Mémoire collective

La mémoire et l’action : le sens de notre combat

, le 13 janvier 2003, publié sur ufctogo.com

"A Lomé s’est installée une " kleptocratie " musclée d’une désolante banalité dans l’Afrique de cette époque(...)" Jean de Menthon, A la rencontre du TOGO ( L’harmattan, 1993 )

 

"Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis... La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire...voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple." Ernest RENAN

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Sylvanus Olympio Mai 1962

Des défis nous sont posés pour le changement et la reconstruction du Togo. Parmi ces défis, il nous importe de définir et de consolider notre mémoire collective. Le souvenir et la commémoration participent de cette dynamique qui fait les nations et les rend plus fortes contre l’adversité et l’oppression.
Cette oeuvre est nécessaire, car elle nous met en possession de la force spirituelle qui rend inébranlable contre les tyrans et contre toutes les pesanteurs qui entravent le développement d’une nation.
La destinée du Togo moderne est entravée depuis 1963. Et nous sommes toujours les acteurs de cette farce tragique entamée depuis les années 1960...

En effet, la lutte pour l’indépendance a consisté en un effort de réaffirmation et de prise de conscience d’une réalité nationale. Tout avait été brisé, les ethnies morcelées, les familles divisées. Ce sont des bouleversements et des traumatismes qui furent infligés à l’Afrique. Le régime colonial a constamment joué un double jeu, utilisant, voire suscitant des oppositions tribales à l’intérieur des territoires conquis. Ce double-jeu persiste sous le néo-colonialisme.

En outre, la colonisation reposait sur des systèmes d’alliance et de pénétration à l’intérieur de la société colonisée. Ces alliances du reste, lui étaient nécessaires. C’est ainsi que la colonisation va entreprendre de se fabriquer les interlocuteurs valables qui lui conviennent : la constitution d’une chefferie dite traditionnelle, des encouragements ou des incitations aux rivalités ethniques.

C’est la théorie ouvertement formulée par Lord Croner en Egypte, appliquée par le maréchal Lyautey au Maroc ( " s’il y a des mœurs et des coutumes à respecter, il y a aussi des haines et des rivalités qu’il faut démêler et utiliser à notre profit, en opposant les unes et les autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les autres. ")

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La délégation de Sylvanus Olympio
à l’Elysée en septembre 1958

On le comprend aisément, le contenu des indépendances ne doit exprimer que la vassalité.
Le gouvernement issu de la décolonisation ne doit donc pas être un gouvernement national, mais un gouvernement installé et sur les ordres d’une puissance coloniale : c’est un gouvernement fantoche. Et les partis uniques qui essaiment l’Afrique, ont été imposés pour éliminer toute opposition nationale. Le parti unique est censé exprimer l’unité de la nouvelle nation contre les forces de désunion qui résulteraient d’organisations politiques à base tribale ou régionale. Ainsi, les services secrets étrangers cherchent les groupes ethniques tant soit peu mécontents, pour les aider et susciter des oppositions utiles aux intérêts occidentaux.

A cet égard, le cas du Togo est très exemplaire des mécanismes décrits plus haut.
En effet, au Togo, l’armée est composée de 200 à 300 hommes avant 1963. Et il était évident que le Togo ne pouvait se permettre d’entretenir une force armée importante, ni supporter les coûts d’un service militaire. Par ailleurs, cette armée repose sur un legs du régime colonial ; la plupart des soldats qui la composent ont servi la France en combattant dans les guerres coloniales du Vietnam et d’Algérie. Et vers 1963, les autorités disposaient de plus de demandes que de places à pourvoir. Les militaires dès le début des indépendances représentent une inconnue dangereuse, et cela avait été signalé lors d’un colloque organisé à Dijon, en décembre 1962, sur " les armées des jeunes républiques africaines issues de la Communauté " ( Le rôle extra-militaire de l’armée dans le tiers-monde, PUF 1966- Actes du Colloque de Dijon. Compte-rendu d’Eric Rouleau dans Le Monde du 8 janvier 1963.) Ce colloque s’empressait de supputer les chances des coups d’Etat militaires en Afrique ex-française. Au cours des travaux auxquels participèrent des officiers français provenant des services de renseignement, M. Léo Hamon affirma que si la question du rôle des armées africaines n’est pas encore actuelle, elle le sera sans doute un jour. Les véritables conclusions de ce colloque sont à lire dans le journal Le Monde :" l’armée offre...à tous ces pays un instrument radical et fort pour résoudre, du moins provisoirement, leurs crises multiples. " En clair, avant qu’aucun coup d’État militaire ait eu lieu, on sait déjà à Paris qu’il y en aura. Et le premier aura lieu le 13 janvier 1963 : il sera fatal à " l’indocile " Sylvanus Olympio, et c’est le début d’une calamité que le peuple togolais vit toujours.

A la lumière de tout ce qui précède, la lutte des pères de l’indépendance nous est transmise, leur message n’est guère anachronique ! La lutte contre la tyrannie de Gnassingbé Eyadéma est notre troisième et dernière lutte pour l’indépendance ( j’emprunte l’expression à Jean de Menthon, qui développa lors d’une conférence-débat de Gilchrit Olympio, cette idée des trois luttes pour l’indépendance du peuple togolais : l’opposition au colonialisme allemand, la lutte contre la colonisation française, et enfin, le joug d’Eyadéma).

Togo debout ! luttons sans défaillance !

Yélian.

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Sylvanus Olympio avec son épouse Dyna
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Mariage de Sylvanus Olympio
et de Dina Grunitsky en 1930
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Sylvanus Olympio et Nikita Krouchtchev en 1961
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Sylvanus Olympio et John F. Kennedy
à Washington le 21 mars 1962
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Sylvanus Olympio et John F. Kennedy.
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Des femmes en pleurs, le jour de l’enterrement
de Sylvanus Olympio le 15 janvier 1963
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Dina Olympio faisant ses adieux à son mari le 15 janvier 1963
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Le père de Sylvanus Olympio (à gauche) devant le cercueil

 

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