Jean-Pierre Fabre

La méthode de recensement soutenue par le RPT laisse largement la place à la fraude

par Liberté Hebdo (Togo) , le 4 janvier 2007, publié sur ufctogo.com

Exclusif : Jean-Pierre Fabre parle du blocage à la CENI, du Comité de Suivi et réagit aux propos de Faure sur l’entrée de l’UFC au gouvernement.

UFCTOGO.COM vous offre également la possibilité de poser vos questions à Jean-Pierre Fabre grâce au formulaire en ligne >>ici<<. Vos questions lui seront transmises à compter du 10 janvier.

 

Quel bilan faites-vous de la récente tournée de l’UFC sur l’étendue du territoire national ?

GIF - 6.8 ko

Le bilan est largement positif. Pendant près de deux semaines nous avons parcouru toutes les préfectures. Nous avons eu des réunions avec toutes nos fédérations. Il s’agit d’une tournée d’évaluation des structures locales du parti dans la perspective des élections législatives. Nous avons vu un parti vigoureux, rangé en ordre de bataille. Bien entendu, il y a toujours de petits problèmes que nous devons résoudre. D’une manière générale, le parti se porte très bien.

A vous entendre, on a l’impression que l’UFC tient beaucoup à ces élections législatives...

Oui, nous sommes dans le processus de l’Accord Politique global qui prévoit la tenue d’élections législatives. L’UFC participera à ces élections. Il faudra mettre toutes les chances de notre côté pour les gagner. Nous allons travailler beaucoup dans ce sens.

Parlons à présent de la CENI. Quelles sont les raisons fondamentales du blocage à la CENI ?

La CENI est bloquée parce que, comme d’habitude au Togo, nous marchons sur la tête. Figurez-vous que la CENI fonctionne depuis le départ sans règlement intérieur malgré les mises en garde de nos représentants. Et aujourd’hui, la CENI examine l’importante question du mode de recensement électoral qui divise la CENI. Des partis de l’opposition dont l’UFC sont favorables au mode de recensement qui permet la délivrance de carte d’électeur avec photo immédiatement après l’enregistrement. Face à cette position, une partie de la CENI constituée par le RPT et ses partis satellites le PDR et la CPP défend le mode de recensement qui a toujours été pratiqué dans notre pays, c’est-à-dire enregistrement des électeurs, saisie des noms, personnalisation des cartes d’électeur, distribution des cartes d’électeur. Cette méthode soutenue par le RPT laisse largement la place à la fraude. On passe dans les maisons, on recueille les noms, on établit des cartes à des personnes qui ne peuvent pas voter, par exemple des mineurs.
Nous, nous soutenons le mode de recensement qui est pratiqué aujourd’hui un peu partout, qui a été utilisé en RDC il y a quelques semaines, en Haïti et au Ghana depuis une dizaine d’années, et qui est prévu pour la Côte d’Ivoire. A partir du moment où ce type de recensement permet une plus grande transparence que l’ancien qui a fait ses preuves dans la fraude, il faut l’essayer aussi au Togo. C’est donc ce qui divise la CENI. Elle ne s’est plus réunie depuis deux semaines maintenant.

On évoque des raisons financières par rapport à ces modes de recensement. Qu’en dites-vous ?

Non. Ce n’est pas sérieux. C’est même indécent d’invoquer des raisons financières pour s’opposer au mode de recensement qui permet la plus grande transparence et qui règlera également le problème de l’identification des électeurs. Ceux qui s’opposent à ce mode de recensement craignent tout simplement de ne pouvoir frauder. Le coût humain des violences des périodes électorales est largement supérieur à tous les coûts financiers que l’on peut avancer. La vie d’un homme est supérieure à tout ce dont on parle. Les experts nous ont dit que cela coûterait 2 à 3 dollars par personne et l’UE et les Nations Unies sont prêtes à financer ce mode de recensement pour peu que nous le leur demandions. Vous voyez bien qu’il ne s’agit pas du tout de raisons financières. C’est de la mauvaise foi. C’est parce que l’on veut se ménager des marges de manœuvres pour frauder que l’on est favorable au mode de recensement que nous pratiquons habituellement.

A entendre M. Youssouf Ouedraogo, le représentant du facilitateur à l’issue des travaux du Comité de Suivi, « une carte sécurisée n’est pas forcément celle avec photo ». Quelle est votre réaction par rapport à ces déclarations ?

(Rire). Moi, je suis persuadé que la photo permet de renforcer la sécurisation, alors il vaut mieux ajouter la photo. Je ne vois pas très bien ce qui a amené le représentant du facilitateur à dire cela. Il ferait mieux de faire preuve de prudence et surtout de garder ses positions pour lui. Nous, nous disons que nous connaissons notre pays et nous voulons mettre un terme à la fraude. Et nous sommes convaincus que la carte d’électeur avec photo nous permettra d’empêcher la fraude à la liste électorale. Nous y croyons fermement et nous n’en démordrons pas.

De façon globale, quelle appréciation faites-vous de la réunion du Comité de Suivi ?

Je suis très déçu par le communiqué publié à l’issue des travaux du Comité de suivi. On a l’impression que le Comité de Suivi ne tranche aucune question importante. Par exemple, le Comité de Suivi doit se prononcer clairement sur le mode de décision de la CENI, au lieu de tenter par une formule alambiquée à donner au Président de la CENI, un pouvoir qu’il ne peut avoir du fait de son statut de membre sans voix délibérative. Le Comité de Suivi doit également se prononcer clairement sur le mode de recensement parce que nous n’accepterons pas, en ce qui nous concerne qu’on utilise le mode de recensement qui est source de fraude. Nos populations n’en veulent plus. Il est donc du devoir du Comité de Suivi de trancher ces questions au lieu de publier des communiqués qui ne ressemblent à rein du tout. Je suis très déçu et je me demande alors quel est l’intérêt de ce Comité de Suivi.

Le piétinement observé dans les travaux de la CENI ne met-il pas déjà en cause la tenue des élections au 24 juin 2007 ?

Vous savez, cette date a été annoncée par M. Faure Gnassingbé lors d’une visite officielle à Paris. Et la CENI a juste cherché à plaire à M. Faure Gnassingbé en arrêtant cette date. Tout le monde sait que cette date ne sera pas respectée. De plus, faire des élections prétendues anticipées à quatre mois du terme de la législature, n’a aucun sens. Il vaut mieux utiliser ce temps pour préparer de bonnes élections.

La date est avancée pour éviter le vide juridique ou constitutionnel...

Ceux qui, l’année dernière, ont perpétré un coup d’Etat militaire ne se préoccupaient pas de légalité. Ceux qui invoquent la légalité quand elle les arrange et la piétine quand elle ne leur profite pas, n’ont pas de leçon à nous donner. Tout ce que nous demandons, c’est qu’on organise de bonnes élections. Et si la bonne foi prévaut, la CENI peut arrêter d’un commun accord une bonne date fondée sur un chronogramme précis.

Changeons de sujet. Où en êtes-vous avec l’entrée de l’UFC au gouvernement ?

J’ai entendu M. Faure Gnassingbé lundi dernier à l’issue du Congrès du RPT dire que nous formulons des exigences fantaisistes. Le souvenir des centaines de cadavres sur lesquels l’armée a marché pour l’installer dans le fauteuil présidentiel, devrait l’empêcher de s’adonner à ce genre de plaisanterie. Pour revenir à la question, je dirai que nous ne courons pas après une participation au gouvernement. Nous avons notre vision de la chose. S’il y en a qui se contentent des strapontins au motif qu’ils veulent avoir leur œil dedans, c’est leur stratégie que nous ne critiquons pas. Mais en ce qui nous concerne, nous disons que nous voulons des postes qui nous permettent de peser sur les élections dans le sens de la transparence. Nous disons que nous serions prêts à entrer dans le Gouvernement si les propositions faites, reflètent le poids que nous avons sur l’échiquier politique national. Mais je pense qu’à un moment donné, il faut savoir s’arrêter et éviter de gaspiller son énergie.

Quelles sont en ce moment vos relations avec les autres partis de l’opposition traditionnelle en l’occurrence le CAR et la CDPA ?

Nous devons reconnaître que nos relations ne sont plus ce qu’elles étaient. Des contacts existent toujours entre nous. Mais je crois que des deux côtés nous pouvons mieux faire.

On annonce le Conseil National de l’UFC dans les tout prochains jours...

Nous sommes en train de nous préparer. Nous allons organiser ce Conseil National dans le mois de janvier 2007. L’objectif est de resserrer les rangs, de nous mettre en ordre de bataille et renforcer l’unité du parti dans la perspective des échéances électorales en vue. C’est d’ailleurs en prévision de cela que nous avons fait la tournée évoquée dans votre première question.

Votre mot de fin

Je voudrais confirmer ici aux Togolaises et aux Togolais que nos actes ne sont guidés que par un seul souci : son intérêt. L’UFC n’a rien perdu de sa détermination, de sa pugnacité, et de sa lucidité. Nous avons signé l’Accord Politique Global, je ne peux pas dire que l’application nous satisfait réellement. Mais nous sommes dans le processus. Nous devons veiller à ce que cet accord soit appliqué pour garantir la sécurité des populations afin qu’elles puissent se prononcer massivement en faveur du changement lors des élections prochaines. Je saisis l’occasion que vous me donnez pour présenter mes vœux de bonheur au peuple togolais. Avec l’aide de Dieu et par notre travail, le changement sera au rendez-vous.

Interview réalisée par Didier LEDOUX

 

© Copyright Liberté Hebdo (Togo)

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
jeudi
24 août 2017
Lomé 30°C (à 12h)