Liberia

Le Liberia offre à l’Afrique sa première Présidente

par Libération (France) , le 12 novembre 2005, publié sur ufctogo.com

Ellen Johnson Sirleaf prendra ses fonctions à la tête du pays en janvier.

 

En désignant, pour la première fois en Afrique, une femme à la présidence de la République, les Libériens sont restés fidèles à leur réputation de « pionniers » du continent noir : premier Etat indépendant (1847), première dictature de parti unique, première expérience d’apartheid et première guerre civile d’après-guerre froide... Pour la première fois depuis longtemps, le Liberia s’illustre donc par une bonne nouvelle.

A 66 ans, Ellen Johnson Sirleaf ressemble à une vieille dame frisée à lunettes, une gentille mamie. Ce n’est pourtant pas pour rien qu’on l’a surnommée la Dame de fer. L’une de ses affiches de campagne la représentait à vingt ans d’intervalle : le poing levé, haranguant une foule. Au milieu des années 80, elle avait payé son opposition à Samuel K. Doe, le dictateur d’alors, de deux séjours en prison au cours desquels elle avait été violentée.

Putschistes.

Ellen Johnson Sirleaf est présente dans la vie politique depuis trois décennies. Descendante de l’élite kongo (les héritiers des descendants d’esclaves affranchis américains qui ont fondé le Liberia) et diplômée de Harvard en économie, elle a servi sous le président Tolbert. En 1980, ce dernier était renversé dans un sanglant coup d’Etat mené par le sergent Doe, qui incarnait la revanche des Natives sur les Kongos. Johnson Sirleaf, qui avait immédiatement salué le « rééquilibrage » du pouvoir au profit des autochtones, était épargnée par les putschistes. Mais lorsque Doe a sombré dans la dictature tribale, elle est passée à l’opposition, allant jusqu’à soutenir la guérilla de Charles Taylor, dont elle s’est désolidarisée un peu tardivement. En 1997, elle se présente aux élections contre Taylor, qui ne lui pardonne pas : elle préfère quitter le pays peu après sa défaite, pour échapper à l’arrestation.

Son CV et son carnet d’adresses lui ont assuré une carrière prestigieuse : elle a ainsi travaillé pour le Programme des Nations unies pour le développement, la Banque mondiale et la Citibank. Elle parle donc la « bonne gouvernance » dans le texte : « J’ai beaucoup d’expérience politique et un passé professionnel reconnu en dehors du Liberia. Je sais que je peux mettre cette expérience au service du pays et j’espère avoir la chance de pouvoir le faire. » Un bon point alors que la communauté internationale a contraint l’actuel gouvernement à signer un plan de mise sous tutelle des finances du pays ­ connu sous l’acronyme de Gemap ­ afin de lutter contre la corruption endémique qui a ruiné le Liberia et l’a plongé dans quatorze ans de guerre civile, de 1990 à 2003.

Critiquer.

Mais Ellen Johnson Sirleaf sait aussi faire preuve d’indépendance, voire être cassante. Dans un entretien avec Libération, peu avant le premier tour, elle expliquait vouloir réduire la durée d’application du Gemap, prévu pour trois ans. « Avec un gouvernement fort, compétent et honnête, le Gemap n’a pas lieu d’être. » Elle n’hésite pas à critiquer l’ONU, dont le bilan au Liberia est assez mitigé, après deux ans de transition : « La plus grande partie de l’argent a été utilisée à acheter des gros 4 x 4 qui encombrent nos rues. Nous saurons mieux utiliser nos maigres moyens. Et puis, n’oubliez pas que le Liberia n’est pas pauvre, nous avons des ressources naturelles. » Jeudi, Ellen Johnson Sirleaf a tendu la main à son rival, George Weah, en lui proposant « un rôle important dans le prochain gouvernement ». Mais il est peu probable que deux aussi gros ego cohabitent dans la même équipe. Ellen Johnson Sirleaf prendra ses fonctions début janvier.

Christophe AYAD

 

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