Histoire

Le Crime de Napoléon de Claude Ribbe

par Dr Antoine Fritz Pierre , le 29 décembre 2005, publié sur ufctogo.com

Plus d’un million de personnes vouées à la mort selon des critères raciaux, un génocide perpétré en utilisant les gaz, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dévorés vivants par des chiens, deux cent cinquante mille citoyens enchaînés et mis en esclavage, un plan de déportation meurtrier incluant d’anciens parlementaires, des escadrons de la mort pour traquer les résistants et les brûler sur place, des camps de triage et de concentration, des lois raciales. Cent quarante ans avant la Shoah, un dictateur, dans l’espoir de devenir le maître du monde, n’hésite pas à écraser sous sa botte une partie de l’humanité. Ce n’est pas de Hitler qu’il s’agit, mais de son modèle, Bonaparte. Comment les exactions de ce despote misogyne, homophobe, antisémite, raciste, fasciste, antirépublicain, qui détestait autant les Français du continent que les Corses, ont-elles pu, jusqu’à présent, rester ignorées du grand public ? Pourquoi une certaine France, au XXIe siècle, s’acharne-t-elle de faire du boucher des « noirs » un héros national ? Deux cents ans après, Claude Ribbe dénonce enfin, pour la première fois, preuves et témoignages à l’appui, Le Crime de Napoléon.

 

Le Crime de Napoléon de Claude Ribbe aux éditions "Privé", ISBN : 2-35076-012-X, prix éditeur 18€ (France)

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Voici un ouvrage qui suscite une controverse vive et passionnée qui va au-delà même du livre. C’est dire si l’auteur a atteint son but. Son essai a fait mouche et chassé les loups du bois. La meute des contestataires offensés a été alertée ; ils sortent de leur silence, la lippe pleine d’écume et les yeux rouges de rage. Ils fulminent, laissent le contenu du livre de côté puisqu’il s’agit d’un pamphlet, « une charge polémique dirigée contre les historiographes officiels, accusés de minimiser le passé esclavagiste de la France ».

Voilà déjà le procédé qui va se généraliser chaque fois que le livre sera sur la sellette. On dit pamphlet, soit, mais dirigé contre le passé esclavagiste de Napoléon ; mais subrepticement la substitution de la France à Napoléon est vite et malencontreusement faite. Voilà ce qui est déplorable dans cette joute intellectuelle où s’emballent les passions.

Et ce n’est pas fini. Tout ce que dit Ribbe à propos des exactions, des massacres, des déportations de l’armée du général Leclerc remplacé à sa mort à Saint-Domingue par le féroce Rochambeau n’est pas contestable puisque l’auteur fait appel à de nombreux documents venant de différentes sources qui les attestent. Les faits ne sont pas, tout de même, des inventions de Ribbe.

La ruse des contestataires consiste à ne pas les nier mais à en dénoncer les partis pris anachroniques, les interprétations pro domo et les amalgames dont « l’auteur abuse à tort et à travers ». Les détracteurs sont agacés et poussent leur ire jusqu’à l’invective, à l’arrogance et au mépris.

Qualifier Ribbe de « quidam, sans autre autorité intellectuelle ou morale que celle qu’on vient de lui conférer par aberration en le nommant par décret au journal officiel du 10 novembre à la Commission nationale consultative des droits de l’homme », tout cela pour un petit ouvrage de 216 pages, c’est dire si la charge a frappé juste et fait mal.

Car je ne peux imaginer un instant que M. l’académicien qui a formulé ce jugement dans Le Monde du 13 décembre ignore qui est Ribbe. Mais que voulez-vous ? Il se situe dans une continuité clanique dont Ribbe a le toupet de dévoiler les silences convenus. Voici une appréciation, citée par Ribbe, du général Dumas par le général Paul Thiébault qui fut son subalterne dans l’armée d’Italie : « Le brave général Dumas a été nommé général en 1793, c’est-à-dire au milieu du gâchis et des aberrations d’une terrible époque ».

Aberrations pour contester la légitimité du grade du général Dumas hier, aberration pour contester aujourd’hui l’autorité intellectuelle ou morale de Ribbe ou de bien d’autres, n’est-ce pas ? Nihil novi sub sole (rien de nouveau sous le soleil) M. l’académicien. Nous avons suivi l’autre dimanche soir le face-à-face Ribbe/Jamet dans l’émission de Fogiel, la première en date où la meute s’est mise en position de riposte. La tactique à appliquer en réponse à Ribbe fut utilisée pour la première fois.

Non contestation des faits dénoncés par l’auteur mais l’empêcher de présenter ses arguments ou de répondre aux fausses interprétations qu’à leur tour les contestataires peuvent se permettre. Tous les arguments sont valables, même les plus dangereuses, pour les causes défendues sur le plateau de la télévision.

Justifier les exactions de l’armée expéditionnaire de Napoléon à Saint-Domingue en répondant ex abrupto que Napoléon était en guerre, relève d’une imprudence impardonnable pour l’utilisation qui peut être faite pour interpréter des événements monstrueux plus proches de nous.

Plus pitoyable encore, il fallait être à court d’argument pour oser prétendre que les autorités haïtiennes qui avaient accordé des passeports aux Juifs durant la seconde guerre mondiale l’avaient fait par compensation eu égard aux massacres des Français perpétrés par Dessalines en 1805. Quel rapport ? Que je sache, ces Français-là n’étaient pas des Juifs ; et puis pourquoi ne pas aussi utiliser l’argument qui consiste à dire que Dessalines était en guerre contre la France qui n’excluait nullement, à l’époque, de reconquérir Haïti par tous les moyens.

D’ailleurs si Dessalines est parvenu à une telle extrémité c’est parce que les Français qu’il avait accepté de garder dans le nouvel État narguaient constamment les nouvelles autorités en les menaçant de toutes sortes de représailles au moment de la reconquête. Représailles dont, du reste, le général français Ferrand resté dans la partie Est de l’Île multipliait à longueur de temps des exemples tout le long de la frontière. Il ne serait pas de bon ton de reprendre ici les statistiques pleines d’humour de Catineau-Laroche, un colon de Saint-Domingue qui se demandait combien furent donc les colons massacrés par Dessalines.

Bref, il y a dans ce genre de réponses entendues l’autre soir, une désinvolture sinon une insolence qui rejette toute idée de générosité sinon d’humanité. L’acte haïtien était tellement généreux, spontané, pourquoi l’affubler de tant de mépris ? Heureusement que les descendants des bénéficiaires ne se sont pas trompés et nous en donnent encore acte aujourd’hui.

L’ouvrage de Ribbe, en tout cas, témoigne de cette prise en main de notre propre histoire. Que cela plaise ou ne plaise pas. Il renferme au-delà d’un argumentaire pamphlétaire, donc exagéré, une grande richesse de révélations, faits, événements ou statistiques historiques épars ou dispersés dans des archives qui ne sont pas à la portée de tous. Il faudra reprendre certains textes ou certaines références pour sortir des noms et des statistiques plus précises à propos des soldats de la Guadeloupe ou de Saint-Domingue particulier les noms de certains officiers de l’état-major de Toussaint Louverture déportés en Guyane ou en Corse, etc.

Aujourd’hui, on nous dit que l’historien doit seulement révéler les faits et les exposer dans toute leur nudité sans chercher à les interpréter ou les juger. C’est nouveau et valable seulement pour des gens comme Ribbe, car qu’est-ce qu’on a fait jusqu’à maintenant de notre histoire sinon que l’interpréter jusqu’à l’exclure ou l’occulter de tout enseignement. N’est-ce pas déjà une façon élégante de l’interpréter ou de la juger ? A votre aise, Messieurs les censeurs, mais ne comptez pas sur nous.

Par le Dr Antoine Fritz Pierre
Extrait de Haïti-Tribune n° 29, décembre 2005

 

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