Gardons espoir

Le Togo de demain

par Dr David IHOU, Ancien Ministre de la santé et de la population , le 20 avril 2003, publié sur ufctogo.com

 

Ecoutez - moi ça : il a passé plus de trente six ans au pouvoir, il n’a pas posé un seul rail, ni tracé aucune nouvelle route dans le pays ! Ses « exploits » personnels sont l’animation politique (avec, comme corollaire, la prostitution scolaire et estudiantine), la tribalisation de la société civile et de l’armée nationale, la manipulation des consciences...., c’est bien sûr EYADEMA Gnassingbé. Il se fâche lorsqu’on lui montre le travail accompli en six ans par Nicéphore SOGLO, en sept ans par Mathieu KEREKOU II, en 19 ans par Blaise COMPAORE, en dix ans par Alpha KONARE. Le seul dirigeant qui va bientôt faire 36 ans et Omar BONGO. Celui ci a fait de son pays (il est vrai, riche en pétrole et en minerais) un eldorado qui attire tous les Togolais . Bongo a construits le Transgabonais a doté son pays de sécurité sociale, a construit des hôpitaux de pointe... bref, il a beaucoup fait pour le Gabon, EYADEMA, surnommé l’homme - trois I (Irresponsable, Incapable, Incompétent ) aime s’exhiber avec des dirigeants élus ou réélus démocratiquement (Kérékou et Kuffor) dans leur pays respectif, où le mandat présidentiel est limité à deux ! Cela ne lui fait pas honte et les plaisantins qui l’entourent crient à longueur d’années que limiter le nombre mandats présidentiels à deux est antidémocratique ! Que voulez-vous, l’homme de PYA ne connaît pas la honte... et il est tellement paresseux que même si on lui donnait encore 100 ans pour régner, rien ne bougera au Togo !

Si j’ai longuement mentionné EYADEMA dans cette réflexion, c’est pour que nous l’oublions vite, pour nous tourner vers l’avenir. Considérons son long règne stérile comme un cauchemar qui passe et réveillons - nous sur les projets de demain et les grands défis qui nous attendent. Pour ceux qui seraient choqués par mes propos sur EYADEMA, je leur dirai qu’on ne respecte que ceux qui se respectent, et que de toutes les façons, je ne fais dire que la vérité et toute la vérité : EYADEMA est un irresponsable, un incapable et un incompétent ! Oublions le donc.

Pour celui qui va remplacer l’homme de PYA, que j’ai de la répulsion à appeler président, dix priorités absolues attendent impatiemment :

1) Le paiement des arriérés de salaires, pensions et autres indemnités :

Je ne peux pas avancer de chiffres car je ne sais pas quand ce Monsieur- là va quitter le pouvoir et à combien se chiffrera l’ardoise. Quand OLYPIO et GRUNITRKY lui ont laissé le pouvoir, il n’y avait pas un franc d’arriérés de salaire ! le nouveau président va devoir travailler dur pour payer les salaires courants, et, progressivement, les arriérés laissés par celui qui, pendant plus de 36 ans, se dit Président.

2) Le payement des dettes intérieures et extérieures :

Je n’ose pas aujourd’hui avancer les chiffres en notre possession, surtout en ce qui concerne la dette intérieure. Le nouveau Président aura d’ urgence besoin d’un moratoire global pour pouvoir gérer le payement de ces dettes colossales. Un audit sérieux, devra passer au peigne fin, nos engagements intérieurs et extérieurs, la situation de nos sociétés et unités de production, la gestion des services fiscaux et douaniers, les modalités de privatisation des sociétés ...

3) L’ancrage d’institutions crédibles :

Les députés à la solde d’EYADEMA ont réécrit une Constitution sous la dictée, serait - on tenté de le dire, D’EYADEMA.

Dans le texte fondamental RPT, le Président nomme 33% des sénateurs dans cette deuxième chambre qu’ils ont créée, il désigne de plein gré les recteurs d’université, il ne prête plus serment devant les députés réunis en séance solennelle, il ne pourra comparaître devant la Haute Cour de Justice que si les quatre cinquième des membres de l’Assemblé Nationale et du Sénat sont réunis etc... Je n’ai jamais vu autant d’idioties noircies sur une feuille de Constitution...
Il faudrait donc refaire tout ce que notre « fameux professeur » de droit « NATHABA » et sa clique ont bousillé à l’Assemblée nationale.

Comment quelqu’un qui s’est arrêté au cours élémentaire 2è année, voudrait-il nommer, à sa guise, les recteurs d’universités ? Il ne sait naturellement pas que les Universités peuvent être paralysées par des grèves, si la nomination d’un recteur ne satisfait pas les enseignants et étudiants ; aujourd’hui, dans toute université sérieuse, le Recteur et les DOYENS sont élus par le collège des enseignants et le Conseil d’administration de l’Université.

De toute les façons, EYADEMA n’y comprend rien à tout cela . Comment cela pourrait - il en être autrement, puisqu’il a dit lui même que « le diplôme ne vaut rien », dans un discours public, s’il vous plait !...
Il faudrait donc revenir sur la Constitution de 1992, et peut- être ajouter cette proposition : la création de gouvernorats à la mode américaine. Je pense qu’il faut créer douze à quinze gouvernorats au Togo. Les gouverneurs seront élus par les populations de chaque gouvernorat permettra un développement rapide du pays. Ce sera une décentralisation majeure avec autonomie de gestion dans les domaines éducatif, sanitaire, agricole, comme dans les domaines des infrastructures routières, locales... tout ceci, bien entendu, sous la supervision du pouvoir central.

Chaque gouvernorat, aura son budget, financé par les recettes locales, les impôts locaux et les subventions de l’ETAT... Tout ceci suppose une démocratisation sans équivoque, avec élections transparentes des conseils municipaux et des maires. Mes propositions de gouvernorats étaient contenues dans mon programme de politique générale que j’avais exposé dans un document rendu public en 1995, quand j’avais annoncé ma candidature aux élections présidentielles.

Sur le plan politique, le système parlementaire d’aujourd’hui doit être verrouillé pour que la majorité parlementaire ne bascule pas à chaque coup de vent, par des mouvements de transhumance, motivés par des intérêts mercantiles. On se rappelle comment EYADEMA, dans une manœuvre irresponsable (ce n’est pas pour rien que je le traite d’irresponsable !), a acheté trois députés du Car de Me AGBOYIBO et deux députés de l’UTD d’Edem Kodjo, pour faire basculer la majorité parlementaire, obtenue par ces deux partis coalisés aux élections de 1995.
Comme EYADEMA, ses successeurs peuvent donner trente million et une villa à des députés véreux, pour leur faire quitter leurs partis en pleine législature, donnant une instabilité parlementaire nocive à nos jeunes démocraties. Pour les nations anciennement ancrées dans la démocratie, il n’y a pas trop de problèmes. Figurez -vous que l’Italie en est à son Cinquante - cinquième gouvernement depuis la fin de la deuxième guerre mondiale ! Mais les institutions n’ont pas tremblé ! cela fait un gouvernement par an !

Au Togo, la Constitution doit stipuler qu’un élu d’un parti ( ou un élu indépendant), ne peut changer de parti ( ou adhérer à un autre parti) au cours de la législature en cours. Il peut tout simplement démissionner de son parti, son suppléant le remplaçant jusqu’aux législatives suivantes...

En résumé, après EYADEMA, il faudrait faire un referendum pour demander au peuple de se prononcer sur les nouvelles dispositions que des togolais responsables apporteront certainement, à l’édifice d’une Constitution solide, que nous laisseront à nos enfants et petits enfants.
Quant à cette idée stupide de NATCHABA et ses députés (qui ne voient pas plus loin que le bout de leur index) de créer un SENAT de complaisance, au pouvoir simplement consultatif, il faudrait vite l’enterrer avec EYADEMA et le pouvoir RPT... On peut créer un SENAT, sur le mode américain, mais tous les SENATEURS doivent être élus par les citoyens.

4) La rénovation urgente de l’enseignement au Togo :

C’est un chantier colossal mais un outil précieux a été donné aux togolais lors des assises des Etats généraux de l’éducation nationale, tenues sous la transition démocratique. Dans un document contenu dans mon programme, j’ai proposé l’introduction de l’Anglais dès l’école primaire, en vue de tirer notre pays vers le bilinguisme intégral. La performance du Cameroun (pays bilingue par excellence), grâce à la valeur intrinsèque et extrinsèque de es cadres bilingues, est un exemple qui laisse peu de place aux discours. La mondialisation impose au Togo, de sortir du cercle trop restreint de l’espace francophone.

Mais la priorité des priorités est l’intégration des vacataires dans le système étatique et privé de l’enseignement, et le versement des salaires, des arriérés de salaires et pensions aux enseignants de tout degré.
Une autre priorité des priorités est la réintroduction de l’Instruction civique dans l’enseignement primaire et secondaire de notre pays. Quand je vois jusqu’où sont descendus des cadres vraiment brillants comme AGBO Bloua YAO Laurent (il a été premier de ma classe, sans interruption de la 6ème au Brevet, et a poursuivi de très brillantes études), j’ai pitié de notre pays. Quand je le vois dans des marches de soutien à écouter béatement des âneries, lues sur des média d’Etat, par des crétins d’Etat, je suis triste de constater que des crétins peuvent transformer des esprits supérieurs de notre pays et en faire ce qu’ils veulent...

5) Relever l’agriculture togolaise :

Le règne d’EYADEMA a paupérisé l’agriculture de notre pays. Son passé éphémère de métayer agricole à EZIME (Préfecture d’Amou), n’a apparemment pas laissé de bons souveni à l’homme de Pya.
Les paysans sont sinistrés. Croyant qu’exonérer d’impôts les paysans, était une idée de génie, il a tari les maigres sources de financement des collectivités locales, l’Etat étant, depuis longtemps, presque absent des efforts pour l’amélioration de la condition paysanne. Une politique irresponsable de la filière café/ cacao, a conduit le Togo à diminuer de 40% la production de ces deux produits d’exportation. La même politique est en train de ruiner actuellement la filière coton ... pour les cultures vivrières, après l’expérience désastreuse de Togograin, où 80% de la production vivrière a été laissé, pourrie dans des silos mal adaptés, commandés par l’Etat (EYADEMA en a profité pour régler son compte personnel à Antoine MEATCHI, ancien vice - Président de la République), le Togo en est réduit à importer des produits vivriers et maraîchers du Burkina Faso !

Il faudrait donc aux dirigeants de l’après EYADEMA, revoir de fond en comble les filières des productions agricoles vivrières de rente - l’imposition forfaitaire de la paysannerie (2000 FCFA par an selon les catégories de paysans) devrait être réintroduite, les recette fiscales servant à 80% au financement de projets de proximité des collectivités locales.

La formation professionnelle de la filière agricole, depuis les ingénieurs agricole, depuis les ingénieurs agronomes, jusqu’aux séminaires de formation aux paysans illettrés, devra être planifiée, Sylvanus OLYMPIO avait bien vu en créant la JPA (jeunesse pionnière, agricole), avec l’assistance technique israélienne, et si ce projet porteur d’espoir n’avait pas été assassiné, le Togo serait autre chose aujourd’hui ! Tout près de nous, Blaise COMPAORE a initié plusieurs projets agricoles réussis, avec la coopération chinoise entre autres, mais notre faux timonier national n’a jamais osé lui demander conseils.
En tous les cas, le Togo possède suffisamment de terres fertiles pour disposer d’une agriculture performante. Il possède également des ressources agropastorales suffisantes pour couvrir les besoins en protéines de la population, du sud au nord, et de l’Est à l’Ouest.

6) Le défit sanitaire :

Pour soigner ses yeux, EYADEMA se rend régulièrement en Israël et en Europe. L’Homme de Pya n’a pas honte ! Imaginez - vous le Premier Ministre Israélien ou le Président Israélien venir se faire soigner à Lomé ?
MOBUTU, se faisait soigner en Suisse pour sa prostate. Il avait payé une somme (frais d’hôpitaux et séjour à l’hôtel Beaurivage) équivalente à la bourse de spécialisation en UROLOGIE (5 ans de spécialisation) pour dix - huit urologues de son Zaïre natal ! (actuelle République démocratique du Congo) Voilà, quand vous traitez MOBUTU et EYADEMA de dirigeants irresponsables, les gens crient à l’injure ! Mais non ! Quand on reste plus de 36 ans au pouvoir et qu’on n’est pas fichu de se faire soigner chez soi, on est moins que rien ! Est- ce que tous vos petits-enfants et arrière-petit enfants peuvent un jour, aller se faire soigner, comme vous, en Israël, Monsieur EYADEMA ? Non c’est pourquoi je dis que vous êtes irresponsable, Monsieur l’homme de Pya !

Il faudrait donc que les dirigeants de l’après- EYADEMA construisent, à court terme, trois hôpitaux de pointe (Région maritime, Région centrale, région des savanes) et rénovent les hôpitaux de place, en plus de la construction d’une douzaine de centres de santé performants.

L’instauration d’une couverture sociale sanitaire pour la population, est une priorité des priorités, inscrite dans les recommandation des Etats Généraux de la santé, tenus sous la transition démocratique ! C’est sûr qu’EYADEMA n’a pas lu ce document. Il considère que c’est écrit par des opposants ! Il ne comprend pas que ce sont des idées de ce genre qui feront que demain, ses enfants (le plus jeune a moins de cinq ans !) pourront se soigner au Togo, sans avoir besoin d’aller faire la queue aux portes des ambassades (s’ils ont l’argent), pour solliciter des visas, pour aller consulter à Tel - Aviv, Paris, Washington ...

Par ailleurs, l’accès intégral, à moindre coût, aux antirétroviraux, de la population togolaise, doit être un objectif immédiat de l’équipe post - EYADEMA.
Une couverture vaccinale à 100%, une politique sanitaire bucco-dentaire et mentale efficiente, compléteront les exigences de la politique sanitaire du Togo, disséquée lors des Etats Généraux de la santé.

7) Les infrastructures routières et ferroviaires :

En 1964, Julius NYERERE prend la tête de la Tanzanie. En moins de vingt ans de règne, il termine la plus longue ligne de chemin de fer d’Afrique. Six mille kilomètres de long s’il vous plait ! Puis il s’est retiré volontairement du pouvoir avant de tirer sa référence dans la dignité... Après plus de trente six ans de règne, EYADEMA n’a posé aucun rail au Togo, n’a percé aucun kilomètre de nouvelle route ! Que n’aurions nous pas gagné, si nous avions une ligne de chemin de fer fonctionnelle Lomé - Ouaga, avec la crise ivoirienne actuelle ? Cela fait plus de 15 ans que je ne cesse de fustiger EYADEMA pour cette histoire de chemin de fer. Aucun pays ne peut vraiment se développer sans les rails, et ça, l’homme de PYA ne le comprend pas ! EYADEMA avait l’opportunité de créer cette ligne. Il était, en effet, très copain avec le Ministre Président de Bavière, feu STRAUS. Le riche « Lander » allemand aurait pu, avec des fonds de banques privées, ouvrir cette ligne...Mais EYADEMA et STRAUS passaient le plus clair de leur temps à chasser du gibier dans la savane togolaise, et l’homme de PYA était plus préoccupé par ses actions à la firme allemande BMW de MUNICH qu’à développer son pays...
Lorsqu’en juillet 1966, nous étions reçus au brevet d’étude (BE), c’est à bord du train Blitta - Atakpamé - Lomé que nous avions voyagé, Agbo BLUA Yao Laurent, trois autres lauréats et moi. Nous étions cinq à être reçus pour le centre d’Atakpamé et nous avions voyagé par « réquisition officielle »... C’était la dernière fois que le Togo organisait le BE et le BEPC, deux brevets qui devaient laisser place au BEPC unique dès 1967...
Aujourd’hui, le Togo n’a même plus de train de voyageurs. Si les enfants d’EYADEMA ne voyagent pas dans d’autres pays africains, l’Europe ou l’Amérique, ils ne connaîtront jamais le train !
Il faut absolument tracer cette ligne de chemin de fer Lomé - Cinkasse et rénover la ligne Lomé- Kpalime. Les successeurs de Gnassingbé doivent s’y mettre dès leurs prise de pouvoir.
Le réseau routier doit être revu de fond en comble et un service de transport urbain doit être installé d’urgence dans les agglomérations urbaines du Togo. Combien un travailleur doit dépenser par jour s’il habite Agoue ou TSEVIE et travaille à KODJOVIAKOPE, NYEKONAKPE, à BE ou au CASEF ? Il y avait le transport urbain à Lomé sous OLYMPIO et sous GRUNTTZKY, avec les fameux bus rouges, confortables et réguliers....
Les nouvelles autorités togolaises doivent, par ailleurs, adhérer aux thèses de développement routier et ferroviaire du NEPAD.
Sur le plan purement interne, les liaisons routières inter - préfectures doivent être planifiées et c’est ici que la création de gouvernorats trouve pleinement une des justifications. Le réseau routier interne à un gouvernorat, traversé en plus par les routes à statut national.
Enfin, la liaison interurbaine doit être assurée par une société publique ou mixte. Un service de bus doit pouvoir assurer, en tout confort et toute sécurité Lomé - Cinkasse, Lomé - Kpalime, Lomé - Atakpame, Atakpame - Kpalime, Kara - Bassar, Sokode - Bassar, Sokode - Tchamba ...

8) Reconstruire la nation togolaise :

Il y a un Etat appelé Togo, qui existe, même défiguré, même moribond, mais il existe, et il est plein d’espoir. Il suffit que cet Etat se débarrasse d’EYADEMA à sa tête pour qu’il retrouve son aura de 1960. Mais force est de constater qu’il n’y a plus de nation Togolaise. EYADEMA a tout carbonisé...
Aujourd’hui, quand deux élèves togolais s’asseyent dans leur banc pour la première fois, ils se regardent du coin de l’œil pour savoir d’où vient l’un ou l’autre ; chacun se demande si l’autre est Mina, Tchokossi, Akposso, Kabye, Ouatchi ... Il reste encore un peu de temps, et, peut - être, l’un demandera à l’autre, s’il ne pousse pas une queue sous son uniforme d’écolier ! Et tout ceci est la faute d’EYADEMA ! J’ai toujours demandé à l’homme de Pya, de poser la question à son épouse, Hubertine Badagnaki EYADEMA, née ESSAO. J’ai fait le même banc qu’elle, au lycée de Tokoin, pendant l’année scolaire 1966 - 1967, en seconde C3. A l’époque, nous ne connaissions pas ce tribalisme ravageur dans nos établissements scolaires. Nous faisions pourtant des « blagues ethniques » qui faisaient rire tout le monde, dans la joie. La classe se moquait des Akposso « mangeurs de fonio ; wahè) ; des anéchochiens qui « manquent de nourriture et qui mangent trois fois par jour du gari » ; des Ewé de Kloto qu’on traitait de « modumo », allusion à leur habitude alimentaire de mangeurs de riz chaud ; des Kabyé « mangeurs de serpent et de chiens » ; des Ewe de Tsevie « foutus mangeurs d’haricots » ; des Ouatchi qui ne « buvaient que du Sodabi à longueur de journée...
Je n’avais jamais vu quelqu’un dans ma classe s’énerver de ces blagues...Je me rappelle de cet élève originaire d’ANEHO, qui avait traité son camarade de banc Kabye, de « mangeur invétéré de chien » . « J’aime bien te bouffer » ! Toute la classe avait éclaté de rire ! Pendant la récréation , les deux camarades de banc mangeaient du « veyi » ,( plat à base d’haricot et farine de manioc) ensemble, en devisant gaiement !

Il faut absolument reconstruire la nation togolaise. Grâce à l’Instruction civique, il faut que les togolais réfléchissent TOGO, pensent TOGO, discutent TOGO, respirent TOGO, sans toutefois renier leur origine ethnique. Quand on demande l’origine d’un Togolais, il faut que ce Togolais ait posé des actes hautement bénéfiques pour la nation Togolaise. Prenons l’exemple d’un savant Togolais qui inventerait un médicament contre le SIDA, le Diabète ou l’Hypertension ; tous les togolais, fiers de lui, demanderaient : « Il est de quel coin du Togo ? » Et les gens répondront avec fierté et respect : « il est né à Kara ! » Hè hein... ! C’est ça a que j’appelle « l’origine ethnique valorisante » d’un homme ou d’une femme. Les Togolais se fichent éperdument que le Dr IHOU soit de Témedja, que Gnassingbé EYADEMA soit de Pya, que feu Koffi PANOU soit de mère bassar et de père Béninois, que Mr Alex MIVEDOR soit en réalité un KABYE, ou pas , qu’AGBEYOME Kodjo soit de père et de mère Béninois, que le général MEMENE soit Béninois, que Mr GNON Nabine soit un authentique BASSAR et non KABYE, que le général TIDJANI soit Nago du Nigeria, du Togo ou du Bénin !... On s’en fout ! Si un ressortissant de Pya découvre le traitement contre le Sida, le monde entier viendra un jour s’incliner sur sa tombe, à Pya ! Les gens viendront même de l’Alaska pour voir sa tombe, un jour... et le monde entier dira : « Il est de Pya ! », avec admiration !

La première fois où j’ai mis les pieds en Hollande, j’ai posé cette question à la première famille Hollandaise avec qui nous nous sommes liés d’amitié.
« Connaissez-vous EYADEMA ? »
« C’est un animal ou un arbre ? », me demanda-elle.
J’ai failli bondir de mon siège en lui répondant : « Mais, c’est le Président du Togo ! ».
Elle a rougi comme une tomate, et nous a présenté, confuse, ses excuses. C’est sûr que si EYADEMA a fait du Togo un vrai « « Suisse de l’Afrique » , son nom serait connu de partout !
Quatre vingt dix pour cent des femmes d’EYADEMA sont non - kabyé et 90% de ses enfants sont des enfants « ethniquement métissés » ;c’est donc irresponsable de sa part de tribaliser le Togo ! Toujours l’irresponsabilité hein !

9) Construire une armée Républicaine nationale :

Nous avons, à plusieurs reprises, évoqué les grands maux de l’armée Togolaise, maux auxquels il faut apporter des remèdes urgents : Ce n’est pas la tribalisation à outrance de l’armée Togolaise qui pose problème. Tous les militaires togolais peuvent être d’une même ethnie, ce n’est pas le plus grave ! Le plus important, c’est que cette armée soit républicaine !
EYADEMA n’a pas beaucoup réfléchi avant de tri baliser notre armée. Le plus gros danger d’une armée tribale est la « victimisation » de l’ethnie hyper-majoritaire dans une armée. Je m’explique : le Togo et le Ghana ont évité, de justesse, et à plusieurs reprises, une guerre entre les deux pays, depuis notre indépendance. Il n’est pas exclu qu’une guerre éclate entre le Togo et ses trois voisins immédiats (ou un pays non limitrophe) dans les 40 prochaines années. Quand l’ état - major togolais fera état de cent morts au sein de l’armée togolaise, les 100 militaires (ou 90 au moins) seront de la même ethnie, alors que dans le même temps, l’autre pays belligérant, comptera les 100 morts dans les 30 ou 40 ethnies qui composent son armée ! Pire, en cas de rébellion armée dans le pays, l’Armée quasi monocolore perdra énormément d’hommes de la même ethnie. L’exemple brûlant est le cas de l’IRAK. La garde républicaine de Sadam HUSSEIN est composée presque exclusivement de militaires originaires de sa région natale.
Les américains viennent de les décimer par bataillons entiers ! Parmi ces morts, il n’y a pas beaucoup de chiites !

Au Togo, par décence, je n’ose pas rendre publique le nombre de militaires tués lors de l’assaut contre la primature, le 3 Décembre 1991, et le pourcentage des tués par ethnie. Nous avons tous les chiffres, au détail prêt . Par ailleurs, la purge interne intra - ethnique a été terrible parmi les partisans de Narcisse DJOUA, lorsque celui - ci a été accusé par EYADEMA de préparer un complot contre lui !...

Il faut rassurer l’armée après le départ d’EYADEMA. Ne pas prendre de mesures intempestives pouvant provoquer des convulsions au sein de la grande muette.
Mais il faut commencer, ici aussi, l’Instruction civique. EYADEMA a fait croire aux militaires (surtout ceux qui n’ont pas eu la chance de faire des études), que c’est lui qui les paie, que sans lui, on va les renvoyer de l’armée. Il faudra expliquer aux hommes en uniforme, que ce sont les paysans, les artisans, les commerçants, les professions libérales, les sociétés publiques et privées, donc les travailleurs) qui les paient. Il faudrait leur expliquer que l’armée, dans tous les pays du monde, n’est pas seulement consommatrice des ressources de l’état, mais aussi productives ! Le rôle des armées, dans les temps anciens, consistaient à guerroyer sans cesse, pour étendre les conquêtes territoriales du pays...
Autrement dit, l’armée est, par définition, productive, et jamais, contre- productive. Si le Président BUSH fait la guerre à L’Irak, c’est pour, bien sûr, chasser le dictateur Sadam HUSSEIN du pouvoir, mais surtout, pour mettre la main sur les réserves colossales de pétrole du pays. Les milliards de dollars que les recettes pétrolières vont engrangés (après avoir déduit le coût de la guerre), iront renflouer le trésor Américain, contribuant ainsi à la richesse et la grandeur de l’Amérique...

Il faudrait donc expliquer tout ceci à nos militaires. Par ailleurs, toutes les armées du monde construisent des ponts, des routes, des digues, des canaux... J’ai visité les immenses champs de maïs, de mil, et légumes de l’armée guinéenne. Savez - vous qu’il n’y a pas de période de soudure en Guinée ? Il y a les produits vivriers en abondance 12 mois sur douze en Guinée !

Pour les parades militaires, il faudrait expliquer aux militaires togolais, que c’est contre l’éthique militaire universelle de faire des parades, le jour où le chef suprême des armées a tiré lâchement dans le dos d’un homme non armé. L’assassinat d’un civil non armé, par un militaire armé, n’est pas un fait d’ armes glorieux. C’est une injure à l’armée de la faire défiler un 13 Janvier Par ailleurs, on ne fera plus défiler notre armée nationale pour un simple ministre Français, allemand ou autre. Pour les innombrables visites officielles et privées qu’EYADEMA a effectuées en France, il n’a jamais vu des militaires français défiler pour lui ! Si c’est son complexe de petit soldat nègre qui le dérange, heureusement qu’il est temps pour lui d’aller se reposer.
Il faut, de toutes les façons, développer le corps du génie. J’écris ces lignes ce 7 Avril 2003, et j’ai interrompu l’écriture pour écouter dans ma chambre à coucher, les informations sur la guerre en IRAK. Un spécialiste français expliquant, sur RFI, que l’armée Américaine était capable de construire un pont, sur le fleuve Tigre, qui traverse Bagdad, en une nuit ! Si le pont sur le fleuve Kara (ou Anié) est détruit par l’armée ghanéenne ou des rebelles, l’armée togolaise actuelle peut - elle construire ce pont de moyenne importance ,en quelques jours ?

En fin, je suis partisan d’un service militaire obligatoire. Tous les togolais et togolaises, âgés de 21 à 45 ans, doivent effectuer un service militaire de neuf mois. Ce projet doit être peaufiné et discuté avec l’Etat - major des FAT, pour qu’à partir de 2006 par exemple, le service militaire obligatoire puisse commencer.
Ah, j’allais oublier le projet, très important de statut spécial des militaires en temps de guerre. Un soldat tué en temps de guerre par exemple, n’a pratiquement rien à laisser aujourd’hui à sa famille, hormis la pension de veuve et orphelins, habituelle. Il faudrait faire passer un projet de la loi garantissant aux ayant - droit d’un soldat tué au combat, une prime particulière ponctuelle. Quand je dis « combat », je veux parler de combats en temps de guerre réelle, entre un pays et le Togo.

10) La réorganisation de la Justice togolaise :

S’il y a un département ou un corps de fonctionnaires qui a vraiment déçu et failli à sa mission, c’est bien le département de la Justice ; on a vu, sur la scène judiciaire togolaise, l’apparition, depuis une douzaine d’années, de magistrats véreux, corrompus, lâches, qui refusent obstinément, de lire le droit. Il n’est donc pas difficile de deviner que plusieurs magistrats passeront des années en prison, quant ceux qu’ils ont embastillé injustement, au mépris des lois de la république en vigueur, demanderont réparation . Il y’aura sûrement beaucoup de procès au Togo, après le départ d’EYADEMA.
Tous ceux qui se présentent à la télévision, pour s’attribuer la paternité de crimes, de casses, de voies de faits, ou pour accuser d’honnêtes citoyen, rendront gorge. Naturellement, les lâches et irresponsables commanditaires de ces shows télévisées et radiophoniques expliqueront, à des magistrats (non véreux), pourquoi ils envoient des jeunes, à visage découvert, s’attribuer des crimes, qu’ils n’ont peut- être pas commis. Ici encore, l’irresponsabilité de ceux qui ont le pouvoir et l’argent est flarante. Envoyer des gosses ou des pauvres mecs se faire condamner d’avance, est un crime, et l’addition sera salée pour ces criminels. Pour les gosses et les « pauvres mecs » leur cupidité et leur lâcheté justifieront les quelques mois ou années qu’ils passeront sûrement derrière les barreaux.
Il est inadmissible que des magistrats, condamnent à tort et à travers d’innocents citoyens, parce qu’ils ont reçu beaucoup d’argent. Le corps des magistrats devra être expurgés des éléments qui ont souillé leur serment et leurs robe de fonction... La Justice doit être rendue dans toute sa rigueur et toute sa splendeur.

Pour nous résumer, beaucoup de choses restent à faire ou à refaire après le départ d’EYADEMA. Il faudra un courage, une lucidité et même la foi, aux dirigeants de l’après EYADEMA, pour remettre notre chère patrie sur les rails (au sens vrai et figuré du terme), afin que notre Nation renaisse de ces cendres. Nous devons tous retrousser les manches, et commencer le colossal travail de reconstruction de notre pays. Considérons les années d’EYADEMA comme des années de guerre. Il est temps de reconstruire notre pays. Aux partisans d’EYADEMA, je dis ceci : chaque homme et chaque femme sur cette terre est responsable, individuellement, de ses actes.
Tout repli ethnique pour justifier un soutien quelconque aux crimes d’EYADEMA, est une attitude coupable et indéfendable.

Quand votre père biologique comment un crime, vous devez vous désolidariser de lui, et lui montrer la gravité de son acte.
Aux adversaires d’EYADEMA, je dis ceci : Si EYADEMA est mauvais, il n’est pas prouvé qu’il est le plus mauvais des Togolais. Il ne faudrait pas qu’après son départ du pouvoir, le peuple Togolais trouve sur son chemin, un autre EYADEMA, en plus mauvais ! Le comportement irresponsable, lâche et coupable de certains cadres civils et militaires de notre pays, incite à la vigilance permanente. Mais gardons espoir.

Que Dieu bénisse le Togo !

Dr David IHOU

 

© Copyright Dr David IHOU, Ancien Ministre de la santé et de la population

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