Eclairage

La réorganisation du monde sans la France !

par Le Messager (Cameroun) , le 9 novembre 2005, publié sur ufctogo.com

Parmi les grands crimes commis par la France aux quatre coins du globe, figurera un, sans doute le plus scandaleux, prémédité, planifié et exécuté par le Général De Gaulle au tournant des années 60. En pleine guerre froide, il n’y a pas de camera pour filmer, ni de reporters pour écrire. Entre les chaînes montagneuses du pays Bamiléké, les chasseurs bombardiers français se livrent à l’implacable jeu de la mort... “ En deux ans, de 1962 à 1964, l’armée régulière a complètement ravagé le pays Bamiléké. Ils ont massacré de 300.000 à 400.000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques, les Bamilékés n’avaient aucune chance. Les villages avaient été rasés, un peu comme Attila.

 

Le rôle prépondérant joué par la France aux côtés des Etats-Unis au sein du Conseil de sécurité, dans la mise en cause de la Syrie pour l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri, rappelle la vigueur avec laquelle, elle s’était déjà déployée dans le dossier irakien, au moment où elle tenait tête à George Bush, en conduisant le front contre l’invasion de l’Irak.

Le vaste mouvement d’opposition à l’invasion de l’Irak, avait en effet offert une occasion unique, de redorer le blason de la diplomatie française dans le monde. Il était même apparu aux stratèges, que ce n’est plus ni la Pékin ni la Moscou qui représente le principal pôle offensif contre la pensée unique, mais bien Paris. Si à propos du dossier syrien, les alliés-ennemis d’hier ont retrouvé un certain consensus, et que par ailleurs de la France semble agir avec une égale énergie, nous sommes loin d’en tirer les mêmes conclusions.

Depuis les accords de paix de la fin de la Deuxième guerre mondiale et la création subséquente de l’Onu puis la relance effective d’une coopération internationale ordonnée, les zones d’influence entre les grandes puissances ont été délimitées. Au moment où nous célébrions le courage et la combativité de la France au Conseil de sécurité sur le dossier irakien et lui accordions tous les honneurs, l’essentiel de ce qui fait sa force et son influence, n’avait pas varié. En somme, l’Afrique et plus précisément l’Afrique francophone, n’avait pas changé et n’a toujours pas changé.

Il y a donc lieu aujourd’hui, de parler d’erreur grave d’appréciation. La position de la France sur le dossier irakien rejoignait certes ce que pensaient les Africains dans leur très grande majorité, mais nous pouvons fort bien nous demander en quoi cette position nous était favorable. C’est à partir de la zone d’influence traditionnelle de la France, qu’il importait et qu’il importe de mesurer ses progrès, sa grandeur, et ses capacités à comprendre et à défendre les valeurs.
C’est vrai qu’avant l’Irak, la diplomatie française avait déjà réussi, de notre point de vue, à faire tenir la conférence de Linas Marcoussis, laquelle quoi que l’on en dise, constitue toujours un des moments les plus forts dans ses relations avec ses anciennes colonies depuis Brazzaville de De Gaulle et La Baule de Mitterrand. Il n’en demeure pas moins que sur l’ensemble de la situation dans ses anciennes colonies, et au regard des exigences majeures de démocratisation et de changement politique, rien, vraiment rien n’avait été fait.

Lorsque nous observons maintenant la France prendre les devants sur le dossier syrien, nous sommes tentés de lui demander si franchement elle n’a pas mieux à faire par ici, en Afrique, l’endroit qui sert de miroir à son action dans le monde, et qui seul témoigne et témoignera de sa moralité, de son sérieux, et de sa loyauté par rapport aux grands principes.

Il est incompréhensible que l’on retrouve la diplomatie française faisant preuve d’un activisme débordant en Syrie, alors que les cendres, les larmes, les tombes, et les désespoirs du Togo sont encore tout frais. Il faut savoir et pouvoir être cohérent, car on ne peut pas demander à Assad Fils, ce que l’on ne demande pas à Eyadema Fils. En fait s’il faut se ranger à la théorie de Bush qui parle d’une réorganisation du monde à partir de la modification des données géopolitiques dans la région du Proche-Orient et le monde arabe en général, il faut se demander quel rôle y jouera la France.

En admettant donc le principe d’une réorganisation du monde, celle-ci ne pourrait raisonnablement être faite qu’en s’articulant autour d’une juxtaposition des chamboulements dans les grandes zones d’influence connues, par les principales grandes puissances qui les contrôlent. Il ne faudrait surtout pas oublier que si l’Afrique est donnée comme un continent noyé dans tous les problèmes de pauvreté, de misère, d’arriération, et d’endettement, il s’agit avant tout d’une mauvaise gouvernance chronique dont les anciennes colonies françaises tiennent le symbole. Or alors que l’on aurait pu attendre de Paris une action résolue pour mettre fin aux régimes sales dont la plupart sont l’émanation des réseaux mafieux implantés dans l’hexagone, on a au contraire l’impression, qu’une passivité proche de la complicité est la politique officielle.

Pendant longtemps encore, il apparaîtra aux yeux des tous les spécialistes des relations internationales et particulièrement de l’Afrique, que la France porte une très grande responsabilité dans la situation qui prévaut dans nombre d’Etats africains. Même au sein de l’Union européenne, le sentiment dominant est celui d’une responsabilité incontournable des ancêtres gaulois, lesquels ne manquent pas d’ailleurs à quelques occasions, de rappeler qu’ils maîtrisent mieux les affaires du continent.

Il convient, dans cet ordre d’approche, de rappeler que même les Etats-Unis ont cru pendant longtemps, qu’ils ne pouvaient pas planifier des actions en Afrique, sans s’en référer à la France, sensée y détenir la clé de la vérité. Les grandes messes des sommets France Afrique n’entretiennent-ils pas cette illusion ? Que peut en réalité faire la France maintenant et comment ? Que pouvait-elle faire hier et pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? C’est justement le cœur du dilemme ?
Nous ne sommes plus loin du jour où, quelqu’un dans une rencontre internationale, lancera en direction de la France, une boutade du genre : “ allez d’abord laver votre linge sale en Afrique, et vous faire pardonner pour tous vos crimes ! ”

A ce propos, il y a déjà l’exemple de la Turquie, dont l’agence d’information inonde internet avec des récriminations sévères à l’encontre de la France. Confrontée en effet aux pressions qui viennent de partout pour exiger qu’elle reconnaisse le génocide arménien avant toute décision sur sa candidature d’adhésion à l’Union européenne, la Turquie évoque le génocide Bamiléké, comme pour nous donner raison :
“ Parmi les grands crimes commis par la France aux quatre coins du globe, figurera un, sans doute le plus scandaleux, prémédité, planifié et exécuté par le Général De Gaulle au tournant des années 60. En pleine guerre froide, il n’y a pas de camera pour filmer, ni de reporters pour écrire. Entre les chaînes montagneuses du pays Bamiléké, les chasseurs bombardiers français se livrent à l’implacable jeu de la mort. La situation géographique de la région martyrisée n’arrange fatalement pas les choses. Le pays bamiléké ne partage pas de frontières avec un pays voisin. Il n’y aura pas d’exode vers les frontières, ni de camps de réfugiés. Il n’y a pas de Croix-Rouge, ni de Médecins Sans Frontières. Il y a pourtant une sorte d’unanimité et de consensus international sur ce crime. Le rayonnement international de la France qui bénéficie de la loi du silence de l’ordre blanc mondial, va réussir à étouffer le crime. La plupart des officiers français qui font partie du corps expéditionnaire, sont d’anciens tueurs de la guerre d’Indochine. Ils sont revenus sourds de récits de cadavres flottants au fil de l’eau ou pourrissant dans la forêt... ”
.... “ En deux ans, de 1962 à 1964, l’armée régulière a complètement ravagé le pays Bamiléké. Ils ont massacré de 300.000 à 400.000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques, les Bamilékés n’avaient aucune chance. Les villages avaient été rasés, un peu comme Attila. Il est même étonnant qu’il y ait eu des survivants à l’Ouest du Cameroun. Combien y a-t-il eu de victimes entre 1964 et 1970, année de la fin de la pacification ? Combien y-t-il eu entre 1955 et 1970 ? ”
Il convient de signaler, que la Turquie reprend ainsi, les extraits des recherches de feu François-Xavier Verschave dans “ la Françafrique ”.

L’impossibilité pour la France de participer à une réorganisation positive du monde va s’accentuer au fur et à mesure que le temps passe, parce que en réalité, il est maintenant certain, qu’aucune réflexion profonde n’est amorcée à Paris. Toute l’action française en Afrique reste pensée et menée par des esprits dépassés, arriérés, et radicalement prisonniers des subjectivismes colonialistes.

Sur le terrain en Afrique, la plupart des ambassadeurs et parfois leurs jeunes collaborateurs, obéissent plus à des réflexes anciens sans capacité de créativité. Ils ont appris que commettre une faute en Afrique, c’est gâter sa carrière pour longtemps. Alors on ne prend aucun risque, et pire, on détruit implicitement, tout ce que la France avait comme auréole, auprès d’une élite qui veut encore se reconnaître dans la culture française, et qui tentent même de défendre ce qui peut encore l’être, face à une influence angloxasonne grandissante.
En réalité, si l’on devait mener les analyses d’un point de vue d’universitaire pur, on serait en droit de conclure, et fort valablement, qu’il n’existe pas une diplomatie africaine de la France. En lieu et place d’une diplomatie c’est d’une cuisine et de combines personnalisées, copieusement instable, et ridiculement subjective qu’il faut parler.

La seule tentative d’une remise en ordre théorique, fut celle engagée par Jean Pierre Cot, ministre de la Coopération, sous le premier mandat de François Mitterrand. Il fut vite congédié.
Les plus optimistes parmi les chercheurs préoccupées par cette situation, prédisent un changement profond de la politique africaine de la France, après le départ de Chirac qui devrait sonner la fin d’une époque. Ils se trompent, car, dans la classe politique qui suit immédiatement, on ne décèle rien de réellement différent et de prometteur. La France restera pour longtemps à la traîne du monde, parce que contrairement aux apparences, elle ne comprend pas l’Afrique, et n’aura rien fait pour encourager des progrès dans sa soit disant zone d’influence.
Shanda Tonme - Le Messager

 

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