Secrets d’états

La santé du général Eyadéma (I)

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 22 octobre 2003, publié sur ufctogo.com

La santé des chefs d’état est un sujet tabou. Nous avons décidé d’aborder cet aspect des choses qui concerne la vie de plusieurs milliers de nos compatriotes ayant à la tête du pays un dirigeant malade. Les Togolais ont le droit de savoir. Mais, ils ne seront pas dupes de manipulation ou de mensonge d’état organisé, comme celui du docteur Gubler, médecin personnel de François Mitterrand.

 

JPEG - 9.7 ko

Un grand malade, sous l’emprise de son mal, est-il toujours capable de gouverner un pays ? Que doit-on savoir de la santé du Chef de l’état ? Est-ce une information ? Jusqu’où faut-il aller ? Peut-on exiger une transparence totale ? Cependant, le Président a le droit à une vie privée comme tout citoyen. Et cette vie privée comprend le secret du corps et de l’esprit

Comment les dirigeants sont-ils soignés ? Connaissent-ils eux-mêmes toute la vérité sur leur maladie ? Le public peut-il être informé malgré le secret médical ?

« Les rumeurs ne suffisent pas. Il est impossible d’avoir la moindre confirmation. Il y a une retenue à la source de l’information. Si les journalistes essaient de se renseigner auprès des dirigeants ou de leur entourage, ils tombent sur des murs » expliquait un journaliste.

Les potentats africains ont horreur qu’on parle de leur maladie. Cette aversion est sous-tendue par une logique tout à fait impertinente : les sujets du Roi ne doivent pas savoir que le Roi aussi est un homme comme tous les autres, c’est à dire capable de tomber malade, de se tromper, de mentir, d’aller aux toilettes...etc.

Quoi qu’il en soit, la santé des dirigeants tombe de plus en plus dans le domaine public. Nous avons donc décidé de mener une enquête au nom du droit à l’information.
Avant même que François Soudan ne fit état de la « résurrection » de Gnassingbé Eyadéma, nous avions déjà évoqué la maladie du dictateur. Et, la révélation de la maladie de Gnassingbé Eyadéma par jeune Afrique est une forme de communication qui coupe court à toutes spéculations et investigations approfondies. Puisque, le secret était devenu de polichinelle, il fallait banaliser l’information. Un silence ou un démenti aurait été plus ruineux, et aiguisé le besoin d’en savoir davantage.
Cependant, cette mystification organisée avec l’aide d’un journaliste sans crédit n’a pas fait taire les Togolais, encore moins la presse. Ainsi, un de nos collaborateurs poursuit les investigations et nous livrera bientôt le fruit de ses recherches. En attendant, nous vous proposons les commentaires et appréciations de la presse togolaise sur la maladie du dictateur.

L’analyse la plus pertinente sur le sujet se trouve dans Le Regard qui indique à sa une : « le règne de la mystification : maladie de chef, secret d’Etat ». En effet, de manière habile et judicieuse, l’auteur de l’article montre que si la santé des chefs d’Etats africains est un sujet tabou, c’est parce que le pouvoir comporte une dimension magico-religieuse, qui rend invulnérable et invincible celui qui le détient.

1ère partie : la presse togolaise et l’état de santé d’Eyadéma

Le Regard évoque à la une « le règne de la mystification ». Sous le titre « Maladie de chef, secret d’Etat », l’auteur décrypte un mécanisme pouvoir.

JPEG - 9.7 ko

« Dans leur stratégie d’assujettissement des peuples, les monarques africains bâtissent leur autorité sur la mystification. Ils s’arrangent pour faire croire à leurs sujets qu’ils auraient des dons surnaturels qui les mettent à l’abri de toute surprise désagréable. Certains auraient des pouvoirs magiques pouvant leur permettre de disparaître en cas d’agression physique. D’autre encore auraient la capacité de lire dans la pensée de leurs serviteurs. Le monarque français du 16è siècle Henri IV voulant imposer l’obéissance à sa personne au Français, déclarait « Vous avez beau faire, je saurai ce que chacun de vous dira ; je sais tout ce que vous faites ; tout ce que vous dites ; j’ai un petit démon qui me le révèle ».

Cette volonté d’agir sur l’imaginaire collectif aux fins de régner en maître absolu anime tous les despotes. Publier une information sur l’état de santé d’un chef d’Etat en Afrique est vite assimilé à une tentative de coup d’Etat. Des informations de ce genre constituent à n’en point douter, une menace contre l’autorité bâtie sur le système de l’invulnérabilité. Pour tous ceux qui aspirent à la présidence à vie, il faut une santé inaltérable. La maladie étant aussi un signe d’altération de corps, il ne faudra surtout pas faire croire à la population que le chef aussi peu tomber ou s’écrouler sous le poids de l’âge. Pour être « toujours au pouvoir », il est censé être un humain pas comme les autres.

Aussi, la réaction est-elle immédiate lorsque la presse fait état de la moindre capacité physique d’un chef d’Etat. On se rappelle que le Générale Eyadema est l’un des rares chefs d’Etat à avoir rendu visite à Houphouët Boigny mourant en Suisse. Alors que le « vieux » était sous assistance respiratoire, son « frère et ami » faisait croire à la presse que tout allait mieux.

Au Cameroun, un confrère a passé plusieurs lois derrière les barreaux pour avoir fait état des malaises cardiaque qui s’est emparé du Président Paul Biya alors qu’il assistait à un match de football. Les dirigeants africains ne manquent pas de moyens quand il faut faire venir de tout urgence des médecins spécialistes mondialement connus pour se faire « retaper ». Mais lorsqu’ils sont obligés de se déplacer loin de leur pays pour se faire hospitaliser, il est normal que la presse locale s’interroge sur ce qui ne tourne pas rond. Mais cela n’est toujours pas du goût des tenant du pouvoir absolu.

Il y a quelques semaines, le Président Idriss Déby du Tchad, trompant la vigilance de ses concitoyens s’est retrouvé dans un hôpital parisien. Lorsque la presse avait commencé à spéculer sur son hospitalisation, la présidence tchadienne a vite fait de parler de visite privée. Quelques jours plus tard, lorsque l’information s’est avérée, les autorités tchadiennes ont soutenu que le Président Déby était en France pour son bilan de santé.

Et pour défier la maladie dont il souffre, le Président tchadien s’est répandu en interviews sur les médias internationaux affirmant qu’il se portait bien. Il a dû se rendre précipitamment à N’Djaména pour être ovationné par ses fanatiques, affichant un air d’Hercules comme pour clouer le bec à ceux qui le donnaient pour gravement malade. Malgré ce retour « triomphal », Idriss Déby est reparti quelques jours plus tard pour continuer les soins à Paris.

Un autre cas : Lansana Conté. Voilà quelqu’un qui est en proie à un diabète récurrent aigüe ponctué de crise comateuse et qui, non seulement entretien le mystère de son état de santé mais, qui n’hésite pas à narguer ceux qui voudraient savoir de quoi il souffre. Chaque fois qu’il se rend à l’étranger, pour des soins, on n’en dit pas mot. Le satrape guinéen n’est pas moins agacé lorsque la presse en parle. Une fois, il s’est même enflammé au micro de RFI, renvoyant les journalistes à ce qui les regarde. L’homme ne comprend pourquoi l’on s’intéresse à son état de santé. Son dernier voyage au Maroc n’a pas manqué de susciter la controverse. Parti le 19/12/02, il sera hospitalisé une vingtaine de jours à l’hôpital militaire royal de Rabat mais le gouvernement guinéen a choisi de tromper les populations en faisant annoncer « une visite privée sur invitation du roi Mohammed VI ». Les guinéens en parlent abondamment. Le pays s’en trouve affecté. Car la santé du général passe avant toute chose. Les dignitaires du parti présidentiel n’arrêtent pas d’exalter les populations à prier pour que le Général Lansana Conté retrouve la santé. Tout le pays « toussent » parce qu’une seule personne est « enrhumée ». Mais « Fori Coco » refuse toujours de tirer sa révérence. « C’est Dieu seul qui m’a mis à cette place et qui seul peut m’en enlever », a-t-il coutume de dire. Agé de 68 ans, il se déplace péniblement traînant insuline et médicaments. « Signe de sa maladie, une claudication de plus en plus prononcée », témoigne « Jeune Afrique l’Intelligent ». Démocratie, droit de l’homme, il s’en moque. Il ne tolère pas d’être contredit. « Je dois vous taper les fesse si vous me manquez de respect car je suis plus âgée que vous », dit-il aux leaders de l’opposition.

Bien que souffrant, un référendum supprimant la limitation du mandat présidentiel a été organisée pour lui permettre de rempiler aux grands dam de l’opposition de battre campagne pour le « non ». Et au moment où peu lui donnaient une chance de survivre, il a débarqué triomphalement à Conakry comme pour dire à ses détracteurs « me voici, je suis en forme ». En dépit de ce show médiatique, Lasanna Comté déserte son bureau et refuse un autre déplacement médical au Maroc. Le Président Obasanjo qui lui a rendu visite il y a quelques semaines avait parlé à un homme fatigue, somnolent. Les pieds enflés, il a du mal à porter ses chaussures mais il compte toujours se représenter à la prochaine présidentielle avec son éternel slogan « on ne change pas un général qui gagne ». Mais alors, que vaut la victoire d’un général affaibli par la maladie et qui ne contrôle rien, abandonnant le pays à la pagaille ?

De ces exemples parmi plein d’autres, on peut tirer une constance : les chefs d’Etats Africains (pas tous heureusement), trouvent attentatoire à leur gloire personnel le fait d’invoquer leur problème personnel sur la place publique.

Il faut bien un jour, arriver à démystifier l’invulnérabilité de nos dirigeants afin que des informations sur leur état de santé ne donnent pas lieu à de faux débats ».

Le Crocodile relève de son côté :

« Etat de santé du président Eyadéma : Silence, top secret » Selon la Rédaction du journal : « l’information serait classée exclusivement confidentielle et rangée tellle » ou secret de polichinelle top secret ». L’entourage du chef de l’Etat a constitué pour cette affaire un mur à ne laisser passer ni son ni lumière...

Motion d’Information envisage le problème dans les termes suivants :

« Le général Eyadéma, sa maladie et l’avenir du Togo ». Pour le rédacteur de l’hebdomadaire, « selon des informations provenant de diverses sources, mais difficiles à confirmer, malgré une apparente légère amélioration, le mal de gorge dont souffrirait le général-président persisterait ; en dépit des images rassurantes montrées la semaine dernière par la TVT, le chef de l’Etat éprouverait de réelles difficultés à faire entendre sa voix. Ces mêmes rumeurs indiquent que le président serait moralement très atteint...Eyadéma est-il encore en état de gouverner le pays ? L’ère post Eyadéma a-t-elle réellement commencé comme le laissent entendre certaines analyses ?

Pour faire illusion, l’entourage d’Eyadéma pourrait s’évertuer désormais à simuler la bonne santé du Président. Certes, la vérité crue sur la gravité du mal dont souffre le chef de l’Etat pourrait s’avérer catastrophique et précipiter le pays dans le chaos. En même temps, on ne peut entretenir indéfiniment le mensonge sur un état de santé qui va se dégrader de jour, en jour. Cela amène...à la seconde question relative à l’ère post-Eyadéma...Selon certains observateurs, si la maladie du chef de l’Etat devait l’éloigner longtemps des affaires, la gestion effective du pouvoir au sommet de l’Etat, pourrait reposer sur un triumvirat composé de Barqué, Faure Gnassingbé et Pitang Tchalla. Le fils du père serait le chef de file de ce trio ». Cependant, conclut l’auteur de l’article : « le moment est peut-être venu pour Eyadéma d’organiser sa sortie honorable de la scène politique et garantir pour les siens, et pour le Togo les conditions d’une vie enfin paisible et digne. »

A suivre prochainement : La santé du général Eyadéma - 2nd partie

La rédaction ufctogo.com

 

© Copyright La rédaction UFCTOGO.COM

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
samedi
23 septembre 2017
Lomé 30°C (à 14h)