Togo

La présidentielle reportée ou pas ?

par RFI (France) , le 22 avril 2005, publié sur ufctogo.com

Le ministre de l’Intérieur, le commandant François Esso Boko jette un pavé dans la marre en suggérant au président de la République par intérim de suspendre le processus électoral en engageant une réelle transition sur une ou deux ans. Le gouvernement s’étonne de cette sortie du ministre et maintient la tenue du scrutin le 24 avril.

 

Le chef de bataillon et ministre de l’Intérieur François Esso Boko a invité, en pleine nuit du 21 au 22 avril, les représentants des corps diplomatiques de France, d’Allemagne, de l’Union européenne, les dirigeants de l’opposition, la presse internationale et nationale pour leur annoncer « qu’il est impérieux que le président de la République prenne l’enjeu des risques réels qui se profilent à l’horizon en mettant fin à ce processus électoral suicidaire ». A moins de quarante-huit heures du scrutin, ces propos surprenants du ministre, dont les services ont la charge de veiller au bon déroulement du scrutin, a surpris tout le monde. Lui qui n’a jamais eu la réputation d’un grand démocrate a certainement fait le choix de ne pas nager à contre-courant en pariant sur l’avenir qui ne plaide pas en faveur du régime au pouvoir depuis près de 40 ans. Il a étayé son intervention par des propositions de mise en place d’une transition que conduirait un leader de l’opposition.

Le gouvernement s’est dit étonné par cette sortie du ministre de l’Intérieur et confirme le maintien du scrutin. Le limogeage du ministre ne s’est pas fait attendre. Le président de la République par intérim, Abass Bonfoh, a pris un décret chargeant le ministre de la Justice et garde des sceaux, Katari Foli-Bazi, d’assurer l’intérim du ministre de l’Intérieur. Mais François Esso Boko avait, auparavant, annoncé qu’il avait pris soin de déposer sa démission. Par ailleurs, l’opposition dans son ensemble exprime sa satisfaction de voir le ministre de l’Intérieur rejoindre « le camp du bon sens ». Cette confusion au sommet de l’Etat provoque des conciliabules au sein de tous les partis politiques et de l’armée, les deux clans se regardant en chiens de faïence et guettant le moindre mouvement de l’adversaire avant d’étaler sa riposte.

Les parties en présence

Quatre candidats se présenteront à l’élection présidentielle du 24 avril. Les principaux partis de l’opposition ont désigné un candidat unique en la personne du n°2 de l’Union des forces du changement (UFC), Emmanuel Bob Akitani. Le Rassemblement pour le soutien de la démocratie et du développement (RSDD) présente son leader, Harry Olympio et le Parti du renouveau et de la rédemption (PRR) le sien, Nicolas Lawson. Le quatrième candidat, Faure Gnassingbé, éphémère chef de l’Etat imposé par l’armée dès l’annonce de la mort de son père, le 5 février et contraint à la démission par la communauté internationale, est le candidat du parti au pouvoir créé par son père, le Rassemblement du peuple togolais (RPT).

C’est au nom de l’alternance souhaitée que les principaux partis de l’opposition ont décidé de taire leurs divergences pour s’aligner derrière un seul et unique candidat. Six partis ont accepté de faire cause commune - sauf deux, mais qui ne se considèrent pas moins de l’opposition. L’importance des ces deux partis étant toute relative sur l’échiquier politique togolais, leurs détracteurs ont beau jeu de présenter Harry Olympio et Nicolas Lawson comme des suppôts du régime RPT. Pour l’opposition réunie derrière Bob Akitani, ces deux candidatures ne se justifiaient pas, car les législatives pourraient servir, par la suite, aux uns et autres, à évaluer les forces. Mais cette approche n’est pas partagée par un autre poids lourd de la politique togolaise et ancien Premier ministre, Edem Kodjo, président de la Convergence patriotique panafricaine (CPP), qui toutefois, ne se présente pas au scrutin du 24 avril.

Pour l’opposition togolaise, la mort du président Gnassingbé Eyadéma, devrait correspondre à une page de l’histoire du pays qui se tourne. Mais les héritiers naturels et autres obligés du défunt président tentent de lui faire survivre le système en place depuis près de quarante ans. L’objet du scrutin est donc de battre Faure Gnassingbé qui roule avec la machine du RPT, laquelle finalement, après tant d’années au pouvoir se confond à bien des égards avec l’Etat. Ainsi, très vite, des manifestations de l’opposition contre le pouvoir en place sont assimilées à « une atteinte à la sécurité de l’Etat, à l’incitation aux troubles, etc... », et réprimées comme telles. C’est dans cette ambiance de tension permanente que s’est déroulée la campagne présidentielle émaillée également de violences entre sympathisants des différents partis politiques.

Crédibilité et transparence

Malgré tout, à la veille de l’élection présidentielle, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan a demandé aux autorités togolaises de faire « tout ce qui est en leur pouvoir pour s’assurer que tous les citoyens soient en mesure de voter librement et pacifiquement afin de garantir un résultat crédible et transparent ». Ce souci de crédibilité préoccupe également la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), dont le président en exercice et chef de l’Etat du Niger, Mamadou Tandja, a convoqué à Niamey le 20 avril les quatre candidats pour leur réaffirmer les attentes et espoirs de la CEDEAO. Harry Olympio et Nicolas Lawson sont arrivés à Niamey par un vol spécial affrété par le Niger, alors que Faure Gnassingbé a fait le voyage par ses propres moyens à bord d’un vol privé. Emmanuel Bob Akitani a, quant à lui, décliné cette invitation et ne s’est pas rendu dans la capitale nigérienne.

En effet, la CEDEAO a perdu la confiance de la coalition de l’opposition qui lui reproche de manquer de fermeté face au pouvoir de Lomé, après avoir fait illusion dans la succession tronquée du président défunt. De nombreuses associations partagent ce point de vue et accusent l’organisation régionale d’intelligence avec Lomé. Elles accusent certains pays sahéliens enclavés de l’organisation d’avoir passé des accords avec le pouvoir en place à Lomé pour « continuer à bénéficier du fret et du transit du port de Lomé ». Pour l’association Initiative 150, les remous en Côte d’Ivoire empêchent déjà l’accès au port d’Abidjan pour ces pays et leurs intérêts auraient prévalu sur « ceux du peuple togolais sacrifié sur l’autel d’une prétendue stabilité ». Par ailleurs, ces associations dénoncent « le laisser-faire » de la communauté internationale « qui n’est pas sans savoir que les listes électorales sont tronquées et que la distribution des cartes d’électeurs est fantaisiste ». « A Lomé, qui abrite 1,2 million d’habitants dont la moitié de votants potentiels, seulement 200 000 cartes ont été distribuées, excepté dans les zones considérées comme des bastions pro-Gnassingbé », affirme Gilchrist Olympio, président de l’UFC.

Par ailleurs, les autorités togolaises et la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) ont pris des dispositions interdisant à toutes les radios et télévisions privées du pays « d’assurer la couverture de la campagne électorale pour l’élection présidentielle du 24 avril ». La radio Kanal FM contrevenant à cette disposition a diffusé un éditorial critiquant le parti au pouvoir et son candidat, Faure Gnassingbé, et a vu ses antennes fermées. Mais l’opposition qui condamne ces pratiques est très divisée sur l’attitude à adopter. Une aile radicale prône la suspension du processus électoral tandis qu’une autre refuse la politique de la chaise vide.

Didier Samson

 

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