l’opposition démocratique raconte ce qu’il avait vécu à ce moment-là :
« Moi, j’avais salué un lieutenant par politesse. La réponse qu’il m’avait donnée est celle-ci : « On ne va plus se laisser faire. Nous allons leur montrer que nous sommes là. »
Nous nous sommes regardés dans les yeux mon second et moi en nous demandant dans quel sens il a dit ça, lorsque soudain, ils ont commencé par tirer derrière nous, plus précisément sur un groupe de jeunes sans armes, qui avançaient pour allumer de vieux pneus. Ils les ont tous cloués par terre. Notre chance est que la foule que les militaires attendaient est celle du quartier opposé. Elle n’était pas apparue à temps. Sinon, nous étions dans la même direction. On aurait été rafalés, tous. »
Ceux qui tiraient étaient des gens qui étaient habillés en treillis mais on voyait qu’ils n’étaient pas des militaires parce qu’ils ne portaient pas de bérets mais un bandeau rouge autour de la tête ou des casques et des cagoules et un T-shirt à l’effigie de Faure GNASSINGBE sous leur treillis. On a compris qu’il s’agissait de miliciens qui venaient du siège du RPT, situé au quartier Kéta, derrière le Lycée et on les a reconnus plus tard lorsque, abattus par les militaires, on a retrouvé cet accoutrement sur eux. Ils avaient sur eux des armes à feu, des machettes, des gourdins cloutés, entraient dans les maisons, qui pour frapper, qui pour tuer, casser, brûler et saccageaient tout sur leur passage. Ils violaient filles et femmes et, quant aux hommes, les abattaient systématiquement ou les blessaient grièvement sans distinction d’appartenance de partis mais principalement ceux et celles qui sont supposés être de l’opposition. Ils semaient ainsi la terreur et la désolation sur leur passage tout particulièrement dans les dix quartiers suivants : Agbo, fief des RPTistes et résidence du Major KOULOUNE et de son adjoint, le Libanais ABOU Kérim ; Nyekonakpoè, en face de Roc-Hôtel, en bordure de la route goudronnée ; Babamè, Akpessèmè, Lom-Nava, Kossi-Kiti, Gnangnan, Doulassamé, Djama, Aféyé-Kpota.

Un rescapé de ces tueries qui s’était caché avec un ami dans une maison raconte ainsi ce qu’il a vécu :
« Je jure, j’avais vu deux ambulances, en train de ramasser les cadavres dans la nuit du 26 avril 2005 en direction d’Agbonou.

L’idée de fosse commune ne doit pas être exclue.
De notre chambre, nous entendions tout ce que disaient les militaires. J’en étais indigné. En voici une parole : « Ces bandits ne vont pas nous échapper, on les aura tous. Hé, toi ! Monte un peu plus haut, ils sont là... »
Effectivement, on a entendu des fusillades suivies de cris de douleur. Quelques minutes plus tard, deux jeunes sont délogés et sont entrés dans un couloir sous notre fenêtre. Ils avaient déjà été aperçus par les militaires. Ils pouvaient s’échapper, mais une salle de bain les en avait empêchés... Ils ont tout de suite été mitraillés. On les entendait agoniser jusqu’au dernier soupir.
Nous avons vécu cette terreur jusqu’à l’aube.
Il est à noter que les militaires ont été préalablement positionnés de façon que personne ne pouvait plus sortir de la ville, ni se déplacer de tel à tel quartier. Ainsi, toute personne n’étant pas chez elle à ce moment-là était perdue, sauf les femmes et les enfants.
Toutes les maisons étaient fermées. Imaginez la suite.
Toutes les lignes téléphoniques de n’importe quelle nature étaient coupées.
Notons que la nature a mis deux portes de sortie à la portée d’une partie de la population.

C’est la chaîne de montagnes partant du Stade d’Atakpamé, jusqu’à Doulassamé, au niveau du grand marché d’Atakpamé (près de 3 km de long). En effet, à ce moment chaud, toute la population en bordure, a pris la fuite dans la chaîne de montagne, dans le souci de rejoindre les villages Akposso dans la plaine. »
Au quartier Djama, pris d’assaut dès 13H par les forces de l’ordre, les miliciens du RPT ont pris leur relève un peu plus tard, tirant à balles réelles sur les jeunes manifestants qui protestaient contre les résultats toute l’après-midi jusqu’aux environs de 19H 30 où il y a eu une relative accalmie. Pendant tout ce temps, les habitants du quartier les plus menacés, car étant des responsables politiques, sont partis se cacher chez des voisins alors qu’on entendait des balles tomber sur les toits des maisons.

C’est ainsi qu’aux environs de 22H, les habitants du quartier ont entendu des tirs de militaires et de miliciens sur le portail de la maison de M. NAGBE, responsable de la CDPA à Atakpamé, avec l’intention d’en détruire la fermeture pour pouvoir y entrer. Comme ils n’y arrivaient pas, ils ont été obligés de défoncer la clôture de la maison pour y entrer de même que le portail. On entendait la voix de leur chef qui hurlait à ses subordonnés de ramener le papa vivant, de violer sa femme ainsi que ses filles même mineures et de les terminer après si possible. Heureusement qu’ils n’étaient plus dans la maison. Après qu’ils eurent réussi à défoncer les portes, ordre leur a été donné de mettre le feu à la maison. De leurs cachettes, les habitants du quartier les voyaient alors sortir de la maison avec certains effets de la famille qu’ils pillaient ainsi. Puis ils arrosèrent le reste des affaires avec de l’essence et firent exploser la maison avec des grenades. Toute la maison prit feu et était complètement démolie. Voyant qu’ils avaient réussi à détruire la maison et qu’on ne pouvait plus la sauver vu la vivacité avec laquelle le feu la consumait, les militaires pyromanes s’en allèrent fiers de leur œuvre. Les habitants du quartier sont alors sortis, en larmes, pour aider la famille victime à tenter d’éteindre le feu par peur que tout le quartier ne prenne feu. Seules les parties nécessaires pour que le feu ne puisse atteindre les autres maisons ont été éteintes, opération au cours de laquelle constat a été fait que tous les biens de la famille, absolument tout a brûlé : les meubles, documents administratifs dont les attestations d’études, les archives de M. NAGBE

Le lendemain matin, les habitants du quartier recommandèrent à toute la famille dont les membres étaient dispersés en divers endroits de la ville de la quitter pour pouvoir préserver leur vie puisqu’il était probable que les militaires reviennent les chercher dans le quartier comme ils en avaient menacé. Chacun prit un itinéraire différent pour s’échapper de la ville que personne ne pouvait alors traverser, s’enfonçant dans les bois des collines entourant la ville en marchant pendant des heures et des heures pour rejoindre les villages environnant la ville d’Atakpamé. De là les menaces proférées par les forces de l’ordre qui sont revenues dans le quartier où elles annoncèrent qu’elles les pourchasseraient jusque dans les villages environnants leur parvinrent. A l’endroit où se trouvait chacun des membres de la famille, ils durent en partir de nouveau pour aller se réfugier en brousse tout en restant vigilants et éveillés jusqu’au petit matin. N’ayant ni argent, ni bien sur eux, chacun était obligé de survivre en mangeant des mangues trouvées dans la nature.

Face à ces menaces permanentes, ils dûrent partir d’où ils étaient, et marcher longuement à travers la forêt pour pouvoir atteindre une route et se débrouiller pour arriver finalement au Bénin où les membres de la famille allèrent se réfugier et finirent par se retrouver ensemble.
C’est au quartier Kossi-Kiti et au Quartier Atchrimi que les exactions et la répression des militaires et miliciens du RPT, sous les ordres du Major KOULOUNE, ont été les plus sanglantes, ceux-ci ayant utilisé des gourdins et des fusils mitrailleurs.

Au quartier Atchrimi, un groupe de miliciens du RPT, venus d’Agbonou, armés, ont envahi la colline Oké-Ekpa en venant de Kéta (Losso-Komé, derrière le Lycée d’Atakpamé).
Il convient de relever la ruse qu’ils ont utilisée pour piéger les citoyens et tout particulièrement les activistes de l’opposition démocratique. En effet, en arrivant, ils ont mis les personnes armées de gourdins en première ligne et ceux armés de fusils en deuxième ligne, ceci pour tromper la vigilance des activistes de la coalition qui, eux, étaient seulement armés de gourdins. Lors des affrontements qui ont eu lieu, ceux qui étaient armés de fusils sont montés de leur position arrière en première ligne, occasionnant un grand nombre de tués et de blessés.
C’est lorsque ces miliciens du RPT descendaient de la colline Oké-Ekpa que les soldats de Témédja sont arrivés pour s’interposer entre les agresseurs et la population.

A Kossi-Kiti, ces miliciens avaient attaqué les jeunes activistes de l’opposition démocratique qui avaient été contraints de fuir dans la brousse. De retour de leur exploit, ils étaient tout joyeux et tiraient des coups de feu en l’air pendant que des renforts leur étaient envoyés depuis le siège du RPT. Alors que ceux d’entre eux qui étaient jusque-là en action retournaient vers le siège du RPT où ils se sont affrontés aux militaires qui les ont pris pour des activistes de l’opposition démocratique armés parce qu’ils n’arboraient pas de signes distinctifs permettant à leurs complices de les identifier comme « amis ».

Par ailleurs, lorsque ces miliciens du RPT tiraient, les soldats de Témédja qu’on a fait intervenir auraient identifié, au son des tirs, des armes sophistiquées différentes des leurs. Ils auraient pensé qu’il s’agissait d’armes détenues par des activistes de l’opposition alors qu’il s’agissait de miliciens à la solde de KOULOUNE et ABOU Kérim. ABOU Kérim se vantait en effet devant des citoyens d’Atakpamé qu’il pouvait faire venir des armes sans contrôle au Port de Lomé. Ce que, de source informée, auraient confirmé les soldats du camp de Témédja qui auraient déclaré que les armes dont il dote les miliciens qui sont sous ses ordres sont sophistiquées et ne viennent pas de leurs arsenaux.
Ne voulant prendre aucun risque, ces soldats auraient fait venir des chars et des jeeps armés de mitrailleuses qui ont déclenché des tirs nourris sur les zones d’où provenaient les tirs. Ainsi pris en sandwich entre les militaires venus de Témédja et leurs propres camarades miliciens qui montaient en renfort venant du siège du RPT, ceux-ci les ont affrontés et, s’étant ainsi malencontreusement trompés, les deux groupes, se prenant pour des ennemis, se sont entretués en grand nombre. Certains auraient même été traqués et pourchassés par méprise par leurs propres camarades, jusque dans les bois des collines de cette ville escarpée située dans une région montagneuse qu’ils ne connaissaient pas et où ils avaient cru pouvoir se réfugier. Beaucoup de miliciens ont alors été tués dans ces bois où la décomposition de leurs cadavres, abandonnés dans la nature, laissait flotter une odeur pestilentielle. Non identifiables, la plupart des miliciens du RPT victimes, venus des autres préfectures, auraient finalement été inhumés dans des fosses communes, leur nombre étant trop important.
Ce serait pour cette raison que le bilan des victimes des événements survenus à Atakpamé est très lourd, dépassant les 300 morts selon toutes les sources concordantes. A l’Hôpital, on pouvait voir qu’on transportait des morts venant de tous les quartiers de la ville et des villages environnants.

Par ailleurs, depuis ces affrontements, nombreux sont ceux qui, blessés, ne cessent de mourir.
Au Centre Hospitalier Régional d’Atakpamé, il y avait tellement de blessés que le pavillon de la chirurgie était rempli de blessés, qui par balles, qui par gourdins cloutés ou encore à la machette. Dans cette situation, les pavillons de 6 malades en ont contenu plus de 10.
Après la déconvenue de ses troupes, le Major KOULOUNE a donné l’ordre que des représailles musclées soient organisées dans les quartiers Babamè, Akpessèmè, Atchrimicomé et Kossi-Kiti. Mais les activistes de l’opposition démocratique ont été secrètement mis au courant de son funeste projet et se sont mobilisés pour le déjouer. C’est ainsi qu’ils ont aidé les habitants de ces quartiers à échapper à ces représailles, en leur faisant déserter leurs maisons pour se réfugier soit sur les sommets des collines de Oké-Ologbo jusqu’au niveau du Collège Saint-Albert pour les plus vigoureux et pour les plus faibles, notamment les vieillards et les jeunes dans l’Eglise Santa Maria Virgo Potens ou au centre de l’OCDI. Des milliers de personnes se sont donc cachés dans les bois de ces collines parmi lesquelles de nombreux blessés par balles et, parmi les fugitifs, une femme enceinte, arrivée à terme de sa grossesse et qui y a accouché, deux jours après les événements, sans eau ni les soins nécessités par son état. Une femme, employée de bureau nommée T., raconte qu’elle a dû passer la nuit en plein air avec ses 4 enfants et d’autres enfants sur la colline Oké-Ologbo. Selon elle, il y avait, pendant 4 nuits, beaucoup de familles qui se sont installées sur ladite colline.

Après la fusillade qui y a duré plus d’une semaine, on a procédé à l’enlèvement des cadavres qu’on y a retrouvés pendant plusieurs jours car certains blessés qui s’y sont réfugiés, surtout ceux qui étaient isolés, n’ont pu être secourus. Ne pouvant se déplacer alors que chacun cherchait à s’enfuir au plus vite de cet endroit, ils ont dû mourir dans les bois dans d’atroces souffrances des suites de l’infection de leurs blessures et de la faim.
Après que tout le monde fut parti dormir sur la colline, les jeunes activistes de l’opposition démocratique ont fini par savoir le mot de passe par lequel les miliciens du RPT se reconnaissaient et qui était : « Tigre - Nous vaincrons ! » Ils l’ont utilisé pour piéger des miliciens du RPT qu’ils ont tués. De même, les miliciens du RPT ont tué des activistes de l’opposition démocratique.
Ceux qui ont pu s’échapper ont rapporté que les gens que les miliciens du RPT capturaient et ramenaient au siège du RPT à Atakpamé, auraient été saignés au niveau du cou par ABOU Kérim. Comme des poulets qu’on égorge, il leur planterait un couteau dans la gorge pour sectionner leurs artères afin de faire couler leur sang qu’il aurait recueilli dans des récipients jusqu’à ce qu’ils en soient entièrement vidés et que mort s’ensuive. C’est pourquoi, à Atakpamé, des personnes affirment sans preuve qu’ABOU Kérim ferait partie d’un réseau de trafiquants de sang humain pour des cérémonies rituelles de sorcellerie. Une fois les victimes ainsi saignées à mort, leurs cadavres seraient jetés dans une grande et profonde fosse creusée dans l’enceinte du siège du RPT où ils seraient brûlés avec des pneus enflammés.
C’est dans cet enclos d’ABOU Kérim qu’on amène les personnes indésirables indexées par les membres du RPT pour y être brûlés vif ou tabassés à mort ou encore tout simplement décapités.
Un samedi soir, les soldats sont venus à cet enclos d’ABOU Kérim pour en chasser les occupants sur un ordre venu, semble-t-il, de hautes autorités politiques de Lomé.

Le lendemain dimanche, ceux qui n’en avaient pas été informés étaient venus pour y festoyer comme d’habitude, car il y avait à manger et à boire en permanence dans ce centre vers lequel les miliciens du RPT convoyaient les butins de la mise à sac des boutiques et magasins qu’ils faisaient pour ravitailler le centre en vivres. Des jeunes filles avaient aussi été mobilisées pour y préparer les repas. Mais ce dimanche-là, ABOU Kérim ne les a plus laissé accéder aux bâtiments du centre mais les a réquisitionnés, après leur avoir distribué des sacs vides, pour ramasser les restes des os calcinés de ceux qu’on avait brûlés tout autour de la maison.

C’est que le démantèlement du centre aurait été exigé par des barons du RPT après le kidnapping de Dosseh KOUDADJE, agent au magasin de la SOTOCO-Talo, qui a été sauvé grâce à la rapidité avec laquelle sa femme est intervenue auprès de Mme KOULOUNE, qui est une agent de la BIA Atakpamé, et de notables de la ville, notamment M. Komlan FANTODJI. C’est cette ultime arrestation qui est à l’origine des problèmes de M. KOULOUNE et de ses miliciens, car elle a porté loin les informations sur leurs pratiques dans ce centre dont il a entraîné la fermeture.
Avant cela, il y a eu le cas d’un menuisier d’ethnie Adja, domicilié au quartier Kossi-Kiti, qui fuyait la ville avec sa famille pour aller se réfugier dans son village d’origine lors des événements. Comme les véhicules de transport en commun n’étaient pas en activité, ils sortaient de la ville par la brousse et c’est sur les rails qui mènent à Atakpamé, derrière la maison d’ABOU Kérim qu’ils ont été arrêtés. Ils furent d’abord fessés puis conduits au centre pour y être tués, mais c’est à leur arrivée au centre qu’ABOU Kérim en personne leur sauva la vie parce qu’il a reconnu le menuisier qui lui avait fait un travail par le passé. Il est à noter que beaucoup de gens ont péri comme cela, pour n’avoir rien fait, ni rien dit.

Le Major KOULOUNE n’est pas en reste dans ces atrocités : un autre rescapé a porté témoignage de ce que, blessé, il aurait été arrêté et conduit au domicile du major KOULOUNE, où il aurait été battu puis grillé sur un feu qu’on y aurait allumé. Il est arrivé à l’Hôpital avec de graves brûlures sur tout le corps.
Ils ont capturé un photographe qui a déclaré avoir été attaché à un siège en attendant le retour d’ABOU Kérim mais il a eu la chance de pouvoir s’échapper.

Dans leur furie destructrice, les miliciens du RPT se sont déchaînés sur des centres de santé qu’ils ont saccagés et détruits. Il s’agit de la Clinique Sauvons la Vie, la Clinique La Grâce, cette dernière parce que, blessé par balles, Sitou Pierre KOUGBLENOU y a été soigné et est décédé par la suite.
Dans ce cafouillage, ils ont même abattu les leurs dont M. Hodabalo AWADE.
Ils ont également tué d’autres citoyens parmi lesquels M. Sonou Assogba DOSSOU, directeur de l’Ecole MICROSS MAY ; Messan NTSOU, un activiste de la coalition ; un mécanicien qui réside à Atchrimikomé ; un jeune garçon de 14 ans, originaire d’Agbofon qui revenait d’une palmeraie.
Ils ont saccagé des maisons : celle de Mme LAWANI où tous les hommes présents dans la maison ont été blessés ; la maison de la famille Gagnon où l’aîné, seul présent, a été grièvement blessé ; la maison de Mme Koutché TCHALASSI et son fils dit Ehouzou.

Au Quartier Doulassamè, la situation était très tendue. Les jeunes activistes de l’opposition y ont tout particulièrement beaucoup souffert. Un jeune dénommé Dosseh, vendeur de souliers, a reçu une balle dans le dos, dans la journée du 26 avril 2005 ; ramené à la maison, il y est finalement décédé des suites de ses blessures.
Aux quartiers Djama-Bas, Djama, Aféyé-Kpota, les militaires, après avoir défoncé les portails et portes des maisons et logements, ont sauvagement mitraillé les citoyens. Ce fut le cas d’un citoyen du nom de Sitou, gratuitement mitraillé devant sa femme et ses enfants, et dont les intestins son sortis de son abdomen, alors qu’il n’avait jamais appartenu à un parti politique, ayant été toute sa vie politiquement neutre. Ils ont aussi tué Pavio et un jeune apprenti mécanicien qui sortait de chez Sitou. Les trois ont été enterrés dans une fosse commune.

C’est dans le même quartier que la maison de M. Atchossin K. ADJIBA dit « Vogue », a été complètement détruite par les miliciens du RPT. Responsable de la Fédération locale du CAR, il était en même temps Président exécutif de la représentation locale de la coalition de 6 partis de l’opposition pour laquelle sa maison servait en même temps de siège.

Non loin de sa maison, il y a celle de M. Ekpé NAGBE, responsable de la CDPA et 1er vice-président de ladite coalition et, un peu plus loin, celle du 2e vice-président, M. Kodjovi AYEFOUNIN.
Dans le même quartier, il y a la maison de M. SESSI qui a été détruite.

Depuis lors, on continue à retrouver des cadavres dans le quartier de Kossi-Kiti qui a totalement été déserté par la population qui l’a surnommé : « Quartier noir » ou encore « Champ de tir ». C’est dans les collines de ce quartier qu’on a retrouvé 4 cadavres dont un a été enterré sur place et les 3 autres ramenés à la morgue, après les trois semaines de répression. On y trouvait encore des cadavres, en état de décomposition ainsi que des ossements provenant de corps non identifiés. Ils n’avaient pas pu être ramassés parce qu’il n’y avait pas de véhicule pouvant se rendre dans ces zones très escarpées de la ville d’Atakpamé qui est bâtie sur des collines. A l’époque on ne pouvait surtout pas s’y rendre à cause de la situation d’insécurité générale qui régnait dans la ville.

En tout état de cause, sur ordre des autorités togolaises, les services du Tribunal de première instance d’Atakpamé auraient supervisé les opérations de ramassage et d’identification des dépouilles mortelles des victimes tuées lors des événements du 26 avril 2005, lorsqu’il aurait commencé à être question de l’arrivée d’une Commission internationale d’enquête pour faire les investigations sur les victimes de la répression avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril 2005. L’objectif visé aurait été d’effacer les traces des forfaits commis et de masquer l’ampleur des décès occasionnés.
La LTDH a pu apprendre que lors des tournées effectuées dans les bois des collines de la ville d’Atakpamé :
- 88 corps ont été ramassés lors d’une première tournée ;
- 47 corps ramassés lors d’une deuxième tournée ;
- 23 corps ramassés lors d’une troisième tournée,
soit au total 158 corps qui ont été ramassés mais n’ont pu être identifiés par les services hospitaliers et judiciaires d’Atakpamé qui les auraient fait ensevelir hâtivement dans des fosses communes.
A ces victimes, il faut ajouter 4 cadavres en décomposition retrouvés trois semaines après les affrontements sur les collines de Kossi-Kiti, et 5 militaires tués par les miliciens du RPT au cours des affrontements soit un effectif global de 167 corps.
Il faudrait également y ajouter les nombreux corps brûlés par les miliciens du RPT et à propos desquels un rescapé des affrontements, qui a dû quitter la ville d’Atakpamé parce qu’il y était traqué par eux, porte le témoignage suivant :
« Les miliciens du RPT ramassaient les corps de ceux qu’ils tuaient non pas pour aller les enterrer mais pour aller les brûler derrière leur siège, au niveau des rails, derrière l’INADES-FORMATION. Ils les brûlaient avec de l’essence et des pneus qu’ils passaient autour d’eux.

Cette information a été confirmée par Django, un RPTiste, qui est à Agbofon et dont le petit frère a été tué parce qu’il portait un bandeau de la coalition. Ayant appris l’événement, il est allé voir ses camarades pour retirer le corps de son frère et il a raconté que ceux-ci lui ont dit : « Toi, tu es du RPT, donc on va te rendre le corps de ton frère mais les autres, on va les brûler ! » »
De même faut-il ajouter à ce macabre bilan, les corps que le Major KOULOUNE aurait fait enlever de même que les militaires du camp de Témédja pour les emporter on ne sait où, certainement vers des fosses communes où ils auraient été enterrés.

Par ailleurs, des témoignages faisant état de plusieurs cas de viols particulièrement révoltants lors de la répression organisée par les forces de l’ordre et les miliciens du RPT, ont été signalés dans cette ville d’Atakpamé parmi lesquelles on compte :

- le viol d’une vieille femme de 92 ans
- le viol de l’épouse d’un enseignant au Lycée de la ville. Cette dernière aurait été violée devant son mari alors même que ce dernier était sauvagement passé à tabac ; grièvement blessé, il aurait été évacué sur l’Hôpital de Kpalimé, dans la Préfecture de Kloto ;
- le viol de l’épouse de M. Sonou Assogba DOSSOU, directeur de l’Ecole privée MICROSS MAY, lui-même tué de façon atroce, au sujet duquel la LTDH a reçu le témoignage suivant :
« Parce qu’il est infirme et ne pouvait s’enfuir pour aller se cacher dans la brousse autour de la ville d’Atakpamé, M. DOSSOU s’était caché dans une pièce de son domicile lorsque les miliciens ont commencé à faire le tour des maisons pour passer à tabac et tuer les gens.
Lorsqu’ils sont entrés dans la maison et qu’ils ont vu sa femme qui leur a dit qu’il n’était pas là, ils lui ont donné l’ordre de se déshabiller pour la violer. C’est alors que son mari, qui suivait la conversation de sa cachette est sorti pour se livrer.
Dès qu’ils l’ont vu, les miliciens ont tiré sur lui pour le tuer, lui ont fracassé la tête avec la gente de son véhicule, l’ont découpé en morceaux avec leurs coupe-coupe et s’apprêtaient à le brûler lorsque sa femme s’est interposée pour les supplier de ne pas le faire. Ils lui ont soutiré 50 000 F.
En fait, il semblerait que le traitement atroce que les miliciens ont fait subir à M. DOSSOU résulterait d’une erreur de leur part car, en réalité, il semblerait qu’ils rechercheraient plutôt une autre personne, M. AKAKPO, responsable de la CDPA, directeur de CEG. »
- le viol de 5 femmes dont une femme enceinte, enlevées par des militaires en treillis et des miliciens du RPT. Différents témoignages recueillis à leur sujet font état de ce que celle qui était enceinte aurait été égorgée parce qu’elle aurait farouchement refusé de se laisser violer par ses tortionnaires alors que les quatre autres auraient été violées pendant les 8 jours où elles auraient été séquestrées comme esclaves sexuelles. Lorsqu’elles ont été relâchées les 4 femmes rescapées auraient eu beaucoup de mal à marcher en raison du calvaire subi pendant leurs 8 jours de viol.

Quant aux arrestations, enlèvements et disparitions, ils n’ont cessé de se multiplier avec la chasse à l’homme lancée contre les démocrates depuis le 26 avril 2005. Malgré l’appel lancé par le gouvernement en vue de la cessation de la violence, des enlèvements continuaient à s’opérer nuitamment, ce qui avait contraint la presque totalité des responsables et activistes des partis politiques à fuir la préfecture.
Sur un plan plus général, le point suivant peut être fait au sujet de la ville d’Atakpamé :
- Tous les responsables ainsi que tous les jeunes activistes des partis politiques de l’opposition démocratique ont dû quitter la ville sous les menaces des militaires et des miliciens du RPT qui jurent qu’ils les tueront s’ils reviennent et proclament qu’ils détiennent leur liste. C’est pourquoi les jeunes activistes de ces partis disent qu’ils n’iront plus jamais voter au Togo parce que les élections seront toujours volées par le régime RPT.
- Les arrestations opérées ouvertement ou clandestinement ont continué bien après les événements. Beaucoup de jeunes ont été jetés en prison, de toute évidence sur l’ordre du clan GNASSINGBE qui semble avoir donné des instructions pour traquer ceux qui ont organisé la résistance à ses coups de force. Ce sont les activistes de l’opposition démocratique qui sont ainsi pourchassés alors que ceux du RPT sont impunis. Les enlèvements continuent menaçant constamment la vie des habitants dans les quartiers où ils sont opérés même nuitamment. Ainsi, au Lycée d’Atakpamé, des élèves qui étaient dans les bureaux de vote ont été interpellés dans leurs classes et emmenés vers une destination inconnue.

Sur ordre du proviseur, des gens non-identifiés auraient fait sortir les lycéens de leur classe, le 09 mai 2005. Il leur aurait demandé que sortent des rangs ceux qui avaient été blessés pendant la semaine qui a suivi les élections. Lorsque 16 élèves sont sortis des rangs, ils auraient été accusés d’être de l’opposition pour avoir eu ces blessures lors des manifestations post-électorales de protestation.
On s’apprêtait à les embarquer vers une destination inconnue lorsque, soudain, serait arrivé sur les lieux le Commandant de Brigade (CB) de la gendarmerie. A sa question de savoir pour quelle raison ces élèves étaient emmenés, on lui aurait répondu qu’ils avaient participé aux manifestations post-électorales. Le CB les aurait détenus à la gendarmerie pendant 5 jours avant de les relâcher. Nombre de ces élèves auraient quitté la ville par peur de représailles.

Dans cette situation, c’est la désolation dans toute la ville d’Atakpamé où l’inquiétant problème qui est aujourd’hui posé est de savoir comment on peut vivre dans une ville sans garde-fou, au milieu des tortionnaires et autres criminels qui bénéficient d’une impunité totale. Car les militants du RPT profèrent des menaces contre la paisible population qui n’aspire qu’à la paix. C’est le cas du propriétaire de l’épicerie appelée familièrement « Togolais » qui a pu échapper à ses ravisseurs. Il est actuellement entré dans la clandestinité comme beaucoup d’autres d’ailleurs qui ont beaucoup travaillé dans le camp de la Coalition des six partis avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril 2005.

La population est donc très tendue à Atakpamé car toujours sur le qui-vive en attendant l’invasion probable de barbares venus d’où on ne sait où.
La terreur, l’incertitude et les inquiétudes planent toujours sur Atakpamé où KOULOUNE, ABOU Kérim, AGBA (comptable à la SOTOCO) et bien d’autres encore continuent à traquer impunément les militants de l’opposition démocratique dans la ville. Si ces personnes sont interpellées, toute la lumière sera faite sur les cas des crimes atroces qui ont eu lieu dans la ville comme celui de Sonou DOSSOU qui a frappé toutes les consciences.

En attendant, la situation régnant dans la région est celle d’une psychose qui a poussé nombre de citoyens à l’exil.
Un habitant de la ville porte le témoignage suivant :
« Maintenant, ils ne veulent plus voir les membres de la coalition dont on a apprécié l’action dans le déroulement de l’élection. La population d’Atakpamé a été affaiblie du fait de la fuite de ses habitants surtout d’une grande partie de la jeunesse : il ne reste que des femmes et quelques personnes âgées.

Le commanditaire de tout cela est surtout le Major KOULOUNE. »
L’apaisement ne vient toujours pas, malgré l’action du Chef spirituel de la ville d’Atakpamé Iba qui, contrairement aux trois autres chefs de canton qui composent la ville d’Atakpamé, a pu, sur l’initiative des femmes d’Atakpamé, aller contre la violence gratuite et jouer un rôle de médiateur entre les deux camps rivaux (opposition et RPT).

Extrait du Rapport de l’ONU sur les événements survenus au Togo entre le février 2005 et avril 2005

4.1.9 Aperçu des violences et des allégations flagrantes des violations des droits de l’homme dans la Préfecture de l’Ogou et particulièrement à Atakpamé

Selon les informations recueillies par la mission, des tueries et d’autres formes d’atrocités se seraient produites à Atakpamé et ses environs depuis la proclamation provisoire des résultats de l’élection présidentielle d’avril 2005. Compte tenu de ces graves allégations, il est important de donner un éclairage sur les évènements survenus dans cette localité et ses environs.

Les autorités locales, notamment le Préfet ont déclaré avoir essayé de prévenir les violences. Comme dans les autres localités, la tension s’est traduite au départ par de nombreux cas de violences verbales du 28 mars au 22 avril 2005. Toutefois, à Atakpamé, la tension a atteint une telle gravité que le Premier Ministre ainsi que d’autres ministres se sont rendus dans la ville pour apaiser la tension. Préoccupé par cette situation, le Préfet d’ Ogou a convoqué à quatre reprises les principaux responsables des formations politiques pour prévenir et éviter les violences tout au long du processus électoral. A l’issue des rencontres, un protocole d’accord a même été signé par toutes les parties. Des appels au calme ont été diffusés à la radio. Malgré ces actions préventives, la campagne électorale a atteint un degré de violence jamais enregistré dans la région d’Atakpamé et dans tout le pays. Les premiers actes de violence auraient été commis par les sympathisants de l’opposition en raison de nombreuses fraudes attribuées aux partisans du RPT, pendant ladite campagne se traduisant au départ par la découverte d’urnes pré-remplies et la distribution de cartes à des personnes appartenant aux communautés étrangères.
La Mission a reçu des informations précises faisant état de nombreuses violations des droits de l’homme caractérisées notamment par des tueries, des rafles, des violences sexuelles, des actes de saccage et des destructions de biens et des incendies de nombreux villages, ainsi que des allégations d’existence de charniers. Les violences se sont multipliées dès le 24 avril 2005, jour du scrutin avec de nombreux affrontements dans les quartiers d’Atakpamé. Des jeunes de l’opposition ont mené plusieurs actions violentes à la suite de la découverte de nouvelles voitures contenant des urnes pré-remplies de bulletins de votes. Ces urnes interceptées ont été brûlées par les jeunes. La FOSEP a dû intervenir dans plusieurs bureaux de vote pour apaiser la situation. Un groupe de sympathisants de l’opposition aurait tenté de détruire la maison de l’adjoint au Maire en raison de son appartenance au parti RPT. L’intervention de la FOSEP a permis de disperser ce groupe. Dans la nuit du 24 au 25 avril 2005, le groupe serait revenu sur les lieux pour détruire complètement la maison de l’adjoint au Maire. Toujours à Atakpamé, les voitures de deux ministres avaient été brûlées devant le commissariat de police. De nombreux biens appartenant à des particuliers ont été pillés et détruits par les militants de l’opposition, dans la journée du 24 avril, notamment un hôtel (le Relais des plateaux) et une radio appartenant au Major Kouloum, ancien gendarme à la retraite proche du RTP. Dans le village de Ayale, la FOSEP est intervenue pour mettre fin à une bagarre entre un agent du Bureau de vote et un groupe de jeunes. Quatre agents de la FOSEP ont été séquestrés par ce groupe. Grâce à la médiation du Préfet, ils ont pu être libérés. Dans la soirée, des barricades ont été mises en place dans certains faubourgs par des jeunes de l’opposition. Des véhicules qui ramenaient les membres du bureau de vote et les agents de la FOSEP ont été pris à partie par des partisans de la coalition. Le Président du Bureau de vote a été brûlé vif dans sa voiture avec les urnes. Des jeunes auraient aussi intercepté un véhicule contenant des armes dont des flèches, des pilons de mortiers, des coupes -coupes et des machettes. La voiture a été brûlée avec son chauffeur. Les autres occupants de la voiture se sont enfuis mais ils ont été aussitôt rattrapés et tués par le groupe de jeunes de la coalition. A l’issue de cet incident, des barricades auraient été placées au niveau des routes par des jeunes de l’opposition en vue d’intercepter le Major Kouloum soupçonné d’être l’instigateur des fraudes massives et le meneur des milices.

Le 25 avril 2005, des jeunes de l’opposition ont aussi essayé de brûler la Préfecture. Les violences se sont accrues le 26 avril 2005, jour de l’annonce provisoire des résultats de l’élection présidentielle donnant la victoire au candidat du RPT. Plusieurs maisons appartenant aux responsables et aux militants du RPT auraient été détruites par les jeunes de la coalition pour montrer leur mécontentement. Vers 14h30, un groupe de jeunes du RPT envoyé par le Major Kouloum serait allé affronter les jeunes de l’opposition. Selon les témoignages recueillis, le Major Kouloum aurait également fait venir à Atakpamé des renforts armés composés de jeunes d’autres régions notamment du nord pour apporter un soutien aux militants du RPT. Il semblerait que par mégarde, les renforts auraient tirés sur leurs propres partisans. En se rendant compte de cette méprise, ce groupe d’appui du RPT aurait commencé à tirer de manière aveugle sur la population et les habitations. D’autres informations communiquées à la mission corroborent l’idée que les renforts armés étaient constitués d’éléments provenant d’autres régions ou localités. Les éléments armés du RPT seraient entrés dans une maison et auraient tué le propriétaire croyant avoir identifié le responsable politique recherché qu’ils ne connaissaient pas. Conscient de cette nouvelle méprise, les éléments armés seraient retournés sur les lieux et auraient identifié la maison recherchée. Ils l’auraient définitivement saccagée et brûlée. Ensuite, ils se seraient dirigés dans d’autres quartiers notamment à Djama.
Il est actuellement difficile de chiffrer le nombre de personnes décédées ou blessées au cours de ces graves affrontements et tueries. Dans la période du 24 au 29 avril 2005, le Centre Hospitalier Régional (CHR) a enregistré 94 personnes blessées dont 11 par balles et les autres par des machettes, des haches ou au cours de bastonnades. Quatre personnes sont décédées à l’hôpital à la suite des coups et blessures reçues. Douze corps ont été apportés à la morgue du CHR. Toutes les dépouilles ont été identifiées, sauf une, et remises aux familles. En consultant le registre de la morgue, la mission a pu constater que le nombre de morts enregistrés était plus élevé. 18 corps ont été réellement enregistrés. Compte tenu des violents affrontements opposant les militants des différents partis et les allégations de tueries, ce nombre de personnes décédées et blessées semblent être en deçà de la réalité. En effet, toutes les victimes ne sont pas allées au CHU et tous les corps n’ont pas été transportés à la morgue de la ville. Des témoins ont indiqué des chiffres allant de 120 à 200 morts pour les affrontements et les tueries du 24 au 26 avril 2005. De nombreuses personnes tuées au cours de ces violences auraient été ensevelies notamment dans plusieurs charniers dissimulés dans la brousse.
De nombreux cas de violences sexuelles, d’arrestations et de déplacement de la population dans le Préfecture de l’Ogou ont été rapportés à la mission. Selon les autorités locales, cinq cas de viols ont été enregistrés par la gendarmerie et la police. Les victimes sont des femmes qui auraient été systématiquement violées en présence de leur mari par les militants du RPT ou les partisans de l’opposition. D’après les autorités locales et les autres interlocuteurs rencontrés, le nombre de femmes violées pourraient être plus élevé
Il a aussi été rapporté à la mission que des militaires auraient procédé à de nombreuses arrestations de jeunes au niveau des quartiers et parfois dans des écoles. Les personnes seraient toujours détenues dans des lieux tenus secrets. Malgré le calme apparent qui prévaut à Atakpamé et ses environs, il a été souligné que des arrestations arbitraires se poursuivent contre les jeunes de la coalition. Tous les responsables des partis de l’opposition radicale ont quitté la ville pour se réfugier dans les pays voisins. De nombreuses personnes auraient fui leur maison en raison des incidents violents. Près d’une cinquantaine de maisons auraient été saccagées et détruites. De nombreuses voitures, des bars et des commerces auraient subi le même sort. Près de 2385 personnes déplacées ont été recensées. Pendant sa visite à Atakpamé, la Mission a pu s’entretenir également avec un groupe d’une cinquantaine de familles déplacées, proche du RPT, qui sont logées à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) avec leurs enfants. Ces familles reçoivent une assistance prodiguée par des associations religieuses, des organisations non gouvernementales et des institutions spécialisées onusiennes. La Mission a également été informée que certains déplacés seraient retournés dans leurs villages d’origine. Dans les environs d’Atakpamé, des actes atroces auraient également été commis notamment dans le village d’Olesse. La Mission n’a pas pu s’y rendre, mais il lui a été rapporté que ce village de pêcheurs situé à 20 km au nord d’Atakpamé aurait été incendié par un groupe de l’opposition. Ce village abritait une grande communauté de ressortissants de l’Afrique de l’Ouest notamment des nigériens, des maliens et des burkinabés installés au Togo depuis de nombreuses années. La partie du village dans laquelle étaient installées les communautés mentionnées ci-dessus aurait été saccagée et brûlée. Ces actions auraient été commises contre elles en raison des rumeurs rapportant qu’elles seraient allées voter dans un quartier d’Atakpamé. En revanche, la partie habitée par la communauté ghanéenne aurait été épargnée. Le village de Kosikope aurait été détruit par les milices du RPT.

Au niveau des responsabilités, les autorités locales ont souligné que les agents de la FOSEP et la police n’ont jamais fait usage de leurs armes. Des consignes précises leurs avaient été données allant dans ce sens. D’une manière générale, le nombre d’agents déployés était insuffisant pour ramener l’ordre et faire face aux exactions commises. En conclusion, les forces de l’ordre complètement débordées n’ont pas pu protéger la population. Selon certains témoignages, elles auraient parfois décidé délibérément de ne pas intervenir. De nombreux actes délictueux et criminels auraient même été commis soit en leur présence soit avec leur complicité passive ou active. Par ailleurs, la responsabilité des leaders politiques ne peut être écartée. Dans la période du 24 au 26 avril la plupart des violences auraient été perpétrées par des groupes de l’opposition. Ces derniers auraient fait usage principalement de machettes, de haches, de coupes -coupes, de barres de fer et de toutes armes cloûtées pour porter parfois des coups mortels et détruire des biens appartenant aux responsables du RPT ainsi qu’à leurs militants. Ainsi, les leaders de la coalition n’ont pas maîtriser la violence aveugle perpétrée par leurs militants. Ils n’ont pas lancé de messages d’apaisement. Du côté du RPT, les responsabilités sont également importantes. Selon les témoins, le siège du RPT à Atakpamé aurait servi de centre de détention et de torture. Les noms des dignitaires du RPT qui ont toujours semé la terreur dans la localité d’Atakpamé et ses environs ont été communiqués à la mission. La plupart des témoins rencontrés ont désigné notamment le Major Kouloum, comme l’auteur et le meneur des tueries commises dans la Préfecture d’Ogou. Il aurait aussi formé et armé les milices. Les informations recoupées par la Mission indiquent qu’à la suite de la destruction de son hôtel et de sa radio, le Major Kouloum aurait mené des actes de représailles se traduisant notamment par une violence aveugle et extrême contre les responsables, les partisans de l’opposition ainsi que d’autres personnes. De nombreux témoins ont souligné également que dans la nuit du 24 au 25 avril 2005, le Major aurait abattu six jeunes qui continuaient à détruire ses biens. Par ailleurs, il aurait orchestré toutes les opérations de riposte en réaction aux violences perpétrées par des militants et des sympathisants de l’opposition ainsi que la venue des renforts venant apporter un appui pour réprimer les militants de l’opposition.

TOGO : La faim contraint des familles de déplacés à rejoindre leur domicile

http://www.irinnews.org/francais.asp
(Bureau des nations unies pour la coordination des affaires humanitaire)

[ Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

ATAKPAME, le 2 juin (IRIN) - Les femmes et enfants qui ont fui Atakpamé, la capitale de la région centre du Togo, pour échapper aux violences post-électorales, commencent à regagner leur domicile car leurs parents dans les villages n’ont plus les moyens de les prendre en charge.

Des milliers de partisans de l’opposition ont fui cette ville luxuriante nichée sur les flancs des collines, lorsque des manifestations contre le très controversé scrutin présidentiel ont dégénéré en combats de rue et en émeutes il y a cinq semaines.

Nombreuses sont les personnes qui se sont enfuies par peur des persécutions des forces de l’ordre et des partisans du parti au pouvoir. Mais pour la plupart, ces personnes ont rejoint leur domicile aujourd’hui.

Selon les travailleurs humanitaires, ce sont généralement les hommes qui ont fui le pays pour échapper aux représailles de la police, laissant derrière eux femmes et enfants à la charge des parents et amis vivant dans les villages de la forêt environnante.
Mais en Afrique de l’ouest, c’est le début de la période de soudure. Les stocks alimentaires ne sont plus suffisants pour nourrir des bouches supplémentaires.

"La vie est dure au village. Il m’est difficile de trouver suffisamment de nourriture pour mes cinq enfants et moi-même à cette période de l’année", s’est plainte Amy, une veuve entre deux âges. Elle s’était réfugiée auprès sa famille, mais a été contrainte de rentrer chez elle, sachant que son beau-frère n’avait plus les moyens de subvenir à ses besoins.

Amy fait partie de ce groupe de six femmes qui est rentré des villages voisins. Les femmes mariées n’ont aucune nouvelle de leur époux, même si chacune d’elles pense qu’il doit figurer parmi les 35 000 réfugiés exilés au Bénin et au Ghana.

Une vague de réfugiés a franchi les frontières togolaises il y a cinq semaines après les élections présidentielles pour échapper, selon eux, à la chasse à l’homme menée contre les partisans de l’opposition.

D’après les organisations non gouvernementales (ONG) et les agences des Nation unies, près de 10 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du Togo. Mais dans le contexte actuel caractérisé par l’insécurité et la peur quotidiennes, certains représentants de l’ONU reconnaissent qu’il est bien difficile d’avoir des chiffres précis.

"Dans une dizaine de villages proches d’Atakpamé, nous avons dénombré 2 000 personnes déplacées à qui nous avons commencé à distribuer des vivres", a indiqué Séraphin Abokitse, responsable de l’organisation de la charité pour un développement intégral (OCDI) à Atakpamé.

Des réfugiés togolais à la frontière béninoise d’Hilakondji

"Certes, bien plus de personnes ont besoin d’une assistance, mais nous sommes au maximum de nos capacités" a-t-il expliqué.

Et de nombreux déplacés refusent de se déclarer même aux chefs de village, ce qui rend encore plus difficile leur identification.

Des troubles à Atakpamé

Atakpamé est un grand centre urbain situé à 150 km de la capitale Lomé. Selon certains diplomates, la ville a été le théâtre des plus graves scènes de violence que le pays a connu après la proclamation des résultats donnant Faure Gnassingbe vainqueur des élections présidentielles que l’opposition considèrent comme ayant été entachées de nombreuses irrégularités.

Pour les habitants d’Atakpamé et les agences humanitaires qui y travaillent, les persécutions policières auraient fait plus de 100 victimes dans cette ville qui compte 30 000 habitants. Aucun chiffre officiel sur le nombre de morts n’a cependant été fourni par les autorités ni n’a été publié par l’hôpital.

"A Atakpamé, les gens sont descendus dans les rues et ont résisté après l’annonce officielle des résultats des élections ; et la répression des forces de l’ordre a été très dure", a expliqué un diplomate qui a requis l’anonymat, convaincu que sa ligne téléphonique est sur écoute.

Faure Gnassingbe est le fils Gnassingbe Eyadema, un homme politique resté fidèle à la France, l’ancienne puissance coloniale, pendant 38 ans d’une dictature qui a pris fin avec sa mort le 5 février dernier.

Pendant son règne, de nombreux opposants ont été contraints à l’exil. Et pour ceux qui sont restés au Togo, ils couraient le risque de se faire exécuter par les forces de sécurité, expliquent les rapports d’Amnesty International, une organisation non gouvernementale de défense des droits de l’homme.

Gnassingbe Eyadema distribuait à ses partisans des cadeaux portant son effigie

Gnassingbe junior s’emploie à promouvoir une image de jeune président moderne. Mais selon les habitants d’Atakpamé, ce sont toujours les mêmes hommes de main qui continuent de tuer, de battre et de menacer en toute impunité des opposants connus ou suspectés.

Habitant d’Atakpamé, Tony se fait discret de peur d’être arrêté. Selon lui, les troubles ont commencé le 24 avril, le jour des élections.

"Des partisans de l’opposition s’étaient regroupés autour des bureaux de vote. Convaincus que le scrutin allait être entaché d’irrégularités, il se sont mis à manifester", a expliqué Tony.

Selon lui, certains militants du Rassemblement du peuple togolais (RPT) avaient reçu de fausses procurations de vote pour gonfler le nombre de suffrages favorables au RPT. Il a conservé comme preuve une de ces procurations vierges déjà validées par les autorités locales.

"L’armée et les milices sont intervenues pour protéger les partisans du RPT afin qu’ils puissent poursuivre leurs opérations de fraude, mais l’opposition a érigé des barrages routiers pour leur bloquer l’accès aux bureaux de vote", a-t-il confié dans une arrière pièce étroite et peu ventilée de sa maison. Et malgré la sueur qui perlait sur son visage, Tony refusa de s’exprimer publiquement en plein air dans la cour.

Selon Tony, N’Ma Bilizim Kouloun, un officier à la retraite appelé "Eyadema d’Atakpamé" - parce qu’il est le neveu du président défunt Eyadema - a montré l’exemple en ouvrant le feu sur des manifestants, tuant un jeune garçon de douze ans.

"Ici, il y a aussi un Libanais, le principal soutien financier du RPT. Il a fourni les camions qui on permis d’acheminer vers les différents bureaux de vote les miliciens qui ont couvert les opérations de fraudes", a expliqué Tony.

"Les gens parlent trop ici", s’est plaint Karim Abbou, le principal concerné. "Ces informations sont fausses".

Oui, l’opposition a eu peur

Abbou se présente comme étant un citoyen togolais d’origine italienne parlant arabe et bien d’autre langues. Deux banderoles affichant "Votez Faure Gnassingbe" étaient placées sur la façade d’un bâtiment considéré par les habitants d’Atakpamé comme le quartier général du RPT, même si Abbou s’en défend, indiquant qu’il s’agit de sa résidence privée et de rien d’autre.

"Nous avons des partisans au RPT - comme il y a des partisans de l’opposition - c’est normal. Mais je ne comprends pas ça...la milice. Ce n’est pas ça...jamais !" a-t-il lâché en colère.

Quant à Kouloun, explique Abbou, en tant que "représentant spécial du président", il a entamé une tournée dans la région pour exhorter les personnes déplacées à revenir à Atakpamé.

Abbou n’est pas au courant des morts qu’il y a eu à Atakpamé.

"Oui, il a eu de nombreux actes de violence, mais des morts, je n’en ai pas entendu parler", a fait remarquer Abbou.

Selon lui, ceux qui se sont enfuis étaient "des voleurs et des bandits" qui ont eu peur de tomber sous le coup de la loi togolaise.

"L’opposition a bloqué les rues ! Elle a manifesté et incendié des maisons !" a-t-il indiqué sous le portrait officiel de son "bon ami" Eyadema.

"Oui, ils ont eu peur !" a lâché Abbou. "Ils ont eu peur, très peur ! Ils ont commis des délits et bien sûr ils ont peur maintenant".

Amy, son prénom d’emprunt, reconnaît qu’elle a eu très peur. Elle s’est enfui après que son jeune fils ait été tué par les forces de sécurité. Il ne participait pas aux manifestations de l’opposition, insiste-t-elle, il se promenait tout simplement.

"Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je n’ai pas assisté à la scène. Mais il a été abattu et transporté à l’hôpital où il est mort", explique Amy en essuyant calmement ses larmes.

Situation tragique au Togo
http://cursillos.ca/action/temoigna...

Deux messages que nous venons de recevoir nous révèlent la situation précaire et extrêmement dangereuse où se trouvent présentement nos frères et soeurs du Togo, suite aux élections dans ce pays le 24 avril dernier.
- Le premier est un courriel du responsable de la communauté cursilliste de Lomé, Robert Kpotor, envoyé à Huguette Duclos.
- Le deuxième est un courriel d’Ignace Lokossou, cursilliste d’Atakpamé, adressé au P. Loyola Gagné, s.s.s.


Lomé, 3 mai 2005
Très chers amis,
Merci pour vos soutiens spirituels qui ont été une protection pour moi, pour toute la communauté et pour ma famille.
Tout le monde se porte bien nonobstant les violences qui ont éclatés ici au Togo, mardi, le 26 avril juste après l’ annonce des résultats partiels de l’élection présidentielle .
Depuis dimanche passé, les téléphones ont été coupés, de même que le réseau internet.
Hier, un calme semble revenir, je viens de contacter les amis cursillistes de Lomé et d’Atakpamé. Beaucoup se portent bien. D’autres ont trouvé refuge en campagne.
Le bilan est vraiment très lourd. On parle officiellement d’une quarantaine de morts, mais officieusement il y a eu une centaine de morts, un millier de blessés et une cinquantaine de maisons brûlées.
Selon Caritas-Benin, plus de seize mille (16.000) togolais se sont refugiés au Bénin et au Ghana voisins .
Actuellement, l’Eglise catholique (les prêtres et les religieuses) est menacée compte tenu de la position de notre Archevêque face au régime dictatorial de notre pays.
Pour ma part, bien que le Cursilliste dans sa société doit être un homme engagé pour la cause juste, le rôle du Cursilliste togolais dans la crise que traverse notre pays est de prier.
J’ai convié tous mes amis à prier davantage au lieu et place de toute manifestation pour demander à l’Esprit Saint de toucher le cœur de nos dirigeants.
Cet après midi, nous attendons la confirmation du résultat par la cour constitutionnelle. Des militaires sont à chaque coin de Lomé. Mais je sais que Dieu nous épargnera d’une nouvelle violence au Togo. Merci pour vos prières et je sais que vous continuerez toujours de prier pour notre pays.
Robert du Togo
cursillotogo yahoo.fr


Atakpamé, 4 mai 2005
Bonjour Loyola,
Remercions le Seigneur que nous soyons vivants et aujourd’hui il y a un peu de communication. Ce que nous avons vécu la semaine passée et ce que nous vivons actuellement nous dépasse. Seul Dieu a le dernier recours. Vraiment les mots me manquent pour te décrire notre situation au pays. À Atakpame, c’est le comble. Plus de jeunes dans la ville car ils sont poursuivis. Beaucoup succombent sous le coup des fusils, des gourdains. Chez nous à Kpalime c’était pareil. Le pays est bouillant. Nous sommes traumatisés par les faits après le vote du 24 avril passé. Et cela continue encore, les tueries, les déportements : plus de 13000 réfugiés au Bénin, 7000 au Ghana. Nous n’avons pas de moyens pour fuir. Mais si cela continue je serai obligé de quitter le pays. C ’est vraiment horrible, terrifiant. Tu ne peux même pas sortir. C’est un véritable carnage La semaine prochaine si tout va bien je t’écrirai encore.
De Colores malgré tout !
Ignace lokossou
lokossou_ignace yahoo.fr

Consulter aussi la page suivante :

http://www.mirfrance.org/doc/rappor...

 

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