Totalitarisme et démocratisation

Le Togo dans la presse internationale

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 3 mai 2004, publié sur ufctogo.com

 

AFRICA INTERNATIONAL 376 mai 2004

Togo. L’Union européenne de retour à Lomé ?
Une fois de plus, le régime Eyadéma, vieux de 40 ans, promet de s’ouvrir à la démocratisation...

Devant les instances européennes, le gouvernement togolais s’est plié à une longue liste d’engagements en faveur de l’ouverture démocratique. Les premières consultations entamées le mois dernier à Bruxelles se concrétisent par la reprise du dialogue autrefois rompu. Gnassingbé Eyadéma espère voir lever à terme les sanctions décrétées contre son régime depuis1993. Rien n’est encore joué en matière de reprise d’aide financière au Togo

Quatre heures durant, Koffi Sama et ses accompagnateurs ont tenté de convaincre les experts de Bruxelles du bien fondé de rétablir en direction de Lomé l’aide communautaire suspendue au Togo voici plus de dix ans pour cause de « déficit démocratique ». Ayant mis un terme à sa coopération depuis l’époque, l’Union européenne (UE) a enfin donné l’occasion aux autorités de Lomé de plaider leur cas. Pour mémoire, l’Union reprochait au général Eyadéma sa confiscation du pouvoir et les graves violations qui ont émaillé le processus de démocratisation initié au début des années 1990. Pour se présenter devant les instances européennes le 14 avril, le Premier ministre Sama a pris le soin de s’entourer d’Edem Kodjo et de Zarifou Ayeva, deux opposants togolais dont la présence au sein de la délégation gouvernementale fut toutefois critiquée par l’opposition. Voulant atténuer son image de dictateur inflexible, Eyadéma (maître du jeu) a en effet choisi de mêler ces deux personnalités « consensuelles » à ses envoyés spéciaux. Lomé voudrait faire bonne figure. Et ce dosage de circonstance n’a pas échappé aux observateurs. Ne murmure-t-on pas d’ailleurs un retour possible de Kodjo au pouvoir aux côtés du même général-président ? On prendrait les mêmes pour recommencer. . .

Pour l’heure, les discussions menées au cours du premier round de consultations de Bruxelles ont débouché sur vingt-deux engagements pris par les représentants togolais devant les Quinze qui se sont montrés fermes à leur endroit. En application du fameux article 96 de l’Accord de Cotonou (fixant des règles de vie entre ACP et UE), les autorités de Lomé s’engagent désormais à prendre langue avec les principaux partis de l’opposition en vue d’impulser un nouveau dialogue intertogolais. Ces pourparlers entre anciens et futurs partenaires au dialogue devraient déboucher sur la mise sur pied d’un code électoral qui lui-même constituerait un premier pas vers des élections locales à venir dans un an.

En revanche, aucune date n’est annoncée pour les élections législatives tant attendues. Somme toute, le pouvoir de Lomé promet de garantir « un processus électoral transparent et démocratique, et acceptable pour toutes les parties dans un délai de 6 mois. »

Au nombre de ses engagements en vingt-deux points, Lomé promet aussi de garantir les libertés fondamentales, celles des partis politiques, de la presse ; de cesser tout harcèlement à l’endroit des opposants, de libérer les prisonniers d’opinion, d’empêcher les exécutions extrajudiciaires, de faciliter la libre circulation de chaque citoyen et le libre accès aux médias d’Etat. . .

Selon l’UE, la situation politique togolaise se caractérise par un blocage né du déficit démocratique, du faible respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Des manques qui constituent jusque-là des violations de l’Accord de Cotonou. C’est la raison pour laquelle la Commission a décidé, fin mars 2004, d’ouvrir des consultations afin d’examiner la situation et d’y remédier.

Au cours de la réunion d’ouverture à Bruxelles, « l’Union européenne a noté avec satisfaction que la partie togolaise a pris certains engagements et a donné des éléments positifs pour un renforcement du climat démocratique et de l’Etat de droit dans le pays. » Au terme de ces consultations, il n’a pas été décidé de la reprise de la coopération économique, au grand dam de la délégation togolaise qui doit encore patienter. On est encore loin du rétablissement de l’aide qui fait cruellement défaut à Lomé. Ferme et déterminée, l’UE veut d’abord voir les engagements d’Eyadéma se traduire dans les faits.

L’équipe Sama s’est engagée à « fournir des rapports le 1" juin et le 1" juillet 2004 aux instances de l’Union européenne, portant sur les progrès réalisés dans les différents domaines du dialogue, et sur l’accomplissement des engagements pris. »

Mi-juillet, des superviseurs européens iront vérifier sur place leur état d’avancement pour un pré-bilan. « La pleine coopération des autorités togolaises est capitale pour lui permettre de reprendre l’aide à ce pays dans ses efforts de développement », prévient l’UE. Les autorités de Lomé II sont désormais à l’épreuve. Sur leur table, cette longue liste de devoirs d’écolier... A suivre...

Par Demba DIALLO, Correspondant à Abidjan


Le Messager (Douala) - L’imposture permanente

« C’est au Togo qu’il faut aller observer la première scène de notre avilissement. Un piteux dictateur qui a réussi en plus de trente ans à s’imposer à son peuple par les armes, la brutalité et l’inculture... »

Les systèmes de gestion totalitaires qui se sont généralisés en Afrique renvoient maintenant à un catalogue de considérations qui nous rangent logiquement à la marge du monde. En cultivant et en tolérant des régimes politiques qui ne sont plus centrés sur le développement et le bien-être du citoyen, mais plutôt sur le sacre du dictateur et sa longévité, nous avons fini par produire sans vraiment nous en rendre compte, un citoyen entièrement abruti, corrompu, et bizarre.

Dans cette présentation de notre personnalité au reste des civilisations, ce n’est pas seulement notre mode de raisonnement qui est devenu subjectif, tout ce que nous faisons est de plus en plus loin de la réalité. Nous voyons les choses à l’envers et la vérité est ce que nous réfutons avec le plus d’énergie. Nous en sommes arrivés au point où ceux qui, jadis nous traitaient de grands enfants ou tout simplement de singes sauvages, se trouvent fondés dans leur jugement.

S’il fallait convenir que la pire des choses pour un individu de notre siècle est de vivre dans un régime où le mensonge et l’arrogance forment le socle idéologique de la gouvernance, tout converge pour conduire directement la majorité des Africains dans les poubelles de l’histoire. Ce qui étonne pourtant, c’est la facilité avec laquelle des dictateurs ont construit les multiples travers qui ont rendu possible cette situation.

En fait, l’instant d’une élection plurielle et pluraliste en Afrique du Sud ne peut pas susciter tellement de ferveur et de commentaires qu’on en vienne à oublier la photographie politique générale du continent. Notre sort dans l’actualité du monde ne vient ni du Sida, ni de la dette, ni de la chimère ambiante d’un certain Nepad. Laissons tomber les fanfaronnades gratuites et plus que inutiles de quelques diplômés qui inondent les journaux d’annonces de soutenances de thèses de doctorat. Eloignons-nous de quelques proclamations de victoires de régimes pourris à la veille de simulacres de consultations électorales.

Entrons dans le débat, autour des faits devenus modèles de notre système de gestion et de nos formes de pensée et d’action.

C’est au Togo qu’il faut aller observer la première scène de notre avilissement. Un piteux dictateur qui a réussi en plus de trente ans à s’imposer à son peuple par les armes, la brutalité et l’inculture, se lève un matin pour ordonner des prières dans les églises, les mosquées, les écoles et les marchés. De quoi est-il question ? Il s’agit de prier pour que les négociations avec l’Union européenne aboutissent à la reprise de la coopération entre les deux partenaires. Cette coopération a été en effet suspendue après que le dictateur a violé ses propres engagements de ne pas se représenter. L’image que de telles scènes donnent au monde sur les Africains n’est ni glorieuse ni enviable.
L’embêtant c’est que ce décor ne dérange en fait ni l’Américain ni l’Européen. Eyadema se contente de marcher sur des tapis rouges d’un bout à l’autre du monde et de se faire appeler monsieur le président. Ce que pensent vraiment les autres de lui et surtout des Africains ne l’embarrasse pas et ne le dérange point. L’essentiel demeure qu’il soit le président, détenteur du pouvoir de tuer, de donner la vie, de rendre riche ou pauvre. Et lorsque son bien passe par la destruction des intérêts de tout le pays ou de tout le continent, il n’hésite pas.

Ainsi va également le Cameroun, dans une parfaite foutaise qui ne connaît de bonheur et de réputation que le subjectivisme d’une bande d’imposteurs. On est parvenu à la situation où l’assurance de l’impunité a généré une volonté d’exportation du mal. On croit finalement que le reste du monde est comme le Cameroun : gouvernement de coups de tête ; vols et détournements impunis ; braderie de l’intérêt collectif ; infantilisation des subordonnés ; dépravation des moeurs ; trahison permanente ; fourberie.
Le résultat, nous le vivons en grandeur nature dans une affaire qui ne laisse la place à aucune autre conclusion en dehors de l’imposture. Aimé Césaire se plaignant de la brutalité des jugements à l’endroit de sa race, parlait de « ceux qui n’ont inventé ni machine à vapeur ni boussole ».

Voici arrivée l’invention du ridicule sans limites. Comment l’équipe nationale du Cameroun est-elle subitement devenue tellement importante qu’elle a eu le privilège d’expérimenter des maillots exceptionnels ? Depuis que ce sport existe, les Africains et plus spécialement les Camerounais n’auront donc trouvé pour seul apport que la présentation d’un maillot tour à tour entre une combinaison de nageur scaphandre et de danseuse de ballet. On avait déjà vu des joueurs, habituellement nobles, taper dans le ballon revêtus d’une tenue de manchot proches de délinquants qui croient faire peur en brandissant leurs biceps à longueur de journée.

Le fond du problème n’est que la preuve de l’imposture du gouvernement d’une clique de rapaces et d’irresponsables qui n’ont aucun souci de l’honneur de leur pays et qui seraient pour tout dire, des prédateurs pressés d’en finir avec une proie. On s’est installé dans l’impunité et on croit que tout est comme au pays, où aucune sanction réelle ne vient troubler la jouissance des traîtres, des voleurs et des corrompus. Lorsque l’on a pris l’argent de la corruption, on est disposé à vendre son âme et ses parents pour respecter le contrat.

La Fifa avait prévenu, mais l’équipe a tout de même joué avec les maillots proscrits, pour respecter le contrat, et parce que l’on avait rien à craindre des opinions des millions de Camerounais, et parce que le chef de l’Etat ne peut rien faire au-delà d’enlever quelqu’un de son poste. Après tout, la tradition établie voudrait que les voleurs perdent tout juste leurs postes mais pas leurs fortunes. L’impunité est totale.

Enfin, que voudrait-on traduire au fond par le renvoi d’un ministre, si la logique du vol, de la corruption et de la braderie des intérêts du pays, s’est installée sans aucun bruit, sans aucune gêne, et surtout avec des accents de laisser-aller chronique ? C’est en dernier ressort, la manière de faire, de voir et de penser qui est au centre du débat dans ce pays. Samuel Eboua qui fut longtemps secrétaire général de la présidence de la République sous le régime de Ahmadou Ahidjo, révèle dans un de ses livres-mémoires, que « dès la première année du pouvoir de Paul Biya, tous les projets tordus, mal ficelés, et contraires aux intérêts du pays qui avaient été rejetés par son prédécesseur, furent réhabilités et passèrent comme des lettres de courrier express. La plupart de ces projets provenait de truands qui avaient déjà essuyé des refus dans d’autres pays sérieux ».

Le contentieux entre le Cameroun et la Fifa s’inscrit donc dans la suite des conséquences d’un système de gestion inadéquat, gabégique, fourbe, mensonger et impitoyable pour les intérêts du pays. Sous d’autres cieux, les conséquences auraient été autrement plus graves. Lorsque des individus ont décidé de s’illustrer par l’absurde dans un sport, leur sort n’eut plus été que l’exclusion définitive ou la suspension pour un certain nombre d’années. Compte tenu des avertissements préalables de la Fifa, la sanction aurait été la suspension du Cameroun pour toutes les compétitions internationales pendant dix ans que cela aurait été compréhensible d’un point de vue légal.

Allons donc chercher au Congo, pour comprendre comment un colonel peut aisément faire disparaître des centaines de pauvres citoyens sur le beach à Brazzaville, et jouir de l’impunité à Paris parce que l’on est porteur d’un passeport diplomatique. L’Afrique est devenu ce champ impropre où des truands n’ont plus la peine à tuer tout en se proclamant anciens de l’église, conseiller paroissial, pasteur de ci et de ça.

Ce qui importe pour tous ces truands, ce n’est ni le résultat, ni le jugement de l’histoire. Ce sont tous des imposteurs qui jouent à dire ce qu’ils ne pensent pas, et vivent l’instant présent sans aucune réflexion pour les lendemains.

Par SHANDA TONME - 30Avril 2004

 

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