Crime contre l’humanité

Le Général Dallaire évoque l’implication du régime Eyadema dans le génocide rwandais

par Hirondelle News Agency , le 21 janvier 2004, publié sur ufctogo.com

L’ancien commandant de la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR), le général canadien Roméo Dallaire, a déclaré mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) que l’épouse de l’ex-président rwandais Juvénal Habyarimana se trouvait au centre des "escadrons de la mort."

 

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Le général à la retraite a indiqué que selon ses informations, "les beaux- frères et l’épouse du président" occupaient une place importante au sein des ces escadrons. Un des beaux-frères du président Habyarimana, l’ancien préfet Protais Zigiranyirazo, est détenu à Arusha.

Le général Dallaire a indiqué avoir entendu parler pour la première fois des escadrons de la mort en novembre 1993. Il était arrivé dans le pays un mois plus tôt. Il a alors eu "le sentiment qu’il y avait une force occulte, une troisième force qui oeuvrait à créer du grabuge", selon sa déposition.

Il s’agissait, selon lui, des "éléments qui militaient dans l’ombre contre l’accord" de paix conclu en août 1993 entre le gouvernement majoritairement hutu de l’époque et les rebelles tutsis du Front patriotique rwandais (FPR, aujourd’hui au pouvoir à Kigali).

Ces escadrons de la mort n’avaient pas de "structure palpable", a indiqué le général Dallaire.

Il a par ailleurs déclaré que selon d’autres sources, "il y aurait eu un accord avec le gouvernement du Togo, en vertu duquel des officiers togolais seraient venus au Rwanda pour exécuter des assassinats".

Le général-témoin a cependant admis que ses services n’avaient pas pu vérifier ces informations. "Je n’ai pas vu, ni reçu de rapports sur des Togolais comme tel", a-t-il reconnu.

Le général Dallaire témoigne à charge depuis lundi dans le procès de quatre officiers des ex- Forces armées rwandaises (FAR) dont l’ancien directeur de cabinet au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora. Le parquet du TPIR le considère comme "le cerveau" du génocide.

Les autres accusés dans cette affaire sont l’ancien responsable des opérations militaires à l’Etat-major de l’armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, l’ancien commandant du secteur militaire de Gisenyi (nord-ouest), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, et l’ancien commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze.

Ils sont poursuivis pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ils plaident non coupables.

Hirondelle News Agency (Lausanne)


ARUSHA, Tanzanie (AP) - Les dirigeants de la communauté internationale sont responsables du génocide au Rwanda car ils ont ignoré le massacre qui se préparait et n’ont rien fait pour s’y opposer, a affirmé jeudi Roméo Dallaire.

M. Dallaire dirigeait la Mission d’assistance de l’ONU au Rwanda entre octobre 1993 et août 1994. Jeudi, devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Arusha, en Tanzanie, le lieutenant-général canadien à la retraite a déclaré qu’il lui avait été impossible d’empêcher le génocide qui a fait 500 000 morts parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés.

Selon lui, la force d’intervention de l’ONU disposait d’un mandat limité et d’un nombre insuffisant de soldats et d’armes. Les demandes de renforts sont restées lettre morte, a aussi dit M. Dallaire au TPIR.

Il a particulièrement insisté sur l’absence de coopération de la France, des Etats-Unis et de la Belgique, l’ancienne puissance coloniale qui disposait du plus important détachement de soldats en sol rwandais. "Je n’ai pas pu bénéficier d’aucun renseignement de leur part", a indiqué M. Dallaire.

Après le décès de 10 de ses soldats tués par les troupes rwandaises, la Belgique a ordonné le retrait de sa force de maintien de la paix, qui était le pivot de l’opération de l’ONU.

Roméo Dallaire était contre-interrogé jeudi par Raphaël Constant, l’avocat principal du colonel Théoneste Bagosora. La poursuite allègue que M. Bagosora aurait orchestré le génocide après avoir pris le contrôle de l’armée et des affaires politiques du Rwanda.

M. Bagosora, le brigadier-général Gratien Kabiligi, le colonel Anatole Nsengiyumva et le major Aloys Ntabakuze ont tous plaidé non-coupable aux accusations de génocide et crimes contre l’humanité commis au cours du massacre qui a duré 100 jours. M. Dallaire, 37e personne entendue par le TPIR, est considéré comme un témoin important du procès.

Le militaire retraité a expliqué comment la situation s’était dégradée au cours des mois qui ont précédé les tueries. Il a aussi expliqué qu’un des principaux partis politiques hutus était voué à la haine des Tutsis. M. Dallaire a réfuté les affirmations de M. Constant, le décrivant comme un sympathisant des Hutus. "J’ai conservé mon indépendance lorsque j’ai eu des décisions à prendre", a-t-il dit.

Il a aussi expliqué au tribunal que M. Bagosora a engagé des instructeurs militaires du Togo pour entraîner des milices hutues à tuer des Tutsis. Le témoignage de M. Dallaire devrait se poursuivre vendredi.

Plus tôt, le TPIR a condamné un ancien ministre de l’Education à purger une peine d’emprisonnement à perpétuité pour son rôle dans le génocide. Jean de Dieu Kamuhanda, 51 ans, a été trouvé coupable de génocide et d’extermination mais il a été acquitté de huit autres chefs d’accusation de crimes contre l’humanité.

"Je ne suis pas satisfait de la sentence et j’envisage d’en appeler après avoir consulté mon client", a dit l’avocat Aricha Conde.

AP - The Canadian Press

 

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