Ablodé

Le 10 novembre 1946 : une étape dans « la maturation et la structuration du patriotisme togolais »

par UFCTOGO.COM , le 10 novembre 2006, publié sur ufctogo.com

 

Cette expression heureuse est empruntée à Godwin Tété-Adjalogo qui dans son « Histoire du Togo, la palpitante quête de l’Ablodé », replace ces élections de novembre 1946 qui avait pour but de permettre aux Togolais de désigner leur représentant à l’Assemblée nationale française, dans le contexte de la lutte pour l’autodétermination des peuples colonisés.

En effet, selon Godwin TETE, l’histoire de notre pays dans les jours qui suivent la fin du second conflit mondial peut s’appréhender sous les trois angles que voici :
- a) les revendications découlant des recommandations de la Conférence de Brazzaville ;
- b) l’Union Française et la première représentation du Togo en France ;
- c) l’avènement d’un nouveau régime international de tutelle et ses répercussions au Togo sous mandat français.

L’auteur de la palpitante quête de l’Ablodé indique que « l’amélioration de la situation socio-économique tardait à paraître après le passage de l’AOF sous le régime gaulliste. Qui pire était, une certaine aggravation de cette situation se fit jour en 1945. et le doute envahit la population quant à la capacité de la France à se relever de ses cendres. Ce sentiment négatif à l’endroit de la métropole souda l’opinion publique togolaise et renforça le particularisme des gens de chez nous vis-à-vis de l’Union Française en gestation. »

Ainsi la proposition par un député français de la constitution d’une fédération française d’outre-mer, mettant l’accent sur l’égalité des peuples et les droits des possessions françaises à s’élever dans une démocratie politique avec l’aide des métropolitains n’est vue d’un bon œil.
C’est dans ce contexte, poursuit Godwin TETE, que le gouverneur J. Noutary réunit à Tonyeviadzi, les 11 et 12 mai 1945, une « Conférence locale » des leaders naturels des cercles du sud du territoire avec, pour objectif, l’examen approfondi des recommandations du cas spécifique togolais...
Cette réunion inclut les points suivants à l’ordre du jour :
- le statut juridique du territoire
- la citoyenneté
- la représentation des Togolais dans les assemblées françaises d’une part, locales de l’autre. ;
- la réforme de la justice et l’évolution des coutumes ancestrales ;
Les problèmes du développement (enseignement, industrialisation et l’assistance sociale)

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Sylvanus Olympio (CUT)

L’auteur nous apprend que les débats furent passionnés à propos de la question du statut juridique du territoire : la position unanime était pour un retour au régime d’avant 1934, c’est-à-dire à l’autonomie par rapport à l’AOF et au Dahomey. Ce qu’il faut retenir de cette « Conférence locale » des 11 et 12 mai 1945 est la confirmation de l’esprit particulariste des Togolais qui tenaient à conserver leur originalité , qui voulaient demeurer simplement Togolais... Cette conférence aura confirmé les capacités charismatiques de Sylvanus Olympio. Elle présageait du rejet de la future « Union Française » par les Togolais... En somme, elle témoigne de la maturité du patriotisme togolais. Godwin TETE évoque l’autorité de l’historien Michel Akué-Goeh pour qui, « la Conférence des 11 et 12 mai,... a été un détonateur de l’opinion politique au Togo. Cette opinion est caractérisée par son esprit particulariste et une certaine unité de vue qui tire son origine des difficultés économiques auxquelles toutes les couches de la population étaient confrontées. La manifestation de ce particularisme va se poursuivre durant l’année 1945 et plus tard en 1946 avec les élections de députés à l’Assemblée constituante »

En effet, dès 1942, de Gaulle, en accord avec les chefs de la résistance intérieure, avait arrêté l’idée qu’une fois libéré, le peuple français devait se donner un nouveau régime politique à définir par une Assemblée constituante. Ensuite, la Conférence de Brazzaville(30 janvier-8 février 1944) recommanda des changements à intervenir dans le fonctionnement de l’Empire français, surtout en Afrique noire...A ces fins, une Constitution sera adoptée le 27 octobre 1946 qui permettra à la France et à l’Union française de fonctionner proprement.

Cette Constitution prévoit la formation d’une « Union Française » entre la France et les peuples d’outre-mer vivant sous son drapeau. En sus des organes particuliers, cette « Union » participe aux côtés de la métropole, à un certain nombre d’institutions de la république. Elle prévoit :
- des Organes communs à la République et à l’Union
- un Président de la république et de l’Union
- un Parlement, clé de voûte du nouveau système, composé de l’Assemblée nationale et du Conseil de la république. Sur les 619 membres de l’Assemblée nationale, 19 viendraient de l’Afrique Noire. Ces députés africains seraient élus selon la loi du 5 octobre 1946.

Il faut toutefois faire observer que le Togo, à l’instar du Cameroun constitue un cas particulier. « En effet, s’il est un territoire administré par la République française, le Togo... n’est pas un territoire de la république française, terme qui désigne les colonies françaises.... Le Togo faisant toutefois partie de l’Union Française, les dispositions concernant cet ensemble et prévues par la Constitution du 27 octobre, et au point de vue des principes que de l’organisation, lui seront appliquées...
Dans ce cadre, la Constitution de 1946 prévoit l’institution d’assemblées au niveau territorial et au niveau métropolitain, d’où l’intervention d’élections pour y pourvoir, va inaugurer au Togo une valse de consultations électorales entre 1946 et 1958. Ce seront des occasions d’animation de la vie politique et propagande pour dépasser le cadre constitutionnel de l’Union française qui... va échouer face aux mouvements nationalistes et autonomistes... En effet, affirme Godwin TETE, « les radicaux ont toujours nourri une hostilité viscérale envers toute représentation de notre pays dans une instance quelconque de la métropole. Ils étaient...hantés par la crainte de voir la terre de nos aïeux subrepticement intégrée de facto dans l’Union Française, c’est-à-dire dans l’Empire colonial français. C’est donc à contrecoeur, et pour ne pas donner l’impression d’un extrémisme politique excessif, qu’ils ont finalement accepté de participer aux consultations qui débuteront le 10 novembre 1946.

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Le député Martin AKU (CUT)

A propos de ces élections, l’auteur signale que « le Comité de l’Unité Togolaise élabore son programme en trois points. Il exalte le peuple éwé sur son territoire partagé arbitrairement par le colonialisme européen - défend la spécificité du statut international du Togo, dont il refuse la représentation avec le Dahomey au sein de l’Assemblée française - réclame des réformes socio-économiques, notamment la libre circulation des biens et des personnes dans le Togo franco-britannique, la réorganisation de la chefferie coutumière, des réformes fiscales.
Le CUT propose comme candidat le docteur martin AKU, fraîchement rentré après plusieurs années d’études en Allemagne et en France... I le docteur Martin AKU définit son programme en ces termes-ci : « obtenir pour le Togo des réformes politiques, économiques et sociales lui permettant d’accéder plus tard au self-government et à l’indépendance... Contre Martin AKU, les réformistes présentent Nicolas Grunitzky, Secrétaire général du Parti Togolais du Progrès(PTP). Fidèle à sa vision des choses, Nicolas GRUNITZKY prône l’intégration du Togo au sein de l’Union Française, heurtant ainsi carrément de front les vœux les plus intimes de son peuple. »

Les résultas du scrutin donnèrent la victoire aux nationalistes à martin AKU, qui recueillirent environ 73% des voix contre 25% à Nicolas GRUNITZKY.

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Le révérend Andreas AKU

Martin AKU devient ainsi le premier député togolais à l’Assemblée nationale française. L’homme est né le 25 septembre 1913 à Lomé. Il est le fils du révérend pasteur Andréas AKU. Celui-ci joua un très important rôle dans la formation de l’église évangélique du togo. Martin AKU, après ses études primaires à Lomé, fut confié pour ses études secondaires à la Mission de l’Allemagne du Nord, à Brême. Après avoir effectué des études de médecine à Paris, il revient au Togo, juste au moment où la question de la candidature CUT à la députation en France se pose. » Godwin TETE explique que son choix est largement dû à l’héritage spirituel laissé par son père. Il fut pratiquement plébiscité...

De 1946 à 1951 il est le premier député du Togo au Parlement français. « battu par Nicolas GRUNITZKY aux élections de 1950, il se consacre dès lors à la médecine. Son diplôme rejeté d’un revers de la main par l’administration coloniale française, il dut exercer au Ghana ayant abandonné toute activité politique. Martin AKU mourut en 1970.

Les leçons de ce processus sont tirées par l’historien Séti Y. GBEDEMAH, dans sa contribution, « les structures institutionnelles du Togo français de 1920 à 1960 », reprise dans Histoire des Togolais de 1884 à 1960( presses de l’université de Lomé, Lomé 2005). Seti GBEDEMAH conclut que ce nouveau cadre de collaboration entre les représentants de la France et Togo implique des élections en vue du recrutement des délégués : « c’est l’occasion pour les Togolais d’exprimer leurs aspirations. Elles sont diverses comme le montre le programme politique des cinq partis en présence :

- le Comité de l’Unité Togolaise (CUT) créé le 13 mars 1941 pour soutenir la France occupée et humiliée par l’Allemagne, s’est transformée en parti politique le 26 avril 1946 pour revendiquer la réunification du peuple éwé, puis la réunification des deux Togo, enfin la constitution d’un Etat indépendant. Et souverain ;

- le Parti togolais du progrès (PTP), est constitué le 9 avril 1946 pour défendre la politique d’intégration du Togo oriental à l’Union Française ;

- l’Union des Chefs et populations du nord (UCPN), déclarée le 2 juillet 1951, défend le même programme que le PTP ;

- le Mouvement de la Jeunesse Togolaise ( Juvento) qui a déposé ses statuts le 25 septembre 1951, milite pour l’indépendance du Togo oriental et soutient la reconstitution du Togo allemand comme l’achèvement de l’indépendance ;

- le Mouvement populaire Togolais (MPT), créé le 16 août 1954 par quelques membres fondateurs du PTP, réclame l’autonomie du Togo oriental dans l’Union Française. »

Le degré d’audience de chacun des deux premiers partis politiques, le CUT et le PTP, est mesuré par les élections organisées pour un électorat de 7963 inscrits en 1946. malgré le soutien de la France, le PTP n’a pu convaincre les Togolais, qui ont plutôt fait confiance au CUT, dont l’encadrement a une surface sociale importante et qui a su élaborer un programme étendu à toute l’échelles des aspirations et revendications populaires du moment... les résultats de cette première mise à l’épreuve des formations politiques, se révèlent incontestablement favorables aux militants et sympathisants du CUT, qui s’emploie dès lors à consolider sa position acquise de parti dominat et développer ses activités- ce qui n’est pas du goût des autorités françaises... »

Lire avec profit :
- Histoire du Togo, la palpitante quête de l’Ablodé, (1940-1960), Tètèvi Godwin Tété-Adjalogo (ed. NM7 Paris 200)
- Histoire des Togolais, de 1884 à 1960 (Tome 1, volume 2), sous la direction de N.L. Gayibor)

 

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