I have a dream

Le 4 avril 1968 : Martin Luther King est assassiné

par Marc K. Satchivi , le 4 avril 2004, publié sur ufctogo.com

Extraordinaire destin que celui de ce pasteur noir, et champion de la lutte pour les droits civiques de ses frères. Ce combat le hisse au premier rang jusqu’à sa fin tragique.

 

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Le pasteur Martin Luther King arrive à Memphis, ville de l’Etat du Tennessee, dans la matinée du 3 avril 1968, pour préparer une marche de soutien aux éboueurs. Il descend au motel Lorraine. Le 4 avril, après une réunion avec ses collaborateurs, King regagne sa chambre à 17 heures, fait une toilette, change de vêtements et se prépare à répondre à une invitation à dîner. Il échange des propos avec ses amis et se retrouve sur le balcon du motel, au-dessus du parking. Certains de ses collaborateurs sont en bas et il parle avec eux. A 18 h 01 : un coup de feu. Le pasteur est atteint à la tête, du côté droit. Il tombe et perd beaucoup de sang. A 19 h 05, le défenseur des droits des Noirs aux Etats-Unis succombe à l’hôpital de Saint-Joseph de Memphis.

Après le coup de feu, les policiers accourent. Au même moment, un Blanc s’enfuit au volant d’une Ford Mustang blanche. On découvre un fusil à lunette, qui conduit à Harley Lowmeyer, acheteur du fusil à Birmingham, et à John Willard, locataire d’une chambre dans une pension en face du motel, d’où le coup de feu a été tiré. Lowmeyer et Willard c’est, en fait, une seule et même personne : James Earl Ray. L’assassin de Martin Luther King sera arrêté le 8 juin 1968 à Londres, en Grande-Bretagne.

Martin Luther King Junior est né à Atlanta, capitale de la Georgie, dans le sud-est des Etats-Unis, le 15 janvier 1929. Le Sud est encore prisonnier de son passé esclavagiste. Etudiant en sociologie à Morehouse College, King est ordonné pasteur en 1947 et nommé vicaire de l’Eglise baptiste Ebenezer, jadis dirigée par son grand-père maternel et administrée ensuite par son père. C’est au séminaire Crozer, en Pennsylvanie, qu’il fait sa plus grande découverte : la vie du Mahatma Gandhi. Séduit par le leader indien, il adopte la non-violence. En 1955, King décroche un doctorat en théologie à l’université de Boston, après s’être marié, en juin 1953, avec Coretta Scott, et avoir été nommé pasteur, en 1954, à l’église baptiste de Dexter Avenue, à Montgomery, dans l’Alabama.

Miracle en Alabama
Son objectif : lutter contre la discrimination raciale qui sévit dans cet Etat du Sud. Il fonde, dans sa paroisse, un comité d’action politique, adhère à la section locale de la National Association for the Advancement of Coloured People (NAACP) et à l’Alabama Council of Human Relations. Son ambition est de pousser les Noirs à agir pour combattre la ségrégation. Les Blancs ne sont pas disposés à le laisser faire. Quant aux Noirs, ils montrent une certaine apathie. Mais un événement important se produit à Montgomery le 1er 1955. Ce jour-là, Rosa Parks, une couturière noire d’une quarantaine d’années, prend le bus pour rentrer chez elle. Le véhicule est bondé mais elle réussit à trouver une place assise dans l’espace réservé aux Noirs. A l’un des arrêts, le chauffeur lui ordonne de céder sa place à un passager blanc. Parks refuse. Le conducteur la fait arrêter. Inculpée, elle est libérée sous caution. C’est cette affaire qui conduit Martin Luther King à prendre la tête du mouvement pour les droits civiques.

Sa première action d’envergure est une campagne de boycottage, par les Noirs, des transports en commun à Montgomery. Tous suivent le mot d’ordre. Le boycott des autobus dure 381 jours. Le 30 janvier 1956, une bombe explose chez le pasteur, sans faire de victime. Le 13 décembre 1956, la Cour suprême des Etats-Unis déclare anti-constitutionnelles les lois de l’Alabama sur la ségrégation dans les bus. C’est une victoire historique pour King.

Le petit pasteur de Dexter Avenue, dont la voix de baryton et l’éloquence électrisent les foules, vient d’atteindre une dimension inattendue : il est à l’avant-garde du mouvement pour le respect des Noirs et la reconnaissance de leurs droits. Subitement célèbre, il arrive à Accra, au Ghana ; en mars 1957, à l’occasion des fêtes de l’indépendance, avant de se rendre au
Nigeria. Il réaffirme son opposition à l’idée, datant du dix-huitième siècle, de retour des Américains noirs en Afrique. Au cours de cette année 1957, le pasteur devient l’un des orateurs les plus sollicités aux Etats-Unis. Président de la Southern Christian Leadership Conference, fondée par des leaders et des pasteurs de dix Etats du Sud, Martin Luther King apparaît aux yeux de la communauté noire comme le berger attendu depuis une cinquantaine d’années. Le 17 mai 1957, lors d’une marche de prière pour la liberté à Washington, il réclame le droit de vote pour les Noirs. Mais l’audience que lui accorde le président Eisenhower est infructueuse.

Malgré sa notoriété, King n’est pas à l’abri des brutalités policières. En 1958, une femme noire tente de le tuer à Harlem. Après un pèlerinage au pays de Gandhi au début de 1959, le pasteur quitte Montgomery pour Atlanta, siège de la Southern Christian Leadership Conference. La lutte pour les droits civiques entre dans une nouvelle phase, notamment à travers le Student Nonviolent Coordinating Committee. Mais King n’a pas que des amis. Combattu par les Blancs, il l’est aussi par certaines personnalités noires jalouses de son succès ou complices de l’ordre régnant. Son action ne récolte pas le même succès partout. En 1960, alors qu’il est arrêté, il doit sa libération - sous caution - au candidat à la présidence John F. Kennedy, lequel s’attire ainsi la sympathie de l’électorat noir.

"Homme de l’année" 1963

Après les voyages de la liberté dans plusieurs Etats du Sud, King lance en janvier 1963 des actions à Birmingham, une autre ville de l’Alabama. A ses côtés, ses fidèles compagnons Ralph Abernathy, Andrew Young, Jesse Jackson, James Bevel, Dorothy Cotton... Malgré les brutalités policières, les arrestations, la répression, le pasteur tient bon. La ségrégation est abolie à Birmingham en mai. Cette nouvelle victoire contraint le président Kennedy à condamner publiquement la discrimination raciale, même s’il n’arrive pas à faire adopter son projet de loi sur les droits civiques. King incarne désormais la "révolution noire". Mais sa non-violence le rend suspect aux yeux des membres les plus radicaux de la communauté noire, comme les Black Muslims, les Black Panthers ou Malcolm X, qui le considèrent comme un traître. Le pasteur est désigné homme de l’année par le magazine Times à la fin de 1963, à cause de sa grande marche sur Washington, organisé en août, qui a réuni 250 000 personnes, Blancs et Noirs, autour du Mémorial Lincoln. Dans un discours resté célèbre, il dit : " Je rêve qu’un jour, sur les collines rouges de Georgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité (...) Je rêve que mes quatre enfants vivront dans une nation où ils ne seront pas jugés suer la couleur de leur peau, mais sur leur personnalité."

Mais Martin Luther King compte parmi ses ennemis jurés J. Edgar Hoover, le tout-puissant directeur du FBI, qui le considère comme "le menteur le plus notoire du pays". Le FBI le traque, pose des micros dans toutes les chambres d’hôtel où il séjourne, menace de publier des enregistrements sur ses aventureuses amoureuses. Moralement atteint, le pasteur n’en continue pas moins sa lutte. En juillet 1964, le président Johnson signe enfin la loi sur les droits civiques. En octobre, l’apôtre de la non-violence reçoit le prix Nobel de la paix. Mais lorsque, en 1966, il condamne la guerre du Vietnam, toute l’Amérique conservatrice lui en veut à mort. Même Johnson ne lui parle plus. Les actions qu’il lance alors dans le Nord récoltent un succès mitigé. Le 4 avril 1968, il est assassiné. En réaction, les Noirs embrasent l’Amérique.

L’assassin de Martin Luther King plaide coupable, avant de se rétracter. Il est néanmoins condamné à quatre-vingt dix-neuf ans de prison. Mais en 1997, il clame encore son innocence devant un fils du pasteur. La justice, elle, refuse de le remettre en liberté. Figure mythique de l’Amérique, King est rentré au panthéon des grands hommes, ceux qui ont cru aux vertus de la non-violence. Une journée lui est dédiée chaque année aux Etats-Unis. Et sa famille fait fructifier son à travers le centre King établi à Atlanta.

Commentaire :

Trente-six ans après l’assassinat macabre du pasteur Martin Luther King, leader du mouvement américain des droits des Noirs, nous nous posons deux questions fondamentales : la sécurité physique des leaders et les moyens et autres stratégies des mouvements politiques, dont ils sont les responsables .

A la première question, nous pensons qu’il est de notoriété que les organisations politiques protègent leurs dirigeants. Aussi, tous les moyens doivent être mis en œuvre pour cela. Ceci relève de la sécurité de toute l’organisation. Souvent, nous pensons que l’adversaire ou l’ennemi d’en face joue à « l’enfant de chœur ». Au nom de la soi disant légalité, il vous kidnappe, réprime, assassine ... Et dans l’impréparation, les mains nues, c’est le peuple qui subit la violence. Où se trouve alors le rapport de forces ? La force du peuple réside dans sa détermination, sa formation surtout politique, son adaptation à toute situation donnée. Tout cela nous amène à aborder le second point.

Les moyens et stratégies doivent faire partie des préoccupations légitimes de toute organisation qui veut atteindre un objectif. C’est en son sein qu’elle se doit les approprier avant de compter sur tout apport extérieur. Quant à la stratégie, elle vient soutenir le tout. Chaque situation doit avoir du répondant. Le tout sur base d’une directive claire et conséquente. Même en choisissant la non violence, le pasteur King a toujours été traqué par les services secrets américains. Alors que longtemps, on lui a fait croire qu’il jouissait d’une certaine notoriété. C’est encore un piège de l’hypocrite d’en face. En guise d’exemple, nous dirons que c’est une forme de stratégie à eux. Attirons l’attention des uns et des autres sur un fait banal, mais fort significatif. Au pays de l’Oncle Sam, où on parle de démocratie et de droits de l’homme, dites-nous comment peut on autoriser un groupe à l’image du Ku Klux Klan, réputé pour ses méthodes fascistes. La démocratie a des contenus et des principes. Il revient aux peuples d’en déterminer les règles qui doivent les arranger et les conduire à bon port.

Marc K. Satchivi
Source : L’Autre Afrique du 1er au 7 avril 1998

 

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